Quand le Maroc fut islamiste – Covid m’a tuer – Elections de Septembre 2021

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Pour un non-arabophone, la campagne électorale a été particulièrement silencieuse. J’ai été presque surpris il y a quelques jours d’apprendre qu’on votait hier et j’avoue que je ne me suis pas intéressé à ces élections.

A la différence d’autres quartiers de Casablanca, le mien a été épargné par les distributeurs de tracts, je n’ai pas vu passer non plus de candidat, bref j’ai vécu dans ma petite bulle d’expat non électeur un débat qui, pour être honnête, n’a pas eu l’air de passionner les Marocains.

30% – 50% – 25%

Avec un taux de participation extrêmement bas à 50% (mais historiquement haut par rapport à la fois précédente, 30%) et qui ne représente que 25% de la population totale du pays

j’ai comme l’impression de ne pas être le seul à m’en désintéresser, et c’est dommage. La désaffection des Marocains vis-à-vis des élections a de multiples causes, qu’on pourrait résumer en un cercle vicieux : des partis archaïques / pas mobilisateurs / des députés qui ne font pas très bien leur travail / une “vraie” politique largement menée depuis le Palais / des citoyens qui ne voient pas à quoi tout ça peut bien servir.

Bref, plus qu’ailleurs, le syndrome du “tous pareils” paralyse le système politique, alors qu’il manque de maturité.

En tout cas, il parait que le décompte des votes a été plein de suspense :)

Le Maroc fut islamiste

Le grand perdant de ces élections, c’est le PJD, qui arrive en queue de peloton, avec 12 sièges seulement.

C’est la fin de 10 années au pouvoir (et pas de 10 années de pouvoir) le PJD étant arrivé en tête aux élections après la réforme constitutionnelle de 2011.

La première chose qu’on peut en conclure, c’est que, contrairement aux prophéties des Cassandre, Nicolas Beau et Catherine Graciet, qui s’effrayaient de la possibilité que le Maroc devienne islamique, ces dix années n’ont jamais empêché le Maroc de vendre de l’alcool aux touristes. On a même vu, surtout après l’attentat d’Imlil, qui avait secoué le pays, une évolution vers plus de libéralisme dans la sphère privée (sauf bien sûr pour les journalistes et leurs familles).

Beaucoup de gens avaient voté PJD pour autre chose, en particulier pour des hommes politiques moins corrompus (je crois que c’est plutôt le cas…) pour “voir” et leur donner leur chance. Les Marocains ne changeront pas leur mentalité, leur religion et leur façon de la pratiquer parce qu’ils ont voté RNI.

Covid m’a tuer

Le PJD paye clairement la crise actuelle. Est-ce que d’autres partis auraient fait mieux à sa place ? Est-ce que la crise aurait été moins grave si le PJD avait été plus efficace sur le plan économique dans les années précédentes ? Est-ce qu’une partie des problèmes peut être imputée à d’autres acteurs de l’économie ? Est-ce que ça marchera mieux avec un gouvernement “de milliardaires” ? Est-ce qu’on peut avoir un gouvernement de “milliardaires pour le peuple” ?

Je n’ai aucune réponse à ces questions.

L’usure du pouvoir pousse à l’alternance partout dans le monde, deux mandats c’est beaucoup. La claque aurait sans doute été moins violente sans le Covid. Et, selon certains, sans la normalisation des relations avec Israël. Les Marocains qui se félicitent de cette normalisation ne sont sans doute pas ses électeurs.

Enfin, le manque de charisme d’El Othmani a dû aussi avoir une part dans cette défaite.

L’argent dans tout ça, entre tradition et modernité

Aziz Akhannouch, PDG prospère, ancien ministre, chef de file du RNI a innové avec une campagne en ligne importante, on parle d’un budget de plus de deux millions de dirhams (je ne sais pas si la loi marocaine limite les dépenses de campagne).

Il a manifestement fait feu de tout bois, des Instagrammeuses à l’imam de la mosquée Hassan II, en passant par Facebook.

C’est intelligent, cela lui a permis de toucher beaucoup de Marocains autrement, avec une communication plus directe (en ces temps de Covid ça compte), sur un espace sur lequel il n’avait aucun concurrent. La “modernité” de la plupart des partis politiques fait d’ailleurs qu’il y restera longtemps seul maître à bord.

La question est maintenant de savoir qui sera le premier ministre.

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Mehdi ALAMI sur Twitter : “La normalisation avec 🇮🇱🇮🇱🇮🇱 a fait exploser le PJD en vol. Inacceptable pour une écrasante majorité de son électorat.”
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