Les rumeurs se font de plus en plus insistantes dans la presse marocaine, Nicolas Sarkozy deviendrait conseiller spécial de sa Majesté Mohamed VI, le Maroc étant “très intéressé par son carnet d’adresse international” et lui demandant d’exercer des missions de lobbying (comme par exemple de réduire les demandes de rigueur normalement imposées par le FMI ?).
On peut légitimement se poser la question de la pertinence… non pas de la rumeur, mais tout simplement de l’idée.
D’abord pour le Maroc.
Si Nicolas Sarkozy a promu à un poste de responsabilité une marocaine, Rachida Dati, c’est à peu près la seule chose qu’il ait réellement faite pour les marocains.
Son action en tant que président français a été à l’encontre des intérêts des marocains, tant du Maroc que de ceux résidents en France sur deux plans.
L’affirmation d’une “laïcité positive”
Car ce que Nicolas Sarkozy appelle une laïcité positive, c’est une laïcité chrétienne, catholique, où le prêtre est plus important que l’instituteur (sic), et où l’Islam n’est tolérable que s’il se cache, si la femme se dévoile, ne porte pas de jupe longue, n’est pas excisée, si le musulman ne prie nulle part faute de pouvoir prier dans la rue (et cela faute de place), si les imams vont à contre-courant du Coran en autorisant l’abattage avec étourdissement préalable. Bref, si on ne peut honnêtement pas rendre Nicolas Sarkozy responsable à lui seul de toute l’islamophobie qui grandit chaque jour en France, on doit être conscient que son discours droitier, destiné à mordre sur les terres du Front National, son instauration d’un débat “sur l’Islam” ont contribué à banaliser des sentiments odieux, qui n’avaient pas réellement droit de cité en France il y a dix ans.
Et si ce mouvement extrémiste se retrouve dans toute l’Europe, malheureusement, il ne faut pas oublier qu’il l’a accompagné, au lieu de lutter contre.
Comment une personne professant de telles opinions peut réellement servir Amir Al Moumimine ? Et comment peut-il réellement, sincèrement, collaborer avec le gouvernement Benkirane ?
La lutte contre l’immigré
C’est volontairement que je formule ainsi. Car la lutte de Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux n’a pas été seulement contre l’immigration, mais contre les immigré présents sur le territoire français. Il n’est pas question ici de refaire l’histoire entière d’un septennat, mais simplement de rappeler que des enfants ont été emprisonnés, des grand-pères ont été piégés en allant chercher leurs petits enfants à l’école, des clandestins se sont jetés par les fenêtres pour échapper à la police, et que selon Brice Hortefeux, le nombre de musulmans acceptables était “un” (et encore, parce qu’il buvait de l’alcool, celui là).
Il est remarquable, d’ailleurs, de voir que le traitement des demandes de visa s’est soudainement humanisé après l’élection présidentielle, mettant fin à des années de traitements vexatoires dans les consulats français, dont de nombreux blogs marocains se sont faits les échos.
Et d’un point de vue économique, il faut peut-être se rappeler les cris d’indignation poussés par le gouvernement français au moment de l’ouverture de l’usine Renault de Tanger…
Alors réellement, qu’à fait Nicolas Sarkozy pour le Maroc ?
L’autre question qu’on peut se poser, c’est
Comment cette collaboration peut se passer
Le statut d’un ancien président de la République Française est-il compatible avec celui de conseiller spécial d’un Roi étranger ? Un homme qui est aujourd’hui encore membre du Conseil Constitutionnel Français, et donc amener à statuer sur les lois de son pays peut-il en même temps servir un autre pays ? Que se passerait-il au cas où les intérêts de la France et ceux du Maroc ne seraient pas exactement alignés ?
C’est loin d’être improbable dans le contexte actuel. Prenons par exemple les problèmes de gestion des quotas de pêche, et l’importation des agrumes et produits maraîchers. Europe – et particulièrement France – et Maroc n’ont jusqu’à présent pas eu les mêmes intérêts.
L’autre point qu’il ne faut pas négliger, c’est ce qui se passerait avec la France. Peut-on imaginer avoir des relations cordiales, profitables, efficaces, avec une France gouvernée par les opposants à Nicolas Sarkozy, et ce après une campagne électorale aussi violente que celle qui a eu lieu en mai 2012 ? Que serait la situation d’une visite présidentielle au Maroc, avec un François Hollande assis à côté de sa Majesté Mohamed VI, et – même si ce n’est que moral – l’ombre de Nicolas Sarkozy derrière le trône ?
Et surtout… dans la crise économique à laquelle il fait face, le Maroc a-t-il les moyens de s’offrir Nicolas Sarkozy ?
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4 commentaires
Rassurez moi, c’est bien une rumeur?
Auriez-vous des sources sur le sujet?
La rumeur serait partie de Akhbar Al Yaoum http://www.bladi.net/nicolas-sarkozy-conseiller-maroc.html et elle a été reprise sur de nombreux sites. Personnellement, j’ai du mal à y croire réellement.
C’est tout simplement un scandale, une pure hypocrisie, et une attitude du roi Mohammed VI que je juge inacceptable.
Que Sarko souhaite se gaver sur un pays qui souffre encore malgré ce que l’on veut nous faire croire, cela ne m’étonne pas de la part du personnage.
En revanche, un roi se doit de donner à son peuple le meilleur.
Loïc
Il n’est absolument pas certain que sa majesté Mohamed VI souhaite réellement faire cela… les rumeurs vont souvent dans tous les sens au Maroc, on avait bien dit par exemple, “de source tout aussi sûre” que la fameuse villa de Marrakech était un don d’un riche Quatari à Nicolas Sarkozy.