Tito Topin et « Les enfants perdus de Casablanca »

16 Août 2015 par Bernard R.

Tito Topin et « Les enfants perdus de Casablanca »

Il fait partie de ces auteurs prolifiques, au nom peu connu du grand public, grand public qui a pourtant baigné dans ses créations ! Tito Taupin est en effet scénariste, auteur de romans principalement policiers, graphiste… c’est le père de Navarro, d’affiches de films de Jean Yanne, avec qui il était ami… et c’est un natif de Casablanca, qui y a situé de nombreux livres.

On peut en découvrir un cet été, en feuilleton dans l’Économiste (liens en bas de la page, qui seront mis à jour tous les jours) un roman initialement paru en 2011 chez Denoël « Les Enfants perdus de Casablanca » (et, pour la petite histoire, quand j’ai vu apparaitre l’article dans mon agrégateur de news, j’ai cru qu’il s’agissait d’une série sur les enfants des rues…)

Les Enfants perdus de Casablanca

Tito Topin a souvent écrit des romans policiers qui se passent au Maroc ou en Afrique du Nord. Mais « Les Enfants Perdus de Casablanca« , c’est autre chose.

Écrit différemment, ce serait un roman à la Yasmina Khadra, une histoire d’amour et de vie sur fond de pays colonisé qui se décolonise.

Mais le style est beaucoup plus resserré, beaucoup plus dur. Chez Yasmina Khadra, on est souvent dans le souvenir, ici c’est l’action qui prime, avec tout le savoir faire de l’auteur de romans policiers. Ça ne traîne pas, dès le premier paragraphe, on entre dans l’action, violente, brutale.

Le livre s’ouvre en effet en 1955, pendant les émeutes qui précèdent l’indépendance du Maroc. Si celle-ci a été nettement plus rapide et moins douloureuse que l’indépendance algérienne, elle ne s’est pas faite sans morts ni violences, qu’on a aujourd’hui tendance à oublier, et que le roman rappelle.

Les personnages principaux, Jilali Lamrani, l’avocat marocain qui lutte pour l’indépendance, Gabrielle, la belle musicienne, Louis Shapiro, le sergent américain qui a ouvert un bar à Casablanca – à l’époque on disait un « speakeasy », Lucas, le pied-noir, sont tous réunis dans les premières pages.

Avec tout le savoir-faire du romancier, Tito Topin nous abandonne sur un beau suspense, avant de repartir en 1942 : Lamrani arrivera-t-il à protéger Gabrielle et ses enfants contre la fureur des colons qui veulent faire la peau aux indépendantistes ? En 1942, similaire mais différente, c’est à nouveau une scène de porte forcée, mais c’est la guerre… je vous laisse découvrir la suite !

A l’exception de Gabrielle, les personnages sont réels ou « inspirés de personnages réels ». En particulier, s’il a changé de nom, Louis Shapiro a bien existé, c’est autour de son personnage que Tito Topin a commencé à inventer cette histoire.

Et si vous êtes, comme moi, des lecteurs impatients et que vous vous dites qu’à ce rythme là il va falloir l’année entière pour arriver au bout des 440 pages du roman, que vous n’aimez pas être coupé quand vous vous plongez dans une histoire, alors, tout simplement, achetez le roman !

Voici, finalement, une interview où Tito Topin nous parle de son roman, basé sur un personnage historique. Admirez les superbes lustres marocains !

 

 

Qui est Tito Topin ?

Portrait de Tito Topin jeune

Tito Topin dans sa jeunesse

L’univers policier, Tito Topin connait vraiment bien, puisqu’il est « né dedans », son père était commissaire de police à Casablanca. Quand il a dix ans, en 1942, la famille déménage à Oran (oui, à l’époque du Protectorat et de l’Algérie Française, ces échanges étaient plus faciles) où il devient détective privé. Curieusement, c’est justement en 1942 que débutent « Les Enfants Perdus de Casablanca » !

Manifestement pas passionné par les études, il abandonne en cours de route des études commerciales, abandonne aussi un travail fascinant d’aide-comptable pour devenir retoucheur de photos (ce qui, dans les années 50, n’avait rien à voir avec l’utilisation de Photoshop). Il entre ainsi dans la grande famille des graphistes et publicitaires, puisqu’à l’époque, la retouche photo était essentiellement utilisée par la publicité.

Après quelques déboires avec l’armée, qui lui vaudront trois mois de prison pendant son service militaire, il part pour le Brésil en 1956. Il y rencontre brièvement Gérard Lauzier, futur auteur de bande dessinée à succès, avant de s’installer à Sao Paulo, travailler en agence de pub puis monter sa propre agence. Six ans après, en 1962, il est de retour à Casablanca, où il créé à nouveau sa propre agence, puis prend la direction de Havas Maroc.

Affiche originale du film "Tout le Monde Il est Beau" de Jean Yanne

Tout le Monde Il est beau, la collaboration avec Jean Yanne

Quatre ans plus tard, en 1966, il part à Paris, pour exercer, cette fois avec plus de stabilité, le métier de graphiste. C’est bientôt la rencontre avec un ami d’une vie, Jean Yanne, avec lequel il va mener de nombreux projets : affiches de films comme  « Tout le monde il est beau« , cette géniale satire du monde publicitaire, ou « Les Chinois à Paris« , des bandes dessinées, … Pour la petite histoire, les Editions Casterman ont pensé à les réunir sur un malentendu : ces deux iconoclastes travaillaient, l’un pour la presse catholique, l’autre pour une radio conservatrice !

Avec Jean Yanne et Jean-Pierre Rassam, il monte « Cinéquanon Studios ». L’échec de cette société le pousse à quitter Paris, à quarante-six, en 1978, il abandonne Paris et le graphisme, pour la Provence et la gravure sur bois. Comme il le raconte, les stages avaient lieu l’été, ce qui lui laissait chaque année neuf mois d’inactivité. Il s’attelle à sa machine à écrire et c’est le début d’une carrière prolifique, avec des œuvres variées, des romans, des polards, des nouvelles ….

Le tout premier, « Graffiti Rock » est publié en 1982. L’année d’après il reçoit le Prix Mystère de la Critique pour « 55 de fièvre« .

En 1989. Un an plus tard, il crée le personnage de Navarro pour la télévision française : il va en assurer, pour chacun des 103 épisodes, le scénario, les dialogues et la direction de collection.

Savez-vous qu’à l’origine, il avait vu Jean Yanne pour incarner le Commissaire Navarro ? Mais ce dernier aurait, à l’époque été trop cher pour la série débutante. Roger Hanin, « remplaçant low cost » ! En 2005, en désaccord avec la direction de la fiction de TF1, il arrête la série.

Entre temps, il a aussi produit une cinquantaine d’autres films pour la télévision…

A 83 ans, Tito Taupin reste un créateur actif et prolifique, et présent sur internet !

Chaque jour, cet article sera complété avec la dernière parution à lire sur l’Economiste. Bonne lecture !

 

Plus d'informations

4 Commentaires
  1. Jérémy

    Super idée ! Je me suis plongé dans la lecture aujourd’hui, au lieu de bosser. J’aime beaucoup, c’est bien écrit, sans chichi. Je crois que je vais faire comme vous conseillez, je vais acheter le livre !

  2. beatrice

    Bonjour

    très bon roman qui m’a permis de découvrir une autre facette de l’histoire de Casa.
    Je constate cependant que votre dernier feuilleton s’arrête à 52 ?

    • Marie-Aude

      Oups, non, on était juste partis un peu en vacances. Rien que pour vous, en urgence, les nouveaux épisodes, jusqu’au 64, en date d’hier. En plus il se passe plein de choses…

  3. Marie-Aude

    Et voilà, c’est terminé. Terminé de main de maître, comme un polar, avec encore un rebondissement dans le dernier épisode. (Que je vous déconseille vraiment de lire avant la fin).

    J’ai adoré ce feuilleton, avec son rythme effréné, son réalisme cynique sur les mauvais côtés de la guerre et de la lutte pour l’indépendance, la complexité de ses personnages… Un grand merci à l’Economiste et Denoël pour cette parution.

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 caractères disponibles (vous êtes en train de faire un commentaire, pas un article de blog, soyez concis pour conserver le plaisir de la lecture)