Ecotourisme au Maroc, et si on commençait par l’écologie tout simplement ?

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Alors que l’écotourisme, le tourisme responsable, le développement durable, la protection de l’environnement sont des thèmes porteurs, alors que le Maroc privilégie le développement d’un tourisme rural, qu’en est il réellement de l’écologie au Maroc ?

L’écologie au Maroc, ce n’est pas rose ni vert

Globalement, la vision qui s’offre au touriste n’est pas très positive. La vue des abords des villes, couverts de sacs plastique noirs qui s’envolent au premier souffle de vent, les ordures ménagères qui traînent dans les rues, les émanations de voitures, de camions, de bus hors d’âge qui noircissent le paysage dès qu’il faut donner un petit coup d’accélérateur, par exemple pour franchir le col de Tichka, les émanations industrielles, notamment, mais pas seulement, vers Safi dont les phosphates agressent le nez, les yeux et les poumons, le véritable fog qui peut s’abattre sur Casablanca en cas de pollution conjuguée à la chaleur, la piètre qualité de l’eau, les piles usagées qui chauffent au soleil, l’absence de tout recyclage, tout cela n’est pas très vert.

Si on va plus en profondeur, de nombreux points sont plus que préoccupants. La désertification gagne du terrain, non seulement “comme partout”, dans la bande saharienne, mais aussi sur les pentes des montagnes de l’Atlas, autrefois très boisées, parce que le bois est utilisé pour le chauffage, plus vite qu’il ne peut se renouveler. Cette photo, prise sur les pentes du cirque de Jaffar, près d’Imilchil montre bien l’ampleur des dégâts.

Le cirque de Jaffar vu d'en haut avec des tentes nomades au fond

Ce paysage de montage était autrefois verdoyant

La gestion de l’eau est inquiétante.

Entre le mauvais assainissement, les besoins de l’agriculture dans la région d’Agadir et du Sous où les maraîchers, plus encore que les vergers, consomment énormément et forent des puits de plus en plus profond, le développement des besoins touristiques pourrait paraître anecdotique.
Pourtant la consommation d’eau des grandes villes touristiques comme Marrakech ou Agadir est telle qu’on frôle la pénurie chaque été.

Les jardins qui parent le royaume, les massifs fleuris abondamment dans toutes les villes embellissent le paysage urbain, mais consomment de l’eau. Quant aux piscines, que ce soit dans les riads de Marrakech ou dans les kasbahs de notre sud semi-désertique, elles sont une aberration écologique et environnementale (mais on en parle assez sur le blog pour ne pas ré-enfoncer le clou).

Le besoin d’une sensibilisation à l’écologie

Si les MRE (Marocains Résidents à l’Etranger, ou “Revenant l’Eté” comme on les appelle) ont souvent des habitudes de préservation de l’environnement, elles ne sont pas encore répandues dans la population. On vous donnera deux ou trois sacs plastiques pour chaque achat (et je surprend toujours quand je les refuse), nombreux sont ceux qui “poussent” simplement les déchets plus loin.

Ce qui était possible – voir souhaitable – il y a encore quelques dizaines d’années, quand le plastique, les piles au mercure et les canettes de coca n’avaient pas tout envahi, pose maintenant de graves problèmes. Il faut non seulement ramasser les ordures, mais les recycler de façon efficace, au lieu de laisser traîner ce dont on n’a pas l’utilité.

jarre sur un toit de Goulmima

Une jarre en terre aux motifs décoratifs traditionnels

Autrefois, c’était peu de choses… aujourd’hui c’est beaucoup. Et surtout ce n’est plus biodégradable. Les bidons de plastique, par exemple, remplacent les jarres en terre ou les outres en peau. Et ce n’est pas le même impact environnemental.

L’eau surtout n’est pas perçue comme une ressource rare.

C’est sans doute ce qui m’a le plus surprise, par rapport à la Namibie ou à l’Égypte, où chaque hôtel affiche une pancarte expliquant que l’eau ne doit pas être gaspillée (et en Namibie, dans de nombreux endroits, elle est payante).

Ici au Maroc, l’eau n’est pas mise en valeur. Les hôtels n’informent pas, les piscines abondent même dans le désert, et les marocains lavent leurs maisons à grande eau, font couler la douche longtemps pour retrouver le plaisir du hammam (mais le hammam, on y va une ou deux fois par semaine, la douche c’est tous les jours, plusieurs fois par jour en temps de sécheresse).

Des villages entiers, comme Aït Ben Haddousont ravitaillés par camions citernes, parce que l’eau, qui passent à travers les couches de sels minéraux du Haut-Atlasest impropre à la consommation. Les réseaux de collectes des eaux usées, dans les villages, fonctionnent encore correctement, sur les modèles traditionnels, mais l’eau y est de plus en plus rare. Il n’y a pas de contrôle sur les quantités de pesticides et d’insecticides utilisés par les grandes exploitations agricoles du Sous et du Haouzqui polluent les nappes….

L’hôtellerie écologique est rare au Maroc. Beaucoup parlent de “tourisme solidaire”, de “développement durable”, mais peu agissent réellement (un prochain article vous présentera une sélection d'écolodges au Marocou d’hébergements qui font réellement des efforts).
Bref, bien que l’essentiel soit ailleurs, le marocain est un pollueur, et il n’a généralement pas conscience de son impact, problème d’éducation et de sensibilisation.

Pourtant des efforts sont faits, et l’impulsion royale est donnée. La suite demain :)

1 mise à jour le 30/05/2020 :

J’ai relu cet article quand j’ai écrit celui sur les faiblesses du tourisme marocain.

En dix ans, beaucoup de progrès ont été faits

L’interdiction des “micas” (sacs en plastique), imparfaitement respectée, a beaucoup amélioré le paysage marocain. Leurs remplaçants, les sacs en non tissé, ne sont pas beaucoup mieux sur un plan écologique, parait-il, mais ils se recyclent mieux que les sacs en plastique.

Le renouvellement des parcs de taxis, l’amélioration des transports en communs, des normes plus dures à l’importation des véhicules d’occasion ont aussi améliorés les choses : on voit de moins en moins ces gros nuages noirs.

Le recyclage, au moins à la petite échelle de l’artisanat, a droit de cité. On recycle les pneus en meubles ou en chaussures, les sacs plastique en tapis ou en paniers… mais le recyclage du verre, par exemple, n’existe que via les chiffonniers qui en sont toujours réduits à faire les poubelles avec leur carrossa pour trouver de quoi gagner quelques dirhams !

Beaucoup plus reste à faire

En particulier sur la gestion de l’eau. Le gouvernement marocain est parfaitement conscient du stress hydrique, de la diminution importante des nappes phréatiques et met en place des équipements (barrages, capteurs d’humidité dans le grand sud, bientôt une station de désalinisation).

Par contre, le grand public n’est toujours pas sensibilisé. Une tarification différentielle de l’eau pour le secteur touristique est politiquement inaplicable. Tourisme et agriculture sont concurrents, l’agriculture se taillant la part du lion, bien sûr.

On a même eu l’idée délirante de planter des pastèques dans la région de Zagora, les villageois, privés d’eau, protestent fortement.

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A propos de l'auteur

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"Mezgarne", c'est Marie-Aude, mais sous ce pseudonyme sont regroupés les articles qui avaient été publiés à l'origine sur le site de l'Oasis de Mezgarne, une activité touristique gérée de 2004 à 2015 avec son mari.

9 commentaires

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    Romain Vallon le

    J’aimerais être tenu informé de votre sélection “d’écolodges au Maroc ou d’hébergements qui font réellement des efforts”
    Merci

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    Bonjour,
    Merci pour votre vision fort pertinente du Maroc et de son “retard écologique” par rapport à d’autres destinations touristiques. Je tiens à attirer votre attention sur l’existence de société de recyclage dans le royaume avec Replayplast à Agadir (qui participe d’ailleurs à un GIE (PROGRES) collectant les déchets des hôtels d’Agadir (60 tonnes par mois) et de Marrakech afin d’en assurer une bonne fin de cycle de vie dans le respect de l’environnement), Valplast à Casablanca pour le recyclage du plastique, et les efforts soutenus d’Holcim Maroc avec sa plateforme “Ecoval” pour l’élimination “propre” des déchets.
    La liste n’est pas exhaustive.
    En ce qui concerne l’information, la fondation Mohamed VI pour l’environnement soutient différents projets comme les drapeaux bleus pour les plages propres ou le label “Clef Verte” pour les structures hôtelières adoptant une démarche environnementale. 43 structures sont labellisées pour 2010, vous en trouverez la liste sur le site http://www.greenkey.com, c’est un pas en avant, insuffisant peut-être mais bel et bien réel.
    Des sociétés de service comme ADS Tourisme à Marrakech accompagnent les structures souhaitant limiter leur impact environnemental, la société DARLINK qui distribue des produits et des équipements respectueux de l’environnement vient d’ouvrir une boutique à Marrakech à Guéliz et ils commercialisent des produits d’entretien éco labellisés “La Fleur” l’éco label européen, du papier recyclé, des économiseurs d’eau et bien d’autres solutions.
    Ces sociétés s’impliquent dans une possibilité d’un développement durable et réel, il ne s’agit pas de “greenwashing” comme on peut souvent l’entendre, ce sont des personnes convaincues, motivées, pragmatiques, capables d’accompagner et d’aider les décideurs soucieux de leurs impacts négatifs.
    D’ailleurs, la démarche environnementale est avant tout une démarche qualité, toutes les sociétés sont concernées et il s’agit d’une notion qui dépasse les frontières. Le Maroc est aujourd’hui en passe de devenir l’exemple africain d’une bonne intégration des valeurs environnementales, la charte environnementale est un grand pas en avant, c’est un cadre légal pour le respect de l’écologie.
    Je suivrai le blog avec plaisir afin de connaitre votre sentiment sur ces quelques mots.
    Cordialement
    J.

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    Marie-Aude le

    Merci beaucoup pour votre commentaire.
    Ma première remarque est “ça manque de communication” tout ça, car j’ai moi même recherché pendant longtemps du support pour certains problèmes, sans trouver quoi que ce soit sur internet :)
    La deuxième chose, mais ça c’est un problème structurel, auquel il est difficile de remédier, c’est que tout cela est loin de petites structures comme les nôtres, dans le sud.
    Si je fais un bref calcul “compensation carbone” de ce que représente aller chercher des produits bio à Marrakech (je parle de produits d’entretiens, pas de matériel à longue durée de vie comme un économiseur d’eau), j’hésite beaucoup, il s’agit de types de pollutions différentes, mais à notre échelle, je ne suis pas sure que le bilan global soit positif.
    Comme je le dis dans l’article suivant, oui les choses bougent, on part de très loin :)
    ps : le site grennkey.com est inaccessible, est ce le bon lien ?

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    Très bonne analyse du problème ! Ici à Tétouan, la situation est similaire. Derrière une “vitrine” verte (site web, affichage,…), on est obligé de constater que dans la réalité on est très peu avancés dans le domaine de la protection de l’environnement et du recyclage… Il existe toutefois des filières parallèles non officielles mais peu organisées et beaucoup de déchets échappent encore à cette valorisation et se retrouvent en décharge…

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    Bonsoir
    L’écologie au Maroc!!! Hum je ne sais pas si cela est dans l’esprit des gens ans déjà et je vois toujours les mêmes choses..Lamentable et consternant!
    Mais il y a une charte de l’environnement, un site déjà oublié et des politiques qui s’en moquent!
    Bref les fôrets les cours d’eau etc…et nos enfants ont bien des soucis à se faire.

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    Il y a malheuresemnt tellement de choses vraies dans tout ce qui a été écrit, et hélas en 2010 ça ne semble pas vraiment s’améliorer; Certes il y a éparse des activités ou des projets qui sont menés mais ce n’est guère suffisant que ce soit dans l’écologie, en économie ou dans le social. Je pense que le gros du problème réside dans les mentalités qui n’évoluent pas toujours dans le bon sens. Car après tout le développement ou la responsabilisation doivent s’accompagner d’un changement de mentalité pour une meilleure et durable efficacité, et là on a encore du boulot. Parfois je me pose meme la question par où commencer???

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