Suite à une discussion sur Twitter avec un ami et à la chronique de Sophia Aram regrettant la disparition des chanteuses arabophones, voici une shortlist des dites grandes chanteuses, pour prouver qu’elles n’ont pas tant disparu que cela. Au début, je comptais faire un article sur les chanteuses arabophones, en réalité il y en a tellement que je vais faire une série ! En commençant bien sûr par les chanteuses marocaines !
Au fait, la question n’est pas de savoir si on aime ou pas, mais si ces chanteuses existent et ont de la visibilité. C’est d’ailleurs pour cela que je mentionne les « scores » sur Youtube et les réseaux sociaux. Si vous en connaissez que j’ai ratées (et c’est sûrement le cas), n’hésitez pas à me le dire dans les commentaires, je les rajouterai ici.
La grande diversité de la chanson arabophone
Mais avant de faire mon catalogue, juste une précision : la chanson arabophone n’est pas figée dans le marbre, elle évolue, elle fusionne avec d’autres genres musicaux. Le monde arabophone est aussi beaucoup plus vaste, pour cela, que le monde francophone.
Les chanteuses arabophones, grosso modo, se trouvent dans une zone géographique qui va de l’Irak au Maroc. Parler de chanson arabophone, c’est la même chose que de parler de chanson européenne. Il y a bien sûr des points communs, comme dans la musique classique, mais chaque pays, chaque genre, a sa personnalité.
Mais ce qu’on appelle « chanson arabophone classique » c’est un genre particulier, des chansons d’amour, toujours des chansons d’amour, des modulations, dont Oum Kalthoum est l’archétype :
Oum Kalthoum, c’est un phénomène à part. Un mélange d’Édith Piaf et de Sarah Bernard. Aucune autre chanteuse arabophone ne lui arrive à la cheville…
Culture et religion
Si on s’en tient à une interprétation stricte de la religion, les instruments de musique, à l’exception des rythmes donnés par les tambours, peuvent effectivement être interdits (haram). Le chant, lui n’est pas interdit et ne l’a jamais été. Il y a aussi des musiques religieuses ; de nombreuses chanteuses marocaines font, en musique des chants religieux. En réalité, c’est « compliqué » et je vous renvoie à cet article de Wikipedia, fort bien écrit et documenté.
Il y a aussi un second aspect, où la schizophrénie de la société orientale bat son plein, c’est qu’une femme « bien » ne se montre pas, qu’on peut donc être fan d’une diva ou d’une cheikha en frémissant d’horreur à l’idée qu’elle épouse votre fils. Mais cela n’est pas réservé aux chanteuses musulmanes, il suffit de voir la quasi-inexistence des chanteuses coptes (donc chrétiennes) en Égypte.
La « renaissance » de la chanson arabophone
Curieusement, de mon point de vue, je trouve au contraire que la chanson arabophone (masculine ou féminine) gagne en visibilité, en particulier grâce à des émissions comme Arab Got Talent, ou Arab Idol qui donnent plus de visibilité à ce genre de chansons, en particulier dans la diaspora.
Ghita Marrakchi, une future grande
Ghita Marrakchi, dont le nom est incontestablement marocain, est une future grande. Elle est intéressante parce qu’elle a d’abord commencé à chanter en anglais et qu’elle s’est mise à la darija récemment. Cette chanteuse née au Maroc a vécu dans plusieurs pays étrangers, notamment aux Etats-Unis. Elle a fait une de ses premières scènes au Maroc, en 2015, au festival de Mawazine, et sa chaine Youtube a 28.500 abonnés et elle totalise plus de 2,7 millions de vues. Son Instagram a 133.000 abonnés. Une « petite grande », en quelque sorte.
Soukaina Fahsi, fusion Jdidia
Née à El Jadida en 1993, Soukaina Fahsi a développé un style où elle fusionne les musiques traditionnelles marocaines (notamment le malhoun) avec des influences africaines, jazzy, etc.
Elle a été demi-finaliste d’Arab Got Talents en 2019. Sa chaine Youtube a 275.000 abonnés, cette vidéo a été vue plus de vingt millions de fois !
Oum, les rythmes du désert et le jazz
Oum est plus âgée que Ghita et Soukaïna, puisqu’elle a 44 ans, elle se produit autant au Maroc qu’à l’étranger. Elle a une voix puissante avec une belle étendue, qui sait aussi murmurer. Elle chante en darija et en hassanya (un dialecte arabe du sud du Maroc).
et une deuxième vidéo, dans un autre genre :
Samira Saïd, la grande star
Samira Saïd, c’est une sorte de Beyoncé ou de Madonna orientale. Elle a vendu plus de cinquante millions d’albums ! Mariée à un musicien égyptien, elle a vécu plusieurs années en Egypte, au début de sa carrière, sans jamais arrêter de faire des concerts au Maroc. Elle chante en Masri (le dialecte égyptien) et en darija.
Elle joue aujourd’hui sur sa fibre marocaine, avec des chansons comme celle-ci, où elle apparait vêtue de costumes traditionnels amazigh :
Ou carrément celle-ci (baladi, c’est le bled, le pays) :
Asma Lmnawar
Avec 11 millions de followers sur Instagram, 667.000 abonnés sur sa chaine Youtube, Asma Lmnawar est incontestablement une star dont vous n’avez sans doute pas entendu parler si vous n’êtes pas arabophone.
Elle commence sa carrière à 15 ans, en interprétant une chanson d’Oum Kalthoum dans un télé-crochet à la télévision marocaine. Ces chansons sont typiques de la chanson d’amour sirupeuse orientale, ce clip est illustré avec les images d’une « novella » qui a fait fureur à la télévision marocaine :
Après un break de cinq ans, sans doute pour des raisons personnelles, elle a ressorti un album en 2021.
Salma Rachid
Avec 10 millions de followers sur Instagram, 1,8 millions d’abonnés sur Youtube, cette Casablancaise révélée par Arab Idol fait un carton depuis maintenant 10 ans. Elle a fait de nombreux génériques de feuilletons pour 2M.
Elle est dans le registre classique de la chanson arabophone et s’inspire, dit-elle, beaucoup d’Oum Kalthoum. Voici une de ses prestations dans Arab Idol :
Shatha (Shada) Hassoun
Cette chanteuse est en réalité irakienne (d’où l’orthographe Shatha) mais sa mère est marocaine, elle a grandi au Maroc et sa famille y vit toujours. Enfin, elle était au Maroc quand elle a participé à la Star Académie libanaise, qu’elle a été la première femme à gagner, et qui a lancé sa carrière. Elle y participe comme chanteuse irakienne car, à l’époque,les femmes marocaines ne pouvaient pas transmettre la nationalité à leurs enfants. Elle totalise plus de 92 millions de vues sur Youtube.
Manal
Manal (qu’il ne faut pas confondre avec Mennel) est une chanteuse marocaine révélée par Youtube, où elle postait des clips avant d’être découverte par DJ Van en 2015 . Elle a collaboré avec le producteur du Wu Tang Clan (ce groupe qui avait produit un album en un unique exemplaire, vendu pour un million de dollars)
Elle aussi utilise la culture marocaine dans ses vidéos. Ce clip a fait 40 millions de vues, sa chaine dépasse les 255 millions de vues !
Kayn Nour de Rim Amine
Une mise à jour de cet article pour inclure le tube arabophone de la rentrée, Kayn Nour (il y a de la lumière) de Rim Amine.
Avec 250.000 vues en même pas une semaine, cette chanson qui parle de mélancolie et de résilience va se faire entendre.
C’est une musique « métisse », à la fois dans les genres musicaux puisqu’elle mélange des influences marocaines et occidentales, mais aussi parce ce que les paroles sont en darija.
Le public visé est donc réellement marocain, plus qu’arabe…
Encore plus de chanteuses marocaines
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