Moroccoronavirus diaries

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Le confinement s’approche à grands pas pour le Maroc, qui pourrait bien le mettre en place – avec contrôle policier – dans les jours qui viennent. Jusqu’ici relativement épargné – semble-t-il – le Maroc voudrait éviter toute contamination extérieure, et contenir au maximum la contamination intérieure.

Il faut dire que les milliers de touristes qui sont, malgré tout, venus passer des vacances au Maroc avant de s’entasser dans les aéroports en attendant que leur pays envoient des avions vides pour les rapatrier peuvent bien avoir été des “contaminés asymptomatiques”.

Comme les nombreux chinois qui travaillent au Maroc et qui font des aller-retours au pays. Et les tout aussi nombreux consultants, homme d’affaires, etc. Le Maroc est en relation “intimes” avec les pays les plus touchés par l’épidémie : Chine, France, Italie, Espagne.

Il faut dire aussi que si le coronavirus arrive dans les foyers de migrants ou dans les (quasi) bidonvilles sans eau et sans hygiène, il pourra y faire la fête …

Il faut aussi reconnaître que si les marocains sont, officiellement, quasiment “chochottes” en ce qui concerne l’hygiène (et ils ont de bonne raisons pour ça !), ils ont aussi des habitudes totalement incompatibles avec la prophylaxie de base : il suffit de voir comment on se rince à peine les mains avec un petit coup de savon sous la légère coulée d’eau chaude, avant de se les essuyer avec une serviette commune qu’on posera à côté de soi (et donc par terre, si on mange par terre), avant de plonger à pleine main droite dans le plat commun… Ou bien, toujours à table, de voir une famille entière se partager un verre pour boire l’eau (alors que les sodas sont servis dans des verres individuels).

Sans parler des billets crasseux qui s’échangent, des adolescents qui prennent des nouilles servies en vrac dans les supermarchés pour les porter à la bouche, avant de les rejeter au milieu des autres (scène vécue), de cette pratique de saluer les gens qu’on respecte en portant leur main à sa bouche, ni, tout simplement, de l’impressionnante promiscuité qui existe dans de nombreux logements.

Bref, entre ignorance de certains, manque de moyens et fausses idées sur l’hygiène, quand le coronavirus arrivera à s’installer au Maroc, il y fera sans doute un massacre, certainement sous-estimé, car, quand on est pauvre et sans CNSS, on ne va pas chez le médecin pour un rhume, on ignore comment se tester et on peut comme cela contaminer un village en quelques jours.

L’inquiétude est profonde dans les grandes villes, palpable. Et je trouve que le gouvernement gère ça très bien.

Aujourd’hui il fait gris

Alors qu’on bénéficiait d’un temps splendide (et inquiétant, même, pour la sécheresse à venir) depuis plus d’un mois, j’avais rangé le chauffage, plus de couvertures, dans la nuit de dimanche à lundi, alors que circulaient les nouvelles des fermetures des écoles (pardon, du changement de dates pour les vacances), la pluie est tombée pendant la nuit à Casa, le froid est revenu, le vent aussi, et la journée a été très grise.

Casablanca est déjà, un peu, en sous-activité, et ce gris est autant dans le ciel que dans la tête des gens. Des gens sont bloqués, et tous n’ont pas eu les moyens de réclamer “Macron un avion”. Un de mes beaux-frères, par exemple, qui vit en Italie et fait l’aller-retour tous les mois s’est retrouvé coincé, à deux ou trois jours près, sa femme et ses jeunes enfants sont en Italie, lui à Ouarzazate, “et ne sais pas quand reviendra”.

On suit les nouvelles de la France, la première allocution de Président Macron a fait bougé des lignes, car beaucoup de marocains ont de la famille en France. On se sent aussi plus proches des mesures françaises que de celles prises dans d’autres pays : la fermeture des écoles en France a eu lieu juste avant celle des écoles marocaines (et l’AEFE donne même l’impression d’être un peu à la traîne).

Les marocains sont calmes, et appliquent les consignes

Je ne parle bien sûr que de ce que je vois autour de moi, donc Casablanca, et des gens qui ne sont ni les plus riches, ni les plus pauvres.

Ce week-end, on a un peu vidé quelques rayons des supermarchés, farine, huile et pâtes essentiellement. Mais il n’y a pas de rayons vides, les hanouts (les petites boutiques du coin de la rue) sont pleines. Certains produits, comme l’aïl, essentiellement importé de Chine, sont effectivement difficiles à trouver pour des prix raisonnables (on est passé à 40 dirhams le kilo au marché Central, 45 à 50 dirhams dans les quartiers chics). Les prix alimentaires augmentent de façon raisonnable, moins que pour Ramadan, en fait. La sardine a même baissé drastiquement ce week-end après une pêche miraculeuse à Safi.

Dans les administrations et les bureaux, les distances de sécurité sont respectées. Même dans la rue… c’est impressionnant de voir les gens, qui d’habitude se poussent les uns les autres dans une masse où eux seuls sont capables de savoir qui est le premier, impressionnant donc de les voir attendre calmement, à un mètre les uns des autres. En restera-t-il quelque chose après ?

Les gens portent des gants, mais les gardent souvent toute la journée, au lieu des trois ou quatre heures. Certains portent des masques (mais ils sont difficiles à trouver), on voit beaucoup moins de gens cracher par terre, et, surtout, incroyable, les rues de Casa sont calmes !

Rien de mieux qu’une police autoritaire pour lutter contre les fake news et les opinions dissonantes

Le Maroc n’est certainement pas un pays où la liberté d’expression est aussi respectée qu’aux États-Unis. Et il dispose d’un arsenal légal qu’il a décidé d’utiliser complètement. Les services de la sureté nationale vérifient toutes les vidéos, et arrêtent systématiquement les diffuseurs de fake news. Dans le lot, des diffuseurs de “true news” en font aussi les frais, comme une malade en isolement à l’hôpital de Salé, qui a diffusé un mini-reportage pour montrer les mauvaises conditions d’hygiène où elle se trouvait. Le directeur de l’hôpital a été démis, et la malade inculpée pour ne pas avoir respecté son isolement en allant de chambre en chambre

Certains religieux qui avaient exprimé des critiques “basses et ignorantes” au sujet de la fermeture des mosquées, appelant quasiment à l’insurrection, ont aussi été réduits au silence (et je trouve ça très bien…)

Mais on ne peut pas empêcher la circulation des rumeurs, les fameux “bergags”, le confinement avec le contrôle militaire devait être mis en place juste après l’allocution du président Macron de lundi soir, ce serait pour la fin de la semaine… Comme partout dans le monde, l’atmosphère est anxiogène. Et j’entends bien peu de marocains s’en remettre à la grâce d’Allah. Ce serait pourtant le moment de penser, sincèrement, “Inch Allah”.

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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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