Alors que la saison des prix littéraires bat son plein en France, avec des auteurs marocains à l’honneur, un nouveau prix littéraire voit le jour au Maroc. Une belle aventure dans un pays où, malheureusement, la littérature reste un peu un parent pauvre.
Il suffit, pour s’en rendre compte, de voir la portion congrue réservée à la fiction et à la poésie au Salon du Livre, où les livres techniques ou religieux se taillent la part du lion, avec plus de 70% des surfaces d’exposition. Ou de voir, dans les rares librairies, des rayons littérature réservés aux publications des classiques, là encore « pour l’école », ou aux toutes dernières parutions en poche. J’avoue ne m’être rendue compte de cette spécificité marocaine que lors d’un voyage en Algérie, où j’ai vu à nouveau dans les rues d’Alger de nombreuses librairies où je n’avais qu’une envie, plonger longuement dans les rayons ! On dira que le Maroc a la musique et le cinéma, mais que la lecture n’y est pas valorisée. Rares sont les écrivains marocains qui arrivent à une véritable reconnaissance sans s’être « exportés » d’une façon ou d’une autre.
On le voit d’ailleurs dans les auteurs couronnés par des prix littéraires prestigieux. Tous, quasiment sans exception, sont publiés à l’étranger, les maisons d’édition françaises font plus pour le renom de la littérature marocaine que les quelques maisons d’édition marocaine qui arrivent pourtant à publier de très beaux textes.
Prix littéraires et littérature marocaine
La littérature maghrébine a été mise à l’honneur cette année, avec un prix Goncourt attribué à l’Algérien Kamel Daoud pour « Houris » et le prix Décembre attribué au Marocain Abdellah Taïa pour « Le Bastion des larmes« . Abdellah Taïa avait été retenu dans la sélection du Prix Goncourt, tout comme Ruben Barrouk, un juif marocain racontant son retour à Marrakech, sur les traces de sa grand-mère.
Ces deux livres sont publiés en France parce qu’impubliables dans leurs pays d’origine. D’ailleurs, Gallimard, l’éditeur de Kamel Daoud, a été interdit de Salon du Livre à Alger. Quant à Abdellah Taïa, ses thèmes font encore scandale au Maroc.
Dans les années précédentes, des écrivains comme Tahar Ben Jelloun – qui fait partie maintenant du jury de ce prix – ou Leïla Slimani ont aussi reçu le prestigieux Goncourt, ou le Goncourt de la Poésie, comme Abdellatif Laâbi. D’autres prix ont aussi couronné Driss Chraïbi.
Laila Lalami, quant à elle, écrit en anglais et a été nominée au Prix Pulitzer et au National Book Awards.
En effet, les auteurs qui reçoivent ces prix prestigieux sont des auteurs publiés à l’étranger, soit parce qu’ils y sont partis pour éviter la censure, soit parce que leur carrière a pris son envol en traversant la Méditerranée. Tout simplement parce qu’un prix littéraire récompense le « poulain » d’une maison d’édition française.
Les prix littéraires marocains
Malgré tout, il existe aussi des prix littéraires marocains, dont la renommée, malheureusement, est bien moindre. Avez-vous déjà entendu parler d’eux ? Il s’agit :
- du Prix du Maroc du livre, créé en 1962, doté de 70.000 dirhams de prix, et qui récompense des auteurs dans tous les domaines (sciences, histoire, sociologie) et pas seulement la création littéraire ;
- du Prix littéraire Arganier, attribué par les lycéens de l’enseignement français au Maroc, qui récompense autant des auteurs marocains qu’étrangers ;
- du Prix Orion Maroc, créé en 2023 par le groupe des éditions Orions et qui, lui aussi, élargit ses catégories aux sciences, au delà de la littérature proprement dite.
On peut aussi mentionner pour mémoire les défunts Prix Littéraire de la Mamounia (2009 – 2016) et la déclinaison marocaine du Prix Littéraire du Sofitel, sous le nom « Prix littéraire Sofitel Tour Blanche » (2012 – 2017).
Le prix Abdelmalek Laroui
A cette courte liste s’ajoute cette année un nouveau prix, le prix Abdelmalek Laroui, qui souhaite récompenser un auteur ou une autrice marocain•e moins connu•e, écrivant en français, en arabe ou en anglais des oeuvres de fiction ou de poésie.
Doté par Rkia Laroui, ce prix est d’abord un hommage à son père, Abdelmalek Laroui, un homme grâce auquel les intellectuels de la grande famille Laroui (Fouad Laroui, Abdellah Laroui entre autres), ont pu devenir ce qu’ils sont.
Le premier prix Abdelmalek Laroui a été attribué le 16 novembre 2024 à feu Jamal Boushaba, écrivain de langue française pour son recueil de poésie « Champs de Nuit« , qui fut un journaliste et un critiqus d’art moderne et contemporain marocain.
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