Page 123, cinquième phrase.

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C’est rare que ce blog se fasse taguer, mais Mohamed Mouâd EL GORDE a envie de savoir ce que je lis en ce moment !

Voici les règles :

  1. Indiquer le nom de la personne qui vous tagué avec un lien vers son blog
  2. Prendre le livre que l’on lit actuellement à la page 123
  3. Recopier le texte de la 5ème phrase et des 3 suivantes
  4. Indiquer année de parution, édition, titre et auteur du livre
  5. Choisir 5 autres blogueurs/blogueuses pour leur demander ce qu’ils lisent.

En ce moment, je lis Histoire de l’Afrique du Nord, des origines à 1830, par Charles-André Julien, Grande Bibliothèque Payot, première édition 1951, réédition de 1994 (ouf….).
La cinquième phrase et les trois suivantes nous plongent en pleine préparation des guerres puniques :

Comme il [Massinissa, le roi des Numides] pouvait réclamer tout ce que ses ancêtres avaient possédé du territoire carthaginois, il lui revenait sans cesse en mémoire des droits ignorés de son père Gaïa pour justifier ses incessantes revendications. A partir de 193 il arracha la chair de Carthage lambeaux par lambeaux.
Les Romains faisaient la sourde oreille aux cris de la victime mais, à la moindre apparence de résistance, se dressaient au nom de la majesté violée des traités. Ces juristes rigides témoignaient d’une haine de boutiquier à qui tous les moyens sont bons pour réduire le concurrent à la faillite.
S’il y avait un débat, Massinissa négligeait de se justifier mais reprochait à Carthage des entorses au traité qu’il ne cessait, pour se mettre à couvert, de dénoncer au Sénat.

Ce livre est à la fois très intéressant et assez exaspérant.

Intéressant parce qu’il est un des seuls que j’ai trouvés dans la catégorie “vulgarisation avancée” (c’est à dire moins de cinq tomes d’une thèse écrite par un expert s’adressant au public restreint des cinq étudiants de sa chaire au collège de France) à traiter de l’histoire de l’Afrique du Nord comme un tout.

Intéressant parce que l’échantillon donné montre qu’on est loin de l’historien impartial et neutre. Julien, qui a été tout autant journaliste qu’historien, a des opinions tranchées, il aime les berbères, il déteste les romains, et il ne pense pas du bien de la colonisation, tout en restant quand même relativement discret, puisqu’on est en 1951.

Exaspérant, parce qu’il date, et parce qu’il reproduit, subtilement, des préjugés colonialistes dont il était sans doute difficile de se défaire à l’époque, à moins d’être une Germaine Tillon. Alors même que Julien était anticolonialiste !

Il aime les berbères, mais finalement sans beaucoup parler d’eux. L’histoire de l’Afrique du Nord se limite à l’histoire écrite, celle qui se joue entre Rome et Carthage. Les berbères des montagnes sont vus comme des pauvres, qui descendent razzier les plaines, répétant les mêmes erreurs qu’en Kabylie, où les Français n’avaient pas compris que les populations des montagnes possédaient aussi les plaines, refusant simplement d’y habiter, en dehors des périodes de labour et de moissons, à cause des fièvres.

Fascinant, parce qu’il montre que bien des problèmes dont souffre l’Afrique du Nord, y compris la corruption, ont été introduits avant les colonies, avant l’Islam, par un empire Romain qui fut le premier colonisateur…

Bref, un livre érudit, pas à jour, à lire avec distance, mais à lire.

Qui taguer ?

Dans le petit monde de mes lecteurs réguliers, ce post a déjà bien circulé… prenne qui veut !

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Charles-André Julien. Histoire de l’Afrique du Nord : Tunisie, Algérie, Maroc – Persée

4 commentaires

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    Très intéressant cet ouvrage ! Je me demande si l’inconscient colonial est toujours existant sans se rendre compte.

  2. Avatar
    Marie-Aude le

    Je pense que oui, et d’une façon très large.
    D’abord parce qu’on est toujours (presque toujours) le colonisateur de quelqu’un, le vainqueur d’un autre peuple.
    Les berbères se sentent (souvent) colonisés, et pas que par les français, les colonisateurs européens ont été nombreux à être sincèrement persuadés d’avoir apporté “la civilisation” (la leur), et au risque de choquer, je dirais que sur certains points, ils l’ont fait, en remplaçant soigneusement le mot civilisation par celui de progrès technique et économique. Ou tout simplement en apportant une pacification que le pouvoir marocain n’était pas à même d’imposer.
    L’héritage culturel de l’architecture défensive dans le sud, même de construction relativement récente, montre bien que les guerres tribales étaient fréquentes (euphémisme), et qui préférerait réellement vivre en état d’escarmouche permanente ?
    Le Maroc tente de sédentariser les nomades, “pour leur bien”, effectivement l’accès à l’éducation, à la santé, est plus facile quand on est sédentaire. Mais c’est aussi pour le bien d’un pouvoir politique centralisé, et des agriculteurs.
    Je crois qu’il est difficile de se débarrasser complètement de la conviction que son propre mode de vie est le meilleur, et d’enterrer complètement la tentation d’en persuader l’autre. C’est cela qui fait l’inconscient colonial….

  3. Avatar
    une marocaine le

    Lecture intéressante.
    Ton com fait écho à l’interview de l’historien italien Emilio Gentile que j’ai publiée.
    Je suis d’accord avec ton dernier paragraphe.

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