Voyage de noces

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Quand elle s’est mariée, elle n’a pas eu de voyage de noces. A moins qu’on appelle ainsi le trajet qu’elle a fait, habillée dans la tradition des Aït Atta, le visage voilé de rouge, sur le dos d’une amie, de la maison de ses parents à la maison de son mari.

En fait, autrefois, dans la véritable tradition, la mariée sortait de la maison de ses parents sur le dos d’une femme, pour enfourcher un âne ou un cheval. Le village se divisait en deux camps, celui de la femme et celui de l’homme, l’un essayant d’empêcher l’autre d’avancer. Le remplacement d’une monture par les vieilles Mercedes de 25 ans d’âge qui connaissent une deuxième vie au bled a fait évoluer la tradition… c’est dangereux d’essayer d’empêcher d’avancer une voiture ! 

Elle a aussi rompu la tradition, parce que son mari, et les parents de son mari, et ses frères et sœurs, tous habitaient déjà depuis longtemps en Italie. Il lui fallait un visa, pour rejoindre la maison de son mari.

Alors elle est passée à travers les rues du village, dans la Mercedes, et puis elle est revenue dans la belle chambre qui avait été aménagée pour eux, dans la maison de ses parents.

Au bout d’une semaine, son mari a dû repartir. Il fait du commerce, entre l’Italie et le Maroc, apportant à chaque trajet des cargaisons de vide-greniers, de souvenirs improbables, d’objets étranges que les femmes d’ici ne savent pas très bien utiliser, mais trouvent très jolis. Il passe quelques semaines à tourner sur les marchés, et repart, son chargement vendu, pour revenir deux mois après.

Autant dire que la vie conjugale fut à épisodes, et des épisodes plutôt brefs.

Son premier véritable voyage fut de monter à Casablanca, pour demander le visa qui lui permettrait de rejoindre son mari en Italie (non pas qu’elle le verrait plus là bas, mais elle serait « chez elle »). Visa qui fut refusé, parce qu’elle n’avait que seize ans.

Elle redescendit au bled. Elle portait désormais les beaux foulards colorés des femmes mariées, rouges ornés de sequins pour les jours de fête, noirs brodés de laines vives pour le quotidien. Elle en avait le droit. De temps en temps, je découvrais une paire de jolies chaussures italiennes, un nouveau sac, qui lui allaient à ravir, tout en détonnant un peu avec ses tenues traditionnelles.

Elle était en attente. Chez ses parents, chez un oncle, où elle vécu quelques mois, elle était épouse, mais sans mari. Et si jeune encore, n’arrivant pas à prendre l’assurance que la direction de sa propre maison donne à une femme.

Elle a eu dix-huit ans, elle a redemandé son visa, qui lui a été enfin accordé, après plus d’un mois de réflexion.

Son mari est venu la chercher. Ils comptaient rentrer ensemble, dans la camionnette, un long périple de trois jours. Mais sur le ferry, il leur était impossible d’avoir une cabine commune, cela dépassait largement leur budget.

Au lieu de rentrer à vide, son mari a chargé dans la camionnette deux valises, qui contiennent ses vêtements, un album photo, et les chaussures italiennes, et il est reparti.

Et nous l’avons emmenée à l’aéroport. Elle n’avait avec elle qu’un petit sac pour la cabine. Elle a été très contrariée qu’on lui prenne son déodorant. Elle voulait, à l’arrivée, être fraîche et agréable, pour son premier contact avec ce nouveau pays, où sa belle-famille l’accueillera.

Étrange voyage de noces que fait ainsi une très jeune fille, seule, avec un petit sac à mains qui ne contient presque rien…

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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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