Incivilité, vraiment ? Et si on se parlait ?

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Que ce soit dans notre article sur le bruit des voisins ou sur les groupes Facebook, que ce soit au sujet du bruit, de la conduite, de l’occupation de l’espace public, de la “gestion” des ordures, c’est le coeur des pleureuses sur une incivilité généralisée au Maroc. L’incivilité, c’est toujours les autres, d’ailleurs…

En fait, la réalité est nettement moins simple.

Il suffit par exemple de voir dans le tramway comment les gens se lèvent immédiatement pour proposer leur place à une femme âgée, enceinte ou encombrée avec ses enfants, pour se dire que l’incivilité n’est pas généralisée. Et de voir comment, pendant longtemps, les mêmes personnes se précipiter pour monter dès les portes ouvertes, sans laisser les passagers descendre, pour se dire que l’incivilité ou la bêtise (car ne pas avoir l’idée de laisser un espace clos se vider avant de le remplir à nouveau, c’est vraiment idiot…) sont finalement bien partagées.

Mais il y a autre chose, c’est qu’au Maroc, on ne “râle” pas. Du moins, pas au début. On n’est pas censé exprimé son mécontentement ou sa gêne, on attend que l’autre devine. Quand un marocain n’est pas satisfait du service, il ne dit rien, mais il ne reviendra pas. Les livres mis à disposition du public pour recueillir les commentaires sont étonnamment vides.

Et puis la pression monte, et d’un seul coup, on s’énerve très fort.

C’est un principe bien connu des coachs en communication : “si je ne signale pas à l’autre que son comportement me gêne, comment peut-il le savoir ?”

J’ai vécu hier soir un épisode qui m’a rendue songeuse.

Avec la canicule actuelle, impossible de fermer les fenêtres. Il y avait – du moins je le croyais – un mariage à proximité de chez moi, avec tout le bruit qui va avec. Je prends mon mal en patience, car sur Casa, cela se termine généralement tôt, vers minuit.

Mais quand même, il y avait juste en face de moi, sous des arcades (ça résonne bien) un groupe de jeunes qui accompagnaient la musique avec un entrain totalement incompatible avec mon sommeil.

Donc, à la fin, je me rhabille et décide de descendre. Et comme je ne parle pas arabe, je vais à la réception d’un hôtel voisin pour demander qu’on m’accompagne.

Et là j’hallucine. Le grand gaillard indolent à la réception refuse “pour ne pas avoir des ennuis, c’est des jeunes ils habitent dans le quartier, je ne veux pas de problèmes.” Oui, ça dérange ses clients. Non, il ne va pas bouger son cul de là. Il suffit d’appeler la police (qui ne va certainement pas se déranger pour cela, rappelez moi de vous raconter mes déboires avec les pompiers).

En sortant, je tombe sur un groupe de personnes, dont un homme accepte de faire les vingt mètres pour m’accompagner et éventuellement traduire.

Résultat ?

Il n’y avait pas de mariage, juste un groupe de 5-6 jeunes avec une “machine à bruit”.

Une minute pour leur faire baisser le son, pour qu’on puisse s’entendre.

Une minute et demie pour leur demander gentiment de faire silence ou d’aller ailleurs.

Trente secondes pour les remercier.

Le calme….

Je ne suis pas naïve. Le “dialogue” ne suffit pas toujours, loin de là. Il y a des incivilités bien plus graves. Des voisins qui n’ont aucune considération.

Mais souvent, en disant simplement “je n’arrive pas à dormir, pouvez-vous s’il vous plait arrêter de faire du bruit” au lieu d’appeler la police ou d’arriver furieux sur le thème “non mais comment vous pouvez être aussi impolis et faire autant de boucan alors qu’on a envie de dormir”, ça marche.

 

 

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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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