Nous sommes tous des arabophones

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Vous parlez peut-être (un peu) arabe sans le savoir. Du moins, vous utilisez certainement au quotidien des mots français venus de l’arabe, directement ou par l’intermédiaire d’autres langues méditerranéennes, comme l’italien ou l’espagnol.
Voulez-vous jouer un peu ?

Le vieux caïd se reposait tranquillement sur sa terrasse, sirotant un dernier verre d’alcool avant d’aller se coucher. Il aimait bien son ermitage, où il goûtait la tranquille solitude qui lui avait fait tellement défaut pendant ses années de prison.

Car personne ne prenait par hasard ce petit chemin de terre pour venir le retrouver dans sa petite maison au bord d’un chemin de douaniers, à quelques kilomètres du goudron. Et il aimait cela. Il avait tant souffert de la promiscuité quand il était en tôle que ce petit bled paumé, loin de tout, était pour lui un paradis. Oh bien sûr, il ne fallait pas non plus en faire une montagne, il n’était pas un dangereux assassin, juste un petit escroc, il n’avait pas fait Alcatraz, ni le bagne, juste Centrale, et celui lui suffisait amplement.

Maintenant il vivait seul, au milieu des acacias et des oliviers, il allait souvent pêcher, et quand il rentrait bredouille, il s’ouvrait une boîte de thon pour manger avec sa salade de riz. Une petite tasse de café bien sucré là-dessus, et la soirée s’annonçait bien.

Évidemment, quand il était enfant, il avait des rêves bien différents. Il se voyait agent secret, James Bond élégant envoyé dans les missions les plus dangereuses par des messages chiffrés, ou bien capitaine au long cours, allant chercher sous les tropiques des cargaisons précieuses, mousselines et acajou.

Ou bien encore, pacha du vaisseau amiral d’une grande expédition, il sauvait une captive des barbaresques et la ramenait à bon port, malgré les tempêtes de la mousson, souriante et voluptueuse dans son alcôve tendue de draps de satin. Il avait commencé bien jeune à rêver des Indes, lisant dans une revue de sa mère un reportage sur les moines dont les robes de coton jaune safran l’avaient ébloui.

Pouvez-vous deviner combien de mots dans cette liste sont issus de l’arabe?

Le vocabulaire arabe dans les langues occidentales

Le vocabulaire arabe est entré dans nos langues européennes à plusieurs époques, et parfois, étrangement, nous avons retrouvé des mots grecs ou latins par le biais de l’arabe, lorsque les traductions des auteurs anciens faites au Moyen-Âge par les savants, en Andalousie et au Moyen-Orient nous redonnaient accès à des textes que nous avions perdu.

L’arabe nous a aussi donné de nombreux mots issus du perse, et de pays plus lointains parfois.

Après le Moyen-Âge, où les controverses religieuses et les échanges entre savants nous mettaient autant en contact avec la langue que les croisades, la deuxième vague eu lieu bien sûr à l’époque de la colonisation.

Il est d’ailleurs intéressant de voir quand sont arrivés certains mots dans des langues comme le français, l’anglais, l’espagnol et l’allemand. Les étymologies, les traductions, les glissements de sens en disent long sur l’histoire de nos échanges.

L’espagnol (et le portugais) sont les langues bien sûr le plus imprégnées d’arabe. En dehors des noms de lieux, et des dérivés, on compte un peu plus de 850 mots d’origine arabe en espagnol, contre 420 en français (Source : Henriette Walter, l’Aventure des langues en Occident), le corpus anglais étant sensiblement aussi important, mais différent, et le corpus allemand plus faible.
Certains mots sont arrivés directement de l’arabe dans chacune des langues, d’autres ont eu des parcours plus complexes.

L’argot actuel, lui aussi, vient en partie de l’arabe

Alors que la première vague, jusqu’à la colonisation, a été essentiellement liée au vocabulaire, les apports de l’arabe au français deviennent plus complexes avec l’installation des populations immigrées et le regroupement familial.

Ce ne sont plus des francophones expatriés qui “attrapent” des mots d’arabe (comme le clebs ou le toubib), mais des bilingues qui parlent souvent darija à la maison et qui décalquent en français des expressions arabes, avant de les modifier éventuellement. La fin des années 2000 voit ces nouvelles formules arriver.

Jean-Louis Calvet, un linguiste, a par exemple démontré que Jean Louis Calvetvient de la confusion entre deux mots arabes, “hasaba” (calculer) et “hasiba” (prendre en considération) qui sont devenus un seul verbe en darija algérienne, “haseb”.

Le seum, aussi, vient de l’arabe. C’est, en arabe, le venin (سم). Avoir le semm, c’est avoir le diable, être énervé, en colère, frustré.

Le babtou, c’est le verlan du “toubab”, “l’homme savant”, surnom qu’on donnait aux colons (et dont la même racine à donné le toubib).

Le prochain article vous donnera la solution à notre jeu, et vous parlera d’un mot beaucoup plus riche qu’il n’en a l’air à première vue, le divan.

1 mise à jour le 21/11/2017 :

Ajout du paragraphe sur l’argot actuel issu de l’arabe.

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A propos de l'auteur

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"Mezgarne", c'est Marie-Aude, mais sous ce pseudonyme sont regroupés les articles qui avaient été publiés à l'origine sur le site de l'Oasis de Mezgarne, une activité touristique gérée de 2004 à 2015 avec son mari.

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