Communiquer sur le Maroc pour relancer le tourisme

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On voit fleurir partout des applications et des sites webs pour vanter le Maroc, sa beauté, ses ressources, la qualité de son accueil.

Dans la guerre féroce que vont se faire les différentes destinations touristiques, je ne pense pas que cela soit si important. On est très loin des vraies questions que se posent les touristes potentiels.

Or on ne vend bien que lorsqu’on répond aux véritables problèmes de son prospect.

Autrement dit, dans la situation actuelle, quelle importance que le Maroc ait de belles plages ? Tout le monde le sait.

Mais il n’est pas le seul.

Alors, sans chauvinisme, sans “PlusBôPaysDuMonde“, qu’est-ce qu’on pourrait dire sur la “destination Maroc” pour attirer les touristes ?

Il n’y aura plus de fermeture des frontières

Au tout premier plan des inquiétudes des touristes, le risque de se retrouver à nouveau coincés pour plusieurs mois dans un pays étranger. Cette inquiétude est d’autant plus réelle que la situation sanitaire ne s’améliore pas vraiment dans le monde, que les contaminations augmentent, particulièrement en Afrique.

Étant donné les liens entre la France et le Maroc, je parierais bien que 80% des Français ont été, au choix, bloqués eux-mêmes, ont eu un de leurs proches ou une de leur connaissances bloquées, ou au moins connaissent quelqu’un qui connait quelqu’un qui a été bloqué.

Cela fait un peu sourire, en mode “l’homme qui a vu le petit cousin qui a vu l’homme qui a vu l’ours”, mais en réalité, c’est une réputation négative qui se construit ainsi.

Cela s’est confirmé sur le “terrain” avec l’annonce de l’ouverture limitée des frontières au 15 juillet. Avant que le gouvernement ne précise qu’il ne s’agissait pas d’une ouverture au tourisme, et malgré la précision sur le communiqué officiel, “pourront repartir par les mêmes moyens à l’issue de leur séjour”, la question du risque de fermeture, de ne pas pouvoir rentrer était partout dans les forums et sur Facebook.

En cas de confinement partiel, nous prendrons soin de vous

Deuxième risque, se retrouver bloqué dans un lieu reconfiné. Safi est aussi une ville touristique. Tanger a failli être totalement confiné (et je pense que l’annulation de ce confinement total a été liée aux plaintes des opérateurs touristiques).

Passer des vacances au Maroc sans pouvoir se promener librement, quelle galère !

Il est donc essentiel de proposer à l’avance des solutions, une “garantie de transfert” dans un endroit plus agréable (avec, bien sûr les tests nécessaires).

Le reconfinement est un risque réel, tous les pays sont amenés à reconfiner des villes ou des quartiers, le Maroc n’y échappe pas. La question est donc “comment cela se passe pour les touristes“.

Nous maîtrisons la pandémie

La meilleure façon d’éviter le risque de reconfinement, c’est que la pandémie soit suffisamment maîtrisée pour qu’il n’y ait pas besoin de reconfiner.

Sur ce sujet, le Maroc envoie des signaux contradictoires. Certes, le nombre de morts est resté très bas, comparé à d’autres pays, et le Maroc a reçu des louanges nombreuses de la part d’autres pays et d’organisations internationales sur sa gestion de la crise.

C’est un signal positif fort, qui a, en plus, l’avantage d’avoir été émis par des tiers, totalement désintéressés par le soutien du tourisme marocain.

Des opérations de reconfinement globales et brutales comme Safi ou la tentative de Tanger envoient des signaux qui peuvent être interprétés de deux façons :

  • nous maîtrisons car nous prenons immédiatement les mesures nécessaires, même si elles sont difficiles ;
  • nous ne maîtrisons pas si bien que cela, puisque nous avons besoin de reconfiner des villes entières, à la population importante.

Les mesures sanitaires sont adaptées et appliquées

Contrairement à d’autres pays, le Maroc n’a jamais levé l’obligation de port du masque, mais il n’a pas su la faire appliquer après la levée du confinement. Les Marocains à branchies (ceux qui portent le masque sous le menton) sont de plus en plus nombreux, ainsi que les Marocains qui ne le portent plus du tout.

Les mesures sanitaires dans les restaurants sont peu respectées.

Le monde entier reconnait maintenant l’importance du port du masque. Le Maroc doit faire respecter les mesures qu’il a prises, faire en sorte que les plages ne soient pas couvertes de monde. Il faut une présence active de la police pour assurer le “strict respect des mesures préventives préconisées pour la lutte contre la pandémie du Covid-19“, il faut une présence active sur les RézoSociaux et les forums pour prouver ce respect.

Autrement dit, il faut que le Maroc, en plus d’être le “plus beau”, soit “le plus sûr” pays du monde.

Touristes de l’intérieur, nous faisons un effort particulier pour vous

Il n’y a quasiment rien pour promouvoir le tourisme de l’intérieur.

Les hôtels doivent théoriquement accorder une réduction pour les résidents séjournant plus de deux jours de suite. A chaque fois qu’on demande la réduction, on vous répond qu’elle est déjà appliquée dans le prix. Le prix payé est effectivement inférieur au prix affiché, mais c’est le cas pour tout le monde. Donc en pratique, les Marocains payent le même prix que les étrangers.

L’opération “Kounouz Biladi” n’a jamais été un succès. Cette promotion du tourisme vis-à-vis des Marocains a souffert de beaucoup de facteurs :

  • offre adaptée aux touristes étrangers plus qu’aux touristes marocains
  • prix réduits non appliqués en réalité
  • peu de professionnels participant, dans quelques villes seulement (Marrakech, Agadir, Ouarzazate et Casablanca en 2010… quel touriste Marocain voudrait passer ses vacances à Casablanca ?)
  • offre considérée par les professionnels comme un bouche-trou quand l’arrivée des touristes étrangers se tarit

On est exactement dans ce cas de figure.

Effectivement, les Marocains n’ont pas du tout les mêmes attentes que les étrangers. Le tourisme rural, le désert, tout ce qui est au sud de Marrakech (à l’exception d’Agadir) ne les intéressent pas. Ils ne sont pas routards-sac à dos, ils ont des exigences en matière de confort qui excluent beaucoup d’hébergements pratiqués avec bonheur par les touristes étrangers en quête d’authenticité.

Pour résumer, ils n’ont aucune envie de boire le thé chez l’habitant, puisqu’ils le boivent chez eux.

Le tourisme de ville, culturel, ne les intéressent pas beaucoup non plus, dès qu’ils ont une famille avec des enfants. Et les grandes villes touristiques offrent peu de possibilités d’activités pour les enfants, en dehors de quelques grands parcs comme Oasiria, Crocopark à Agadir ou Sindibad à Casablanca. Parcs dont la fréquentation quotidienne exploserait beaucoup de budgets.

Le tourisme de l’intérieur va fonctionner cette année, puisque les Marocains ne peuvent pas partir à l’étranger, comme ils en avaient l’habitude, en Turquie, en Espagne.

Mais cela va être extrêmement ponctuel. Développer le tourisme de l’intérieur implique de développer une offre différente, et cela ne se fait pas en deux mois.

La question est : les professionnels vont-ils le comprendre et investir pour un moyen-terme ? Et surtout, auront-ils les moyens de cet investissement ?

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Une vidéo “Kounouz Biladi” sur le site du Comité National du Tourisme

Plan de relance du tourisme: la vérité sur le document qui circule sur les réseaux sociaux
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