Oui les avions de rapatriement coûtent cher, non ce n’est pas “abusé”

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Dans les multiples râlages des participants aux groupes de français bloqués et finalement rapatriés au Maroc, il y a le prix du billet d’avion, le manque de repas et l’absence de distanciation sociale dans l’avion. Sur le thème “jamais content” et “où ai-je posé mon cerveau“, “ah oui j’avais oublié de râler“…

je viens d'atterrir à paris charles de Gaulle ,vol de rapatriement depuis Marrakech avec air France. avion complet aucune distanciation respectée. 45 minutes de retard car avion trop lourd et température extérieure à Marrakech élevée. donc risque pour le décollage. 1 demie tranche de pain de mie en guise de sandwich...pour 380€ le vol ...c'est 1 honte .

Un exemple parmi des centaines d’autres

Plainte régulièrement entendue sous différentes formes, à chaque avion de rapatriement. (Le retard était dû en fait à une passagère qui avait perdu son passeport avant d’embarquer).

Air France est une compagnie privée libre de ses tarifs qui ne vend pas à perte

Déjà, c’est le premier point. Après avoir voté pendant des décennies pour des politiques plus libéraux les uns que les autres, qui s’empressaient tous de privatiser à qui mieux mieux, il ne faut pas s’étonner que des sociétés comme Air France, en difficultés financières lourdes comme toutes les autres compagnies aériennes, pratique des prix réels qui lui permettent de faire un petit profit.

Pour rappel, aux Etats-Unis, une compagnie aérienne est déjà en faillite et ça risque de suivre… Air France perd 25 millions d’euros par jour depuis le début de la crise.

Les gens protestent contre les tarifs imposés par l’économie libérale, combien d’entre eux ont signé la pétition comme la privatisation d’Aéroports de Paris ?

Le vol aller est vide

Les frontières étant encore fermées, le vol aller est vide. Mais il faut quand même le faire…. donc vous ne payez pas 380€ pour un aller simple, mais pour un aller-retour, soit 190 € le vol simple.

Où est l’arnaque ?

Le coût du billet d’avion inclut le coût de l’aéroport

Les taxes d’aéroport, le prix des services (les gens qui font aller – venir les avions), le catering (les sociétés qui préparent la nourriture qui est servie). En période normale, le prix des infrastructures est réparti sur de très nombreux vols. Les sociétés qui fournissent les aéroports ont elles aussi des difficultés financières, et doivent fonctionner pour un tout petit nombre de vols.

Donc Air France paye plus cher les services, qui ne sont pas toujours de bonne qualité.

Les sociétés de catering aussi ont des difficultés

Elles étaient, comme tout le monde, confinées. Elles ont, comme tout le monde, de gros problèmes financiers suite à l’arrêt total de leur activité. Elles préparent d’habitude des milliers de repas par jour.

Elles n’ont pas des petites cuisines individuelles où elles peuvent préparer facilement juste 300 repas. Elles n’achètent plus en gros auprès de leurs fournisseurs, donc leurs prix de revient augmentent.

C’est ça un “état d’urgence”, c’est “je monte dans l’avion et je n’ai pas mon super top repas”.

Il n’y a plus de yield management ni de business

Le “yield management” (la gestion du revenu) est la technique largement utilisée pour vendre le plus de billets d’avion possible, en fonction des dates, de la période, ou du nombre de fois où vous vous connectez pour chercher un billet, etc. En quelques jours, un billet peut facilement augmenter (ou diminuer) de 20% à 30% de son prix.

Bien évidemment, pour des avions de rapatriement, il n’y a aucun yield management ; il n’y a plus de business class non plus. Or les profits de la business class sont très importants dans la rentabilité globale d’un avion. Ici, le prix du billet est forfaitaire, tout le monde au même tarif.

On facture en coût complet et plus en coût marginal

Quand vous décidez de faire voler un avion, vous avez des coûts forfaitaires : l’amortissement du prix de l’avion, le carburant nécessaire pour le faire voler à vide, les taxes d’aéroports, le salaire du personnel, etc…

Et des coûts marginaux : le carburant supplémentaire lié au poids du passager et de ses bagages, le coût du catering, etc.

Le coût marginal est très faible, par rapport au coût forfaitaire.

Dans le cas du rapatriement, on prend simplement la totalité des coûts (augmentés par la situation d’état d’urgence) divisée par le nombre de passager.

Il n’y a plus d’incitation à vendre à perte

Une compagnie aérienne, en temps normal, dispose de “slots” (des horaires dans un aéroport) qu’elle doit à tout prix utiliser pour pouvoir les conserver l’année suivante. Donc elle est obligée de faire voler ses avions.

A partir de ce moment-là, quand un avion n’est pas assez rempli, toute personne supplémentaire va apporter un petit revenu en plus et permettre de diminuer les pertes globales engendrées par un avion qui vole à vide.

Avec le yield management, plus on s’approche de la date de départ, plus le prix sera proche du coût marginal : l’avion va voler de toute façon, il faut le remplir au maximum.

Il n’y a plus d’allotements

En temps normal, une bonne partie des billets d’avions est réservée aux agences de voyage, en particulier à celles qui fournissent des séjours “all inclusives”. Ayant déjà encaissé des revenus pour un vol, là encore, il est plus facile pour la compagnie de vendre les derniers billets moins chers. En temps normal…

Et la distanciation sociale ?

Les passagers sont obligés de porter un masque pendant toute la durée du vol. Ils sont supposés ne pas avoir la Covid. Si les mesures de distanciation sociale étaient respectées, les billets coûteraient deux fois plus cher.

Si tout le monde porte son masque, le risque de contamination est très faible.

Après, les gens sont libres de ne pas monter dans l’avion.

Le “vrai prix” d’un billet d’avion ?

J’ai déjà eu besoin de prendre des billets d’avion en urgence, les prix sur Air France tournaient autour de 350 €. Donc je ne suis absolument pas choqué par ce tarif de 380 €. Le tourisme a été soutenu par une baisse absolument incroyable du prix du transport aérien. Incroyable et polluante.

Si Transavia vend ses billets moins cher, ce n’est pas parce qu’elle est plus gentille qu’Air France, c’est simplement parce que, en tant que low-cost, elle a une structure de coût différente.

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A propos de l'auteur

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Bernard Rouget est consultant en management et en gestion de projets informatiques. Il s’est installé en 2010 au Maroc avec une double activité : le lancement d’un riad près de Zagora, avec sa femme (qui n’a pas fonctionné, il vous racontera pourquoi un jour), et une activité de conseil dans son domaine de compétence. Il est derrière le compte Twitter de O-Maroc

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