Un point sur la “rumeur” du 10 août (les étrangers seraient obligés de partir)

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Tout a commencé par un article en anglais relayé sur Facebook avec un titre “putaclic” (à mon humble avis) comme quoi les étrangers non-résidents “doivent” quitter le Maroc le 10 Août au plus tard, sous peine d’amende, d’emprisonnement, voire même d’expulsion.

Article fondé sur une information unique de l’ambassade des Etats-Unis citant anonymement un officiel marocain.

Depuis, c’est la panique…

Pour nous, c’est une fake news, en tout cas une affirmation très très très bezaf prématurée.

En fait on n’en sait rien du tout

L’article par qui le scandale arrive explique qu’avec l’état d’urgence et le confinement, le Maroc a assoupli sa loi sur les 3 mois de séjour sans visa, et que maintenant les non résidents doivent se préparer à partir avant le 10 aout et précise qu’après le 10 Août on risque de payer une amende et même la prison.

C’est effectivement la loi.

SAUF QUE….

Depuis quelques temps, on a l’habitude que les officiels changent d’avis, clarifient, corrigent. Même si le “According to the Ministry of Interior” est vrai, il n’y a aucune communication officielle à aujourd’hui, et même si il y en avait une, ça pourrait changer.

SAUF QUE….

Si le Maroc faisait cela, selon la bonne veille loi de la réciprocité, les autres pays appliqueraient les mêmes mesures aux Marocains bloqués chez eux, et ça ferait beaucoup, beaucoup plus mal.

SAUF QUE….

Tout ça est probable, à un moment où à un autre, mais personne ne sait si les frontières vont effectivement “rouvrir”. Le Maroc a bien précisé que ce qui se passait actuellement était une opération spéciale et pas une réouverture.

SAUF QUE….

un certain nombre de non résidents sont dans l’incapacité de partir, ceux qui ont des statuts de nationalité compliqués, qui ne peuvent pas aller directement dans leur pays de résidence, dont le pays de résidence n’accepte pas les vols en provenance du Maroc. Ou n’arrivent pas à trouver des places sur les avions, à des prix raisonnables.

SAUF QUE…

La procédure de prolongation de visa existe et permet donc de régulariser son séjour sans demander de carte de séjour.

SAUF QUE…

La prison pour séjour illégal au Maroc pour un Occidental qui veut partir, je n’en ai jamais entendu parler (et j’ai connu des gens qui ont régularisé deux ans de séjour illégal…), l’amende oui, mais elle est “optionnelle” (cf plus bas, détail de la procédure). Quant à l’expulsion, c’est juste n’importe quoi (en tout cas pour les migrants du monde développé, vous seriez sénégalais ou malien, je ne dis pas)

Alors bien sûr, il faut se préparer à partir. A part quelques personnes, je crois que tous les gens bloqués ici ont envie de partir. Pour ceux qui veulent rester, il est temps de se diriger vers la police des étrangers de votre “port d’attache”, quel qu’il soit… et de régulariser. Ou bien de faire le dos rond et de décider de rester, malgré tout.

Pour estimer le risque lié à cette décision, il faut comprendre la procédure et ses conséquences.

Vous ne payez pas l’amende à l’aéroport, mais avant votre départ

Vous devez régulariser votre situation avant de partir. Cela se fait auprès de la police locale, en charge des étrangers. Vous vous y rendez spontanément, faites votre déposition, expliquez pourquoi vous êtes hors délai, avec des justificatifs si possible (annulations de vols, certificat médical, etc.)

Une fois complet, votre dossier est transféré au tribunal, puisqu’il s’agit d’une infraction passible (dans la loi) de prison, ce n’est pas le commissaire qui décide, mais le juge. Tout est dans la présentation du dossier fait par le policier, le tribunal peut très bien décider de vous demander une amende inférieure à celle prévue par la loi.

Une fois la décision rendue, et votre amende payée, vous récupérez au poste de police un document vous permettant de franchir les frontières. Vous le présentez lors du contrôle de votre passeport, et voilà, c’est fait.

Cette régularisation ne se fait pas à l’aéroport

Donc effectivement, si vous vous pointez, faussement innocent, à l’aéroport, vous serez courtoisement retenu dans les locaux de la police des frontières jusqu’à ce que tout cela soit réglé. “Retenu” et pas “emprisonné”. Si cela dure vraiment longtemps, vous devez repartir en ville.

Encore une fois, vous ne serez pas expulsé, puisque vous aviez décidé de partir : pourquoi l’état marocain prendrait-il en charge une expulsion, alors que vous souhaitez partir ?

Encore une fois, je n’ai jamais entendu parler de peines de prison pour les résidents occidentaux. (Sauf ceux poursuivis pour de véritables crimes, mais c’est le crime qui compte, pas le séjour illégal).

Est-ce que vous pourrez ré-entrer au Maroc sans problème ?

Oui. Si votre nationalité vous dispense de demander un visa, oui. (et si les frontières sont ouvertes, etc.)

C’est ce que j’ai expérimenté quand j’étais dans cette situation. C’est ce que d’autres connaissances ont expérimenté, comme moi.

Une fois qu’on vous a laissé partir, vous pouvez revenir tranquillement.

En d’autres termes, le Maroc n’est pas comme les pays Schengen, les Etats-Unis ou tout autre pays gérant des listes noires quand vous “grillez votre visa” comme disent les Marocains. 

C’est la même chose pour les gens qui renouvellent leur carte de séjour en retard : ils doivent passer par une procédure spéciale la première fois, les renouvellements suivants sont normaux.

Ce que disent les wilayas et postes de police, Marrakech et les autres

Beaucoup de personnes sont allées se renseigner au poste de police, dans différentes villes, et ont eu exactement la même réponse : il n’y a rien de changé, rien ne change le 10 août.

C’est différent à Marrakech, et seulement là : le discours est très ferme

vous devez partir le 10 et si vous ne le faites pas cela aura un impact sur votre situation personnelle

Quel impact ? Il n’y a rien dans la loi.

Forcer la régularisation des faux “non résidents” ?

Beaucoup de propriétaires de riad résident à l’année à Marrakech, sans avoir fait de carte de résident, en sortant simplement tous les trois mois. Cela veut dire qu’ils ne payent pas, personnellement, d’impôts au Maroc. Avec une exaspération croissante de ceux qui jouent le jeu. Car même si les riads sont exploités en société, ces personnes ne payent pas d’IR au Maroc.

De là à imaginer que la wilaya soit plutôt contente de les effrayer et de les forcer à se régulariser, il n’y a qu’un pas. Que bien entendu, je ne franchis pas…

Le prolongement de l’admission temporaire des voitures jusqu’au 31 décembre

C’est en réalité le seul signe donné par l’administration marocaine, qui a annoncé prolonger jusqu’au 31 décembre 2020 l’admission temporaire des véhicules, théoriquement limitée à six mois.

Donc, en clair, l’administration se prépare à ce que les étrangers ne puissent pas tous repartir en août… sinon cette mesure n’a pas de sens.

Plus d'informations

Véhicules immatriculés à l’étranger : prorogation du délai d’admission temporaire

En tout cas, pour les véhicules, c’est clair : jusqu’au 31 décembre. Pourquoi prolonger autant ce délai si les frontières doivent se rouvrir le 10 août ?

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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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