7 ans après avoir quitté le Maroc, Uber a décidé de revenir en force.
Attiré par les effluves des profits de la CAN et de la Coupe du Monde, misant sur l’incapacité du gouvernement à réagir rapidement et des bruits de réflexions sur une évolution de la législation, Uber tente de forcer la main au Royaume, à nouveau.
Des VTC sur Casablanca et Marrakech
Par rapport à 2017, la formule d’Uber est parait-il modifiée. Il ne fera appel qu’à des « professionnels autorisés », des VTC.
C’est exactement le modèle qui était proposé en 2015 :
Uber travaille en partenariat avec les sociétés de transport touristique. Cela nous permet de disposer de véhicules agréés et de chauffeurs expérimentés. Le service de transport privé disposera de voitures de type 4*4 cross over à cause du cahier des charges de ces sociétés.
Uber n’est toujours pas légal au Maroc
Se limiter aux VTC ne change strictement rien. Comme Uber le disait en 2018
Malheureusement, depuis notre lancement au Maroc il y a bientôt 3 ans, nous n’avons pas eu de clarté sur l’intégration des applications comme Uber au modèle de transport existant. […]
L’incertitude réglementaire actuelle ne nous permet pas de fournir une expérience sûre et fiable, qui réponde aux exigences de nos clients, chauffeurs comme passagers. Ainsi, tant qu’il n’y aura pas de vraie réforme et un environnement favorable aux nouvelles solutions de mobilité, nous sommes contraints de suspendre nos opérations, dès cette semaine.
« Pas eu de clarté » jolie façon de dire « le gouvernement a refusé de modifier son cadre réglementaire« .
De plus, se limiter aux VTC va à l’encontre de la volonté gouvernementale de réserver ces plates-formes aux taxis.
Car le cadre juridique qui encadre les VTC est très strict et ne correspond en rien à la pratique d’Uber.
Je l’avais analysé en détail en 2015, je vous renvoie à l’article, mais en résumé :
- les VTC ne sont pas autorisés à transporter des résidents, sauf dans un cadre très strict incompatible avec une réservation immédiate sur une application web
- les VTC n’ont pas le droit de faire des trajets en ville, en dehors de circuits commandés et organisés par des agences de voyage
- les documents que doit avoir avec lui le chauffeur doivent avoir été émis avant le trajet, comporter le numéro de CIN du/des passagers et être signés.
Manque de clarté ou refus d’entendre ?
A l’époque de son interdiction par la Wilaya de Casablanca, Uber avait fait une réponse hors sol « ah mais nous on ne fait rien, on est juste une plateforme d’intermédiation« …
Très récemment, début octobre, le Ministère du Transport a été très clair :
Le ministère du Transport et de la Logistique a précisé, lundi, que la législation actuelle ne prévoit pas de cadre juridique clair pour les services de transport via les applications intelligentes. Et si le président du Conseil de la Concurrence se déclare favorable à une évolution législative, il recommande de la faire dans le calme et sans se presser.
Malgré cela, malgré la déclaration de la Wilaya de Casablanca le déclarant comme illégal, un mois après ce communiqué, Uber décide de réouvrir ses services au Maroc.
On ne peut y avoir qu’une tentative de forcer la main aux autorités pour ne pas laisser échapper le gâteau de la CAN (et plus tard de la Coupe du Monde).
La fronde des taxis va-t-elle peser dans la balance ?
Depuis le début, la coexistence entre les taxis et les conducteurs d’applications est difficile. Nombreux sont les conducteurs de Careem ou d’InDrive qui se font attaquer par les chauffeurs de taxis une fois repérés.
Dès l’annonce du retour d’Uber, les syndicats de taxi se sont mobilisés, refusant totalement ce retour et s’étonnant du manque de coordination.
Quelques jours plus tard, la mort d’un chauffeur de grand taxi dans un accident avec une voiture non autorisées a raviver les braises et les syndicats de taxi menacent désormais d’actions coordonnées (de grèves et de manifestations, en clair), si un plan d’action ferme n’est pas mis en place.
A quelques jours de la CAN, qui démarre le 21 décembre, une grève des taxis serait catastrophique.
Une décision très politique, qui attend déjà depuis longtemps
Les communications des diverses instances marocaines, le « c’est pas moi c’est l’Intérieur » du Ministère du Transport, le voeux d’une réforme « lente et prudente » de la législation par le Conseil de la Concurrence, l’annonce de la Wilaya de Casablanca que rien n’a changé, l’attente de la validation du rachat de Careem par Uber qui traine maintenant depuis six ans…
tout cela est caractéristique d’un mode de fonctionnement bien marocain où deux factions s’affrontent, les « pro Uber » et les « anti Uber », sans que l’état (le Palais ?) ne tranche.
Uber a cru voir une ouverture, mais en mettant le pied dans la porte, comme il l’avait déjà fait, il risque de se la faire claquer au nez. En tout cas, pas avant la CAN. Peut-être même pas avant la Coupe du Monde.
Le retour d'Uber vu par la presse marocaine
- Au Maroc, les taxis (encore) en colère
- Les syndicats n’ont pas tardé à réagir. Le secrétaire général de l’Union démocratique marocaine du transport, a qualifié ce retour d’« inacceptable ». Il estime que cette démarche risque d’intensifier les tensions et d’augmenter le rythme des sit-in et manifestations à travers le pays. Pour le représentant syndical, cette situation constitue une persistance dans le contournement des lois en vigueur, accusant les autorités de garder le silence face à ces pratiques jugées illégales.
- Taxi unions in Rabat accused authorities of inaction after a large taxi driver died days after being hit by an unlicensed ride app driver
- [Les syndicats de taxis] ont blâmé les autorités pour leur incapacité à arrêter des activités sans license, en dépit d'appels répétés à l'action et disent que la situation menace désormais la sécurité publique et leur vie professionnelle. Elles ont menacés d'actions de protestation coordonnées incluant une large mobilisation du secteur si plus plan d'action n'est pas mis en oeuvre.
- VTC : Rahhou pour une ouverture du marché du transport
- Le président du Conseil a toutefois mis en garde contre une régulation trop précoce ou trop tardive, estimant que « le défi est de libérer les énergies sans créer de positions dominantes »
- Uber : Bénéfice d'exploitation inférieur aux attentes au T3 avec les coûts juridiques
- La société a imputé la faiblesse de ses bénéfices à des questions juridiques et réglementaires non divulguées.
- VTC au Maroc : les taxis restent les seuls opérateurs autorisés
- L’autorisation accordée à ITECHIA TV pour connecter taxis et clients dans la région de l’Oriental via une plateforme numérique ouvre la voie à un modèle réglementé
- Les VTC au Maroc, un outil de régulation silencieuse
- Cette absence de loi claire n’est pas nécessairement un signe de retard administratif, elle peut aussi être l’expression d’une stratégie politique du ministère de l’Intérieur, qui voit dans les VTC un levier de pression et un outil de régulation du secteur des taxis.
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