Reconfinement en France et en Europe, le Maroc va-t-il suivre ?

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Le reconfinement lourd annoncé hier soir par Emmanuel Macron avec application quasi-immédiate (presque à la marocaine), qui est aussi mis en place dans d’autres pays européens comme l’Allemagne ou l’Irlande, s’accompagne d’une nouvelle fermeture des frontières aériennes avec les pays non-européens – donc le Maroc.

Cette fermeture n’empêche pas les Français de l’étranger, ou les résidents en France de revenir dans le pays, par contre, aux dernières nouvelles (jeudi à 12h58, tout bouge tellement vite), elle empêche les Français de quitter le pays, et donc bloque en France les résidents au Maroc. Il semble que même les voyages d’affaires soient suspendus.

Alors que le taux de reproduction du virus est en moyenne inférieur à 1 (0,8%), avec une dizaine de régions où il dépasse les 1% et une augmentation récente des contaminations et des décès, la question se pose de savoir si le Maroc va emboiter le pas à la France.

Jusqu’à maintenant, le Maroc a le plus souvent précédé la France, en particulier au début de la pandémie, avec une fermeture très rapide des frontières et un confinement dur jusqu’à fin juin, et avec succès. C’est la grande migration de l’Aïd et le relâchement de l’été qui ont dégradé la situation, jusqu’aux nouvelles mesures de confinement partiel, de couvre-feu dans la plupart des grandes villes et d’interdiction de circulation inter-urbaine

N’étant pas dans le secret des puissants, ce qui suit n’est qu’une simple hypothèse…

Sans doute pas de reconfinement global et généralisé

En pratique, nous sommes dans les grandes villes, quasiment “reconfinés”, sans le dire : le couvre-feu à 20 heures vide la ville dès 19h, empêchant de fait les rassemblements ailleurs que dans les moyens de transport. Les écoles ont ré-ouvert, en travaillant à mi-capacité, et en se refermant dès que des contaminations apparaissent. Des quartiers sont isolés, à Casablanca comme dans d’autres grandes villes. La circulation intervilles est restreinte, voire interdite.

Le Maroc n’a pas les moyens de la France, reconfiner totalement signifierait une explosion de la misère, alors que tous les Marocains sont déjà touchés par la crise. De plus, la population est beaucoup plus jeune, ce qui veut dire moins de personnes à risques.

Un reconfinement “à la française” (ou “à l’irlandaise”) changerait moins de choses qu’en France.

Des mesures supplémentaires

On peut, par contre, prévoir quelques mesures comme fermer à nouveau les mosquées ; en effet, l’augmentation des contaminations a suivi la réouverture des lieux de culte, sans qu’elle puisse lui être totalement imputable, puisqu’elle se produit partout dans le monde.

Cafés, restaurants et hôtels pourraient aussi se voir imposer de travailler à plus faible capacité.

On peut aussi imaginer une augmentation des contrôles sur les mesures sanitaires.

Mais, globalement, le Marocain est arrivé au maximum de ce qu’il peut faire. La distanciation sociale est impossible ici, les contacts se font essentiellement pour travailler, les empêcher pourrait conduire à des révoltes.

Le tourisme attendra pour redémarrer

L’interdiction des voyages hors Europe est un coup dur pour cette activité déjà moribonde qui bâtissait des plans sur la comète pour essayer de redémarrer, malgré tout.

Car on peut imaginer toutes les mesures de facilitation pour les tests, si les gens ne sont pas autorisés à voyager, cela ne sert à rien.

Globalement, le Maroc ne fait toujours pas partie de la liste des pays “sûrs” pour l’Union Européenne. Des pays comme la Belgique ou l’Italie imposent une quarantaine de deux semaines aux voyageurs en provenance du Maroc.

Tant que la situation ne sera pas stabilisée durablement, tant que les voyageurs courront le risque d’être bloqués “ailleurs” par une fermeture des frontières intempestive, le flot de touristes ne reviendra pas au Maroc.

Noël et la fin d’année en ligne de mire ?

La France comme les autres pays européens voient approcher la période de Noël. Pour les commerçants concernés, cela peut représenter jusqu’à 50% de leur chiffre d’affaires annuels. Ces pays ont donc une grosse pression pour arrêter la propagation du virus avant cette période (qui démarre habituellement à mi-novembre). Le Maroc n’a pas cette échéance. Il subira la baisse (disparition ?) des touristes qui vont traditionnellement fêter la nouvelle année dans le désert, mais la prochaine grande période commerciale, c’est Ramadan 2021, au printemps.  Il a donc toute latitude pour essayer de gérer au mieux la période hivernale.

La normalisation administrative attendra

J’ai de nombreux contacts qui sont aujourd’hui dans une situation administrative difficile, voire ubuesque et douloureuse, comme ce couple franco-américain pas encore marié, arrivé au Maroc quelques semaines avant le confinement.

Ils ont décidé de s’installer au Maroc, mais ne sont que “touristes” pour l’instant. Elle, américaine, ne peut aller nulle part sauf aux Etats-Unis. Lui, Français, est retourné en France et devait revenir au Maroc à la fin Novembre. Il cherche à revenir ici le plus vite possible, mais n’est pas résident, n’a pas de bail (il a été fait à son nom à elle) et n’a donc aucune justification possible pour passer malgré la fermeture des frontières. Par contre, s’il arrive à prendre un avion, un bateau ou une soucoupe volante, le Maroc l’accueillera sur la simple production d’une réservation d’hôtel.

Ou cet ami Français, résident Italien mais actuellement dans son riad (superbe d’ailleurs) à Marrakech, qui ne peut aller “chez lui”, en Italie, qu’en subissant une quarantaine de quinze jours.

 

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1° novembre 2020 : Confinement général à partir de lundi au Maroc: le démenti d’El Othmani
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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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