Réflexions sur la censure de YouTube au Maroc

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La censure d’état, même pièces ordurières et diffamatoires, n’est pas la bonne solution. Au lieu de censurer YouTube et Internet, le pouvoir marocain devrait apprendre à utiliser les armes de ses adversaires, et prendre exemple sur la conduite d’une campagne politique sur Internet avec les dernières présidentielles françaises.

Pour résumer les faits : deux vidéos “caricaturales, grossièrement falsifiées et insultantes” mettant en scène le roi/la famille royale, et en darija, ont été mises en ligne sur YouTube par un posteur dont le profile semble être celui d’un islamiste “très convaincu”, vivant au Canada. (Je mets tout cela au conditionnel, car n’ayant pas accès à YouTube, puisque je suis au Maroc, et ne parlant pas la darija [le dialecte arabe parlé au Maroc]je ne peux pas me rendre compte directement. Il s’agit donc d’informations glanées sur d’autres blogs). Suite à cette mise en ligne, YouTube a été discrètement et efficacement censuré par Maroc Télécom, filiale de Vivendi et fournisseur de 99,9% des accès internet au Maroc. Au lieu de l’image d’une vidéo, nous ne voyons qu’un espace blanc, et il est impossible de se connecter sur le site.

Levée de boucliers dans la blogosphère marocaine, francophone et anglophone, contre cette censure, venant après celle de Google Earth, et de LiveJournal.

Pendant ce temps-là, tout le monde cherche à voir les vidéos, elles sont aussi chargées sur DailyMotion, et certains marocains, passant par des proxys étrangers, arrivent aussi à la voir sur YouTube.

Dans cette histoire, le pouvoir a pris une enclume pour écraser une mouche. Il se peut qu’il se soit coincé le doigt sous l’enclume…

Censurer l’accès à un site entier pour éviter la diffusion de deux vidéos est une réaction démesurée, et en réalité inefficace.

Je n’ai aucun doute sur le caractère bassement ordurier de ces vidéos. Même si je ne les ai pas vues, je lis de temps en temps sur usenet les délires de ces ayatollahs marocains de la vertu islamiste, tirant un portrait effrayant de la famille royale en pleine luxure, forniquant en permanence dans des orgies décadentes, des partouzes baignées d’alcool que même le plus hard des réalisateurs de films X n’oserait pas filmer. Ces accusations se discréditent par leur excès même.

Mais… pas pour tout le monde. Car ceux qui les prononcent ont un public à même de les croire. Après tout, chez nous, les libelles hollandais qui décrivaient Marie-Antoinette et ses soi-disant excès ont été un des instruments de la Révolution. Et plus récemment, Bill Clinton a failli devoir démissionner pour une bête histoire d’adultère même pas vraiment consommé. Dans un pays musulman, ces accusations sont encore plus graves et porteuses de menaces qu’elles ne peuvent l’être chez nous.

Je me moque souvent de la rengaine trop souvent entendue “entre tradition et modernité“. En réalité, elle est emblématique du grand écart que le Maroc essaie de faire aujourd’hui, accroché comme un ninja, uniquement par les orteils aux deux parois opposées d’un gouffre, que le ninja essaye de rapprocher tandis que les mouvements telluriques les éloignent.

Le Maroc est une terre de tolérance, c’est vrai, mais une terre de tolérance musulmane.

Il ne faut pas oublier qu’il était un pays extrêmement fermé jusqu’à la colonisation, et même après. Villes saintes interdites aux étrangers en plein XX° siècle, comme Smara, lieux de culte totalement interdits aux non-musulmans, ce qui est plutôt exceptionnel dans le monde musulman. Habituellement, les mosquées sont au moins en partie ouvertes aux non-croyants, du moment qu’ils ont une attitude respectueuse.

Lyautey, installé au Maroc, avait lui-même mis en place cette interdiction, pour éviter les incidents entre européens et marocains (le protectorat avait été mis en place à l’occasion d’un incident où des ouvriers européens, marchant dans un cimetière, avaient été tués par des musulmans qui leur reprochaient de profaner les tombes).

Le roi est chorfa, c’est-à-dire descendant direct de Mahomet, et commandeur des croyants, il exerce une autorité morale sur le royaume, il le protège aussi grâce à sa baraka héritée du prophète, mais cela uniquement s’il reste “musulman”, c’est-à-dire s’il continue de suivre la loi musulmane et de permettre à son peuple de la suivre. Une fois “corrompu”, trop éloigné de cette pratique musulmane austère, il risque, comme les représentants des autres dynasties, d’être renversé.

C’est une constante de l’histoire marocaine, mise en évidence par Ibn Kaldoun et réitérée même après la mort de cet historien musulman : les dynasties marocaines naissent dans les sables du désert, chez des hommes austères, habitués à une vie dépouillée. Puis la dynastie monte peu à peu vers le Nord, acquiert le raffinement, cède aux délices de Fès ou de Grenade, et quelque part au Sud, un nouvel ascète, un nouveau Mahdi part à la conquête du Royaume.

Attaquer le roi sur ses mœurs, c’est donc attaquer le fondement essentiel de son autorité.

Or, si le Maroc a su être exceptionnellement tolérant et ouvert aux étrangers, c’était dans un cadre strict : ces mêmes étrangers devaient respecter les pratiques de la société musulmane (et la vie des juifs marocains, intégrés dans les sociétés berbères du Sud, par exemple, était, en apparence, tout à fait semblable à celle des autres berbères), à l'intérieur du statut de dihmmi.

Plus tard, les européens furent au début “parqué” dans quelques villes, Essaouira d’abord, puis Tanger essentiellement, jusqu’au protectorat. La population marocaine a donc été mise en contact très tard avec “l’autre” en général, et ce contact a été plus restreint que dans d’autres colonies. Le côté positif de l’administration de Lyautey, le respect de la culture marocaine, et d’une certaine autonomie du gouvernement central, a eu comme contrepartie un enracinement dans cette tradition, dans ce mode de vie antérieur.

A l’indépendance, moins d’efforts ont été faits au Maroc pour l’éducation. Le résultat est aujourd’hui grave : une population très fortement illettrée, un taux d’analphabétisme de plus de 50% chez les adultes, et chez les jeunes un niveau scolaire assez catastrophique. Un effort réel a été fait ces dernières années, mais il ne portera ses fruits que dans dix ou quinze ans. En attendant, on a toute une jeunesse nombreuse, pléthorique, baragouinant l’écrit plutôt que le maîtrisant, et surtout n’en maîtrisant pas la culture.

Car on n’aime pas lire au Maroc, terre de tradition orale. Celui qui lit beaucoup est perçu comme quelqu’un de triste, ennuyeux, un solitaire qui préfère un plaisir étrange à la compagnie des autres. C’est toujours un “crime” que de vouloir être seul au Maroc. Parce que si on est seul, on se cache, et si on se cache, c’est pour faire des choses mauvaises.

Ajoutons une dernière épice au cocktail : le manque d’esprit critique.

L’éducation musulmane, l’éducation islamique, ne pousse pas à la critique, mais au respect. Les études coraniques sont un long apprentissage par cœur des sourates (versets du Coran) et des hadiths (récits de la vie du Prophète, qui basent la sunna, la pratique de la loi islamique par rapport à ce qu’à fait le Prophète). On respecte ce que les savants ont dit, ce que les aînés ont dit. Combien de fois, quand on me raconte quelque chose, je pose quelques questions, pour aller plus loin, pour comprendre, pour vérifier par rapport à d’autres choses ? Et je m’aperçois que mon interlocuteur ne peut pas y répondre, il ne s’est pas posé de questions, il a juste répété ce qu’on lui avait dit. Quand un Marocain cherche à savoir comment faire une chose, il ne va pas voir le texte de loi, il demande à son ami qui a fait la même chose (quitte à ce que la situation soit différente, et que le conseil soit faux…)

Pour résumer de façon caricaturale – et donc fausse -, un Marocain répète ce qu’on lui dit, fait ce qu’on lui dit de faire, mais ne se pose pas de questions sur le pourquoi du comment. C’est comme ça, Mektoub, qui suis-je pour critiquer de grands savants qui ont sûrement plus réfléchi que moi, et je ne dois surtout pas faire quelque chose qui déplairait à mon père, le diable se cache derrière l’argumentation, d’autres ont interprété pour moi, je n’ai qu’à suivre leur sagesse.

Vision caricaturale, excessive, certes, mais malgré tout, cette absence de culture de la critique est réelle.

L’ignorance est grande au Maroc, très grande. L’éventail des connaissances non religieuses se réduit à ce qui est “utile” (c’est frappant au salon du Livre, où ouvrages religieux et éducatifs se taillent la part du lion). Ainsi en ce moment, une réforme de l’enseignement visant à supprimer l’inutile de l’enseignement scolaire. On saucissonne dans le programme de maths, enlevant tout ce qui n’a pas d’application ultérieure, tout ce qui n’a pas d’autre raison d’être que de permettre de comprendre un raisonnement, une évolution, une logique. On remplace la logique par des “recettes”.

Dans un autre domaine, qui est la religion, le marocain de la rue est assez proche du charbonnier d’autrefois. Il connait son bréviaire, ou plutôt ce que l’imam lui dit tous les vendredis, il sait qu’il ne doit pas boire d’alcool, ni forniquer, qu’il doit faire la charité et aller à la Mecque. Il sait que l’Islam est la religion parfaite, parce qu’elle vient de Dieu, et parce que c’est écrit dans le Coran, et qu’il n’y a pas dans le Coran les erreurs des autres religions (qu’il ne connait pas, mais c’est l’imam qui lui a dit). Et c’est vrai puisque c’est écrit dans le Coran et que le Coran vient de Dieu.

Mais de culture religieuse, peu de choses… je fus surprise, par exemple, d’entendre un professeur m’expliquer que les marocains n’étaient pas sunnites, mais malékites (googler un peu, pour voir que les malékites sont juste un des quatre grands courants sunnites). Je suis souvent restée bouche bée à entendre des discours que ne renieraient pas les “new born” chrétiens, je me suis souvent silencieusement énervée à voir que les marocains n’ont aucune idée des autres courants de l’Islam, des autres écoles d’interprétation. Tout ce qui n’est pas comme ce qui se fait au Maroc n’est pas “le vrai Islam” que ce soit le fondamentalisme extrémiste ou la pratique des populations d’Asie Centrale, par exemple, qui acceptent de boire de l’alcool à condition de ne pas s’enivrer.

Tout ce long détour pour en arriver là : dans une population encore en grande partie illettrée, peu apte à la critique, et au démontage de la manipulation, en grand écart entre un monde moderne et une tradition musulmane austère, des vidéos insultantes sur la famille royale peuvent avoir un impact destructeur beaucoup plus violent, beaucoup plus fort que chez nous.

En plus, elles arrivent “au bon moment”.

Les élections législatives auront lieu en septembre, le 7 septembre exactement, soit au tout début de Ramadan. Une grande partie de la campagne aura donc lieu durant l’été, cette période de 40 jours avant Ramadan où tout bon musulman doit s’abstenir de tout contact avec l’alcool, cette période où les touristes envahissent le Maroc, boivent de l’alcool, se promènent dévêtus sur les plages et dans les medina.

Or – en tout cas dans l’acception marocaine – la prohibition de l’alcool est très forte : non seulement le musulman ne doit pas boire d’alcool, mais il ne doit pas s’en approcher, pas rester à la même table que celui qui en boit, ne pas en faire commerce, ne pas cultiver la vigne qui produit l’alcool.

Avoir à faire avec l’alcool, d’une façon ou d’une autre, c’est entraîner d’autres musulmans dans le pêché, en les faisant côtoyer cette boisson interdite. C’est donc non seulement pêcher pour soi, mais aussi pour les autres.

Et la famille royale a les mains dans l’alcool… les licences d’alcool rapportent de l’argent à l’état, les Acima et Marjane qui vendent de l'alcool (et même durant Ramadan, aux européens), appartiennent à l’O.N.A., le grand groupe de la famille royale.

J’entends souvent des marocains se plaindre que le Maroc ne soit plus musulman, mais laïc. Chose qui me fait rire, sachant que j’ai dû faire un mariage religieux et musulman, qu’un marocain qui ne respecte pas Ramadan peut aller en prison, qu’on ne peut pas se moquer du Prophète ou de la religion sans aller en prison … Mais au fond, ce que disent les marocains qui se plaignent ainsi, c’est “nous ne sommes plus dans une terre d’Islam, Dar al Islam, un pays où nous pouvons vivre notre foi sans être agressés par les manquements des autres. Nous sommes obligés de subir ceux qui boivent de l’alcool, ces femmes dénudées, et nous ne sommes pas protégés de ces tentations, alors que notre religion nous demande de ne pas voisiner l’alcool, de voiler nos femmes, justement pour nous protéger de la tentation”.

Et quelque part, encore plus bas “et tous ces changements sont apportés par les touristes. Si il n’y avait pas les touristes, la vie serait moins chère à Marrakech, on pourrait encore y acheter des maisons, si il n’y avait pas les touristes, il n’y aurait pas d’alcoolisme au Maroc (faux), il n’y aurait pas de prostitution (vrai et faux… en tout cas une bonne partie des clients sont des touristes saoudiens), il n’y aurait pas de pédophilie (faux… j’ai suffisamment traîné sur des blogs musulmans pour savoir que la pédophilie est aussi le fait des fqihs, ces professeurs de religion), il n’y aurait pas de sida, bref tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes”.

Voilà la part sombre du Maroc de la tradition, la part qui peut être activée, remuée, grâce à son ignorance et sa naïveté, par des vidéos ordurières sur la famille royale.

La censure est-elle une bonne réponse ?

La première réaction – et je la comprends – est d’empêcher de voir. “Le poids des mots, le choc des photos“. Sur une population encore largement illettrée, sans culture critique, le choc des images, animées qui plus est, est encore plus énorme.

Mais c’est un coup d’épée dans l’eau, et un coup d’épée qui éclabousse le pouvoir.

On ne peut pas aujourd’hui censurer internet, et surtout dans un pays comme le Maroc. Pour empêcher réellement de voir, il faut censurer non seulement YouTube, mais DailyMotion, et tous les autres sites similaires. Il faut empêcher de voir les fichiers avi, mpeg, vcr, hébergés sur des sites persos. Il faut fliquer les emails, pour éviter que les gens se les envoient par pièce jointe…

La censure a soulevé la curiosité. Et elle donne une image rétrograde et retardataire au Maroc. Elle met à mal beaucoup d’efforts de transparence, de progrès.

Le roi a voulu communiquer plus ouvertement. Il a associé son peuple à sa vie familiale, montré son mariage, le visage de son épouse, celui de ses enfants. Il s’est humanisé. C’est bien, mais c’est uniquement la première étape.

Pour gagner la bataille de la propagande, face à ce genre de vidéos, face aux propagandes en anglais et en espagnol du Polisario, face aux journaux arabophones et francophones, il faut aller plus loin. Prendre exemple sur la gestion internet de la campagne présidentielle. Le Maroc est sur SecondLife, mais aucune équipe du Palais n’est sur Internet, à écumer les blogs, à répondre dans une darija naturelle aux bruits de chiottes qui courent sur la royauté.

Le Maroc a une communication officielle digne d’un Goebbels de province, en ce sens que c’est une propagande, une répétition régulière et monotone de tout ce qui “va bien” au Maroc, mais qu’elle est tout à fait inutile, ennuyeuse, et inefficace. Des vidéos circulent sur le Roi ? Que le Palais en fasse d’autres, montrant le Roi actif, auprès de ses sujets, à la Mosquée, auprès des sinistrés. J’ai en mémoire l’excellente vidéo produite par le staff de campagne de Sarkozy qui rappelait les événements de l’école maternelle de Neuilly et le grand courage de Sarkozy à l’époque. Et même, pourquoi pas, répondre à la calomnie par la calomnie … après tout, nos fondamentalistes marocains ne sont sûrement pas plus irréprochables que Monsieur Tout le Monde !

On ne peut pas se boucher les yeux et les oreilles, et encore moins boucher ceux des autres. Mais on peut parler plus, plus fort, de façon plus convaincante. On occupe le terrain, on en dit plus, on détourne l’attention. Au lieu de censurer YouTube, on l’utilise.

Au lieu de ne rien dire, on monte au créneau… expliquer le pourquoi de la censure, expliquer l’ignoble et la stupidité de ces vidéos, poser clairement les limites de ce que l’on accepte, ou pas, aurait sans doute été plus efficace que cette fermeture sournoise.

2 mises à jour :

Ce n’était qu’un problème technique ?

Finalement, hier, Maroc Télécom, sans explication, a rétabli l’accès à Youtube, que ni Wana ni Méditel n’avait bloqué.

Un simple problème technique parait-il. Un technicien qui aurait par inadvertance bloqué des ips, pendant que la marmotte mettait le chocolat dans du papier alu.

Il y a maintenant treize ans

Cet article a été écrit avant l’arrivée massive des “complots” sur internet, qui ont prouvé que la crédulité et l’absence de sens critique sont largement partagés sur le globe.

Pendant ce temps, la famille royale est restée une ligne rouge à ne pas franchir au Maroc. Le roi, en même temps, reste extrêmement accessible quand il est en déplacement à l’étranger et les nombreux selfies qu’il autorise alimente un compte Facebook quasi-officiel.

Pendant ce temps, les tensions islamistes se sont durcies, avec des incidents réguliers, sans que l’arrivée au pouvoir des islamistes change réellement la donne. Le Maroc est toujours, pour certains, à la fois terre de hijra et un pays “qui n’est pas musulman”.

Pendant ce temps, le Maroc a connu d’autres “affaires” liées à internet, dont l’affaire Fouad Mourtada.

Et surtout, au bout de ce temps, le Maroc s’est doté d’un arsenal législatif lourd contre les atteintes à la vie privée et la propagation de fake news, dont il a largement fait usage depuis le début du coronavirus.

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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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