Fatima-Berbère retourne au Maroc, enfin !

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A la fin de leur séjour, c’est les larmes aux yeux que Jean et Fatima-Berbère (Marcelline, pour ceux qui n’ont pas suivi), remontent dans leur avion à Marrakech, qui va les ramener au Québec via une longue escale de plusieurs heures à Casablanca. Ils ont tout juste le temps d’aller en centre-ville visiter l’extérieur de la mosquée Hassan II (qui ne se visite pas l’après-midi), ils trouvent la ville étonnamment sale et polluée par rapport à leur semaine dans le désert. Est-ce le Maroc ?

En se posant la question et en sortant leurs gros pulls pure laine de leur bagage pour ne pas avoir froid en arrivant sur place, ils sentent bien que la parenthèse enchantée est finie. Jean est plutôt content de rentrer chez lui, de retrouver son condo tout confort, ses clients et son bar de la rue Sainte-Catherine où il descend des pintes de Gose le samedi soir en regardant les matchs avec ses chums.

Pour Fatima-Berbère, c’est plus dur. Elle passe le vol avec les écouteurs sur les oreilles et “sa chanson” en boucle, le masque sur les yeux et les images de son séjour qui défilent une dune, le visage d’Abdel, un oasis, la soeur d’Abdel, le soir sous les étoiles, le sourire d’Abdel.

Le lendemain de leur arrivée, ils trouvent un mail d’Abdel, qui leur explique qu’ils lui manquent, il est à nouveau en circuit avec des clients, mais ce sont

des Espagnols, ils sont racistes, ce n’est pas comme vous, vous êtes ma famille !

Comme Jean lui a laissé son smartphone avant de rentrer, Abdel peut bientôt les appeler sur Skype. Les horaires sont un peu compliqués, Jean passe juste dire bonjour, c’est Marcelline qui fait l’essentiel de la conversation.

C’est donc, deux semaines plus tard, Marcelline qui transmettra à Jean une demande d’aide de la part d’Abdel.

Il est désolé, vraiment il ne voudrait pas que ses amis se fâchent, la maman a fait une mauvaise chute, elle doit se faire opérer, ça coûte très cher, il n’a pas l’assurance comme son patron ne le déclare pas – d’ailleurs c’est pour cela qu’il rêve d’être à son compte. Il faut la transporter à Marrakech, parce qu’à l’hôpital à Ouarzazate ou à Zagora, vraiment on risque sa vie, les médecins sont corrompus, ils ne t’opèrent bien que si tu payes beaucoup… et puis il y a la convalescence, les visites de contrôle, vraiment c’est très cher pour lui, il y en a pour 20.000 dirhams, même pas 3.000 piasses, il ne peut pas tout payer, si on peut l’aider un peu ? C’est la maman, tu sais bien Fatima-Berbère c’est tellement important pour nous les parents !

Jean est très ennuyé. Il avait bien eu l’idée d’investir dans un 4×4 pour Abdel, mais ça lui était sorti de la tête. Il se demande si Abdel fait la même demande à tous ses anciens clients, comment lui demander des preuves de l’opération sans passer pour un malotru suspicieux ? Déjà Marcelline s’énerve un peu …

Comment tu peux ne pas lui faire confiance ? Et puis on lui avait promis pour le 4×4, et là une si petite somme par rapport au 4×4, tu refuses ? On n’a qu’à dire qu’il nous la remboursera en nous transportant gratuitement quand on retournera au Maroc.

Jean apprend donc coup sur coup qu’il s’était engagé à investir dans le 4×4, et que ses prochaines vacances se passeront à nouveau au Maroc, alors qu’il avait plutôt envie de passer une semaine dans une pourvoirie du Lac Saint Jean à pêcher au milieu des moustiques avec ses enfants … chacun ses petits plaisirs !

Les 3.000 dollars sont envoyés. Jean a exigé de faire un virement bancaire, au lieu du Western Union demandé par Abdel, pour garder des traces. Il a donc la trace qu’il a envoyé 3.000 dollars à un certain Abdelali El Filali, un ami d’Abdel qui ne veut pas que l’argent passe sur son propre compte à lui, son ex-femme lui fait des misères pour la pension alimentaire.

Tu comprends, Fatima-Berbère, c’est les parents, ils m’ont marié quand j’étais jeune, mais moi je ne voulais pas. On ne pouvait pas s’entendre, elle n’avait pas d’éducation, sa famille, elle était tout le temps sur mon dos, ils ont fait la sorcellerie, alors je l’ai divorcée, mais elle cherche à se venger.

Là c’est Marcelline qui a appris plein de choses d’un seul coup, après réflexion, elle trouve tout cela tellement authentique et romantique !

Pour vous résumer rapidement la fin de l’hiver trop froid et le long été qui ont suivi, la relation entre Jean et Marcelline s’est effilochée au fil de la nostalgie de Marcelline et du bon sens terrien de Jean. Marcelline n’a plus transmis à Jean les petites demandes d’aide régulière qu’elle reçoit de la part d’Abdel, elle prend sur son compte d’épargne. Pour que Jean ne voie pas les virements vers le Maroc, elle passe par Western Union.

Jean refuse de repartir en vacances au Maroc. Il a un trop mauvais souvenir de Marrakech, il n’a pas envie de retourner dans le désert, qu’il a déjà vu… il va donc pêcher sur le lac Saint Jean comme prévu, avec ses enfants, pendant que Marcelline repart de Trudeau pour retrouver sa famille berbère. Elle a bien compris que Jean ne voulait pas investir dans le 4×4, elle a donc complètement vidé son compte épargne et complété ce qui manquait avec un crédit. Comme elle ne voulait pas voyager avec une pareille somme, elle a transféré tout cela sur le compte de l’ami d’Abdel.

Elle s’est bien renseignée, elle a des amis marocains à Montréal. Ils lui ont conseillé un avocat à Casablanca, un oncle, qui pourra la guider pour la création de la société et les formalités.

Elle repart donc toute heureuse, avec une grosse valise. Cette fois-ci elle a décidé de prendre un mois de vacances, et convaincu, donc, son patron de lui accorder un congé sans solde. Là encore, Jean s’est passablement énervé… deux semaines de paye en moins ça grève le budget du couple ! Mais il laisse faire, en espérant qu’un mois sur place lui remettra les idées en place, et lui feront plus apprécier le confort québecois à son retour.

Note de la rédaction comme on dit

Jean a parfaitement raison. Si vous envoyez de l’argent au Maroc, passez toujours par un virement bancaire au nom de la personne à qui vous envoyez l’argent. En plus, ça coûte moins cher que Western Union.
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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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