Charles de Foucauld découvre au Maroc le désert, les berbères et l'islam

Charles de foucauld

Charles de Foucauld fait partie de la légende catholique autant que de la légende coloniale.

Ce cavalier, issu d’une famille noble à la tradition militaire passe par Saint-Cyr puis Saumur, et démissionne très jeune, à vingt-trois ans. Connu pour être un bon vivant (et à l’époque, un bon vivant militaire, c’est jeu, parties fines et petites femmes, quand la fortune le permet), il se lasse rapidement de cette vie, en quête d’autre chose.

Ancien militaire, explorateur et géographe

Une fois intégré dans l’armée, et disposant enfin de sa fortune, son côté bon-vivant se développe pour devenir ce qu’on appelle une “vie dissolue”, à tel point qu’il se fait suspendre de l’armée, en février 1881.

Pour pouvoir rejoindre ses anciens camarades, qui se battent alors en Tunisie, il met un terme à sa “débauche” et son “indiscipline”, et se retrouve posté en Algérie, d’abord dans l’Oranais, puis à Alger. Il se met en réserve de l’armée et prépare le voyage qu’il a décidé de faire pour explorer le Maroc. Il partira, déguisé en juif, accompagnant le rabbin marocain Mardochée Aby Serour. En effet, à l’instar d’Isabelle Heberhardt ou, plus tard, de Michel Vieuchange, il doit se dissimuler pour pouvoir parcourir des terres alors interdites aux étrangers.

Le voyage durera onze mois, et Charles de Foucauld sera un des tous premiers européens à pénétrer dans le grand sud marocain, allant jusqu’à Tissint en passant par Telouet.

Gravure de Charles de Foucauld représentant Tiguert, dans la vallée de l'Ounila

Entre Télouet et Aït Ben Haddou, le village de Tiguert, au dessus de l’Oued Iounil

Reconnaissance au Maroc (1883-1884)

Les notes, récits et illustrations de son voyage sont publiées en 1888. Ce recueil est particulièrement apprécié, il vaut à Charles de Foucauld la médaille d’or de la Société de Géographie de Paris.

Il contient aussi énormément d’informations qui seront utilisées par la France pour conquérir et “protéger” le Maroc !

Antisémite, amoureux du Maghreb et de l’islam, “reconverti” catholique

L’antisémitisme est, à l’époque, un préjugé de caste extrêmement répandu. L’affaire Dreyfus éclatera dix ans après, le marquis de Morès, ami de Charles de Foucauld qu’il a rencontré à Saint-Cyr, sera un des fondateurs de la “Ligue Antisémite de France” avec Drumont.

Cet antisémitisme se retrouve dans son livre, sans que cela ne choque personne à l’époque. Il y note à quel point les juifs du sud marocain sont mal considérés :

Les Israélites […] aux yeux des musulmans, ne sont pas des hommes

Par contre, il est profondément touché par la foi musulmane, en particulier par l’expérience qu’il fait d’une nuit du destin, à la fin de Ramadan.

A son retour à Paris, il va retrouver peu à peu la foi catholique de son enfance. Il démissionne de l’armée en 1888, fait un pèlerinage à Jérusalem et prend l’habit de trappiste (un ordre monastique très rigoureux) en 1890.

Missionnaire au Maghreb

Son ordre a récemment fondé un autre monastère à Akbès, en Syrie, où Charles de Foucauld demande à partir.  Là-bas, il regrette de n’être pas assez pauvre “pauvre comme je l’étais au Maroc”, et surtout, découvre qu’il est plus fait pour la prêtrise que pour l’enfermement monacal.

Ordonné prêtre en 1900, il part alors pour le Sahara.

Il s’installe à Beni-Abbès, accueille les pauvres, les militaires et commence à racheter des esclaves. En 1904, il part en “tournée d’apprivoisement” dans le Hoggar.

C’est là qu’il rencontrera les Touaregs et commencera son dictionnaire, ainsi qu’une traduction de l’évangile en Touareg. Il y fera aussi deux rencontres, celle du Maréchal Lyautey et celle du grand Amenokal Moussa Ag Amastan, qui autorisera Foucauld à s’installer dans ses terres.

L’ermitage de l’Assekrem

D’abord à Tamanrasset, puis dans le massif de l’Assekrem, Foucauld mène une vie de privations et de pauvreté. Novateur pour son époque, il ne cherche pas à évangéliser autrement que par l’exemple (aurait-il été toléré autrement ?).

Il distribue des vivres et de l’aide aux populations qui l’apprécient.

L’impact de la guerre dans le Hoggar

Lorsque la première guerre mondiale éclate, Foucauld, alors malade et âgé (76 ans) envisage de devenir aumonier militaire, mais choisit de rester dans le Hoggar

pour aider à y tenir la population dans le calme

Les rebelles marocains et lybiens font des razzias régulières dans le Hoggar. Le 28 novembre 1916, Foucauld est tué, peut-être par erreur, par un jeune Touareg qui avait ouvert la porte de son fortin.

Après sa mort, son oeuvre de paix s’effondre : ses “amis” touaregs se rebellent contre la France, rébellion qui sera écrasée très brutalement.

Du mythe à la réalité

Foucauld était un homme de son temps. Son antisémitisme n’aurait pas le même sens aujourd’hui. Par rapport à ses contemporains, il prônait des rapports beaucoup moins violents entre colonisateurs et colonisés. Il a d’ailleurs soutenu Lyautey critiqué pour sa gestion trop “pacifique” du Maroc.

Néanmoins, il reste un français, ancien militaire, collaborant avec les troupes françaises qui le protègent, poussant son ami Moussa Ag Amastan à collaborer avec la France.

Il reste aussi fervent catholique, soucieux d’évangéliser les Touaregs, ce en qui il a totalement échoué.

Son apport à la connaissance du monde berbère et saharien est incomparable.

S’il a eu des amitiés avec certains Touaregs, il n’était sans doute pas autant aimé qu’on a voulu le dire : toléré parce que protégé, apprécié parce que humble et généreux, il restait néanmoins un étranger et un “nasrani”.

Rapport de faute d’orthographe

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