Marrakech, ce soir à Samarcande

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Hier, pour la première fois depuis 2003, le Maroc a été frappé par un attentat meurtrier.

Touche pas à mon pays

Touche pas à mon pays

Pendant 8 ans, le terrorisme avait épargné le pays, grâce en très grande partie à une très forte présence policière, et grâce aussi au fait que peu de marocains soutiennent les extrémistes. Au delà de la douleur que ce genre de sauvagerie provoque toujours, je ne rentrerai pas dans le “pourquoi, qui, comment”, beaucoup de pistes sont ouvertes, beaucoup de choses possibles, et un avis non éclairé serait juste du café du Commerce.

En revanche pour ceux, très nombreux, qui se demandent si ils doivent annuler leurs vacances au Maroc, je voudrais juste raconter un conte arabe.

Celui d’un vizir de Bagdad, un jeune et beau vizir, talentueux, que son sultan aimait.

Un jour, tôt le matin, le vizir parti se promener dans le souk, pour vérifier que tout se passait bien, ou peut être pour trouver un cadeau pour sa femme. Au détour d’une ruelle, il aperçoit la mort, et surtout, ce qui le glace de terreur, c’est que la mort, le voyant, tressaille, et fait un signe vers lui, pour l’appeler.

Sa dernière heure arrive, et notre vizir n’a qu’une idée, c’est de l’éviter. Aussi il se précipite chez le sultan, et lui demande, comme une faveur, de prendre le meilleur cheval de l’écurie, et de partir, tout de suite, aussi loin que possible, à Samarcande.

Le sultan, qui aimait son fidèle serviteur, accepte. Et puis, tandis que celui ci galope à l’Est, vers la ville où il va se cacher de la mort, le sultan décide de partir à son tour au souk, et de voir ce qu’il en est. Arrivé sur place, il y trouve la mort, et lui pose la question “pourquoi as tu effrayé mon vizir ?” et la mort, de lui répondre “Je ne voulais pas l’effrayer. Mais j’étais surprise de le voir ici, car nous avons rendez-vous, ce soir à Samarcande“.

Samarcande mosquee

La grande mosquée de Samarcande

Personnellement, j’ai échappé, à quelques minutes, et sans rien faire pour, à un attentat, celui du Tati de la rue de Rennes, que j’ai quitté quelques minutes à peine avant que la bombe explose.

Depuis ces années là, j’ai compris que le terrorisme est une plaie, et que malheureusement, on ne peut jamais, jamais être totalement sûr d’être en sécurité.

Nulle part. Il y a évidemment des endroits plus dangereux que d’autres, plus menacés. Je n’irais pas volontiers au Pakistan ou en Inde (bien qu’on n’en parle peu, le nombre d’attentats meurtriers en Inde est très important), et quand nous sommes allés en Algérie, nous avons fait particulièrement attention quand nous avons traversé la Kabylie.

Des règles de base sont à respecter, et “en tout temps” malheureusement.

L’une d’entre elles est d’éviter autant que possible les endroits hyper touristiques, où de très nombreuses personnes étrangères se trouvent.

La terrasse argana en 2010

Un an avant l’attentat, la terrasse du l’Argana surplombe Jemaa El Fna

Les cafés de la place Jemaa El Fnaen font malheureusement partie, comme les grands hôtels de chaine internationaux, Hilton, Hyatt, Mercure, Sofitel, comme les clubs Méditerranée… Il ne s’agit pas non plus de tout s’interdire, mais, si on est dans une période un peu risquée, de passer simplement sur la place, et de prendre son café dans une rue adjacente, par exemple.

La décision de venir ou pas au Maroc appartient à chacun. En dehors des principes généraux de prudence, il est idiot de se gâcher un voyage par inquiétude. Si la crainte ne nous quitte pas pendant une semaine, ce ne seront pas des vacances réussies.

Personnellement, depuis que j’ai quitté le Tati de la rue de Rennes à temps, j’ai un grand fatalisme, doublé d’une prudence jamais totalement endormie. Les années qui ont suivi ont été très lourdes en France, même si on a tendance maintenant à l’oublier, les attentats meurtriers se sont succédés. Des mesures de sécurité ont été mises en place, la qualité de vie a été transformée (pas en bien) et de façon quasi définitive (les sacs plastique transparents à la place des poubelles, c’est moche, les contrôles systématiques à l’entrée des grands magasins, c’est pénible, etc.)

J’en ai tiré une attitude, qui est de refuser de changer mes plans à cause de la crainte du terrorisme. C’est ma façon à moi de lutter contre eux, de refuser de leur laisser avoir un impact sur ma vie.

Encore une fois, il s’agit d’une attitude personnelle, et je comprends qu’on ne la partage pas. Les voyages que nous proposons proposions, à l’époque de cet article, pour la plupart, sont en dehors des grands centres, parce que nous préférons faire découvrir des endroits où le Maroc est encore authentique. Et quand nous sommes à Marrakech, nous travaillons avec des hôtels de taille moyenne.

Je suis persuadée que le Maroc va maintenant être super sécurisé, avec une présence policière accrue, comme on l’a déjà connue à certains moments (alors qu’elle se faisait plutôt discrète, pour laisse vivre les marocains qui protestaient suite au 20 février), et que la foudre ne frappe pas deux fois au même endroit. Je souhaite surtout que le Maroc reste de façon durable ce pays accueillant où il fait bon vivre.

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A propos de l'auteur

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"Mezgarne", c'est Marie-Aude, mais sous ce pseudonyme sont regroupés les articles qui avaient été publiés à l'origine sur le site de l'Oasis de Mezgarne, une activité touristique gérée de 2004 à 2015 avec son mari.

5 commentaires

  1. Avatar

    Juste une petite mise au point ; Le Maroc a connu des actes de terrorisme après le 16 mai 2003!
    Rappelons-nous le cyber-café de Sidi Moumen et l’attentat manqué contre le consulat US en 2OO7!
    Sans parler de l’espèce d’ingénieur qui a tenté de faire exploser une bouteille de gaz à Meknes devant un car de touristes.
    Crois-tu qu’il faille oblogatoirement des victimes étrangères pour qu’un acte de ce genre soit considéré comme “terroriste”?

  2. Avatar
    Marie-Aude le

    Comme tu le dis toi même il s’agit de tentatives et d’attentats manqués. Si mes souvenirs sont exacts, les seules “victimes” de Sidi Moumen étaient les “wannabe” terroristes, pareil pour l’attentat contre le consulat US. Je ne sais pas si le terroriste de Meknès a survécu à ses blessures, si c’est le cas, cette tentative aura fait zéro morts.
    La question n’est pas la nationalité des victimes, mais le “nombre”, et par définition un attentat manqué ne fait pas de victimes.
    Crois tu vraiment, depuis le temps qu’on se croise sur la blogoma que j’aurais l’ignominie de ne considérer que les victimes étrangères ?

  3. Avatar
    baghinsaferdotcom le

    J’ai fait une video sur ce propos. dommage qu’il est pas possible de le publier sur ce commentaire. j’ai mis le lien cliquez sur mon prénom. merci.

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    Marrakech est notre “ville de coeur”, le café l’Argana était notre lieu de passage obligé, pour en vrac : le plaisir de la vue, la propreté des lieux, la sympathie du personnel. Nous avons été très choqués par l’attentat dans une ville et un pays qui méritent tout notre respect pour leurs efforts d’ouverture à l’autre, l’étranger, sans pour autant renier leur authenticité. L’Argana nous manque et les sourires du Maroc aussi. A bientôt à Marrakech.

  5. Avatar
    Marie-Aude le

    Merci pour votre commentaire et pour votre fidélité au Maroc. Nous avons tous été choqués, mais les plaies se referment, peu à peu.

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