Fatima Ezzahra El Mansouri a rejoint le club très restreint des femmes cheffes de gouvernement, qui compte actuellement seulement neuf autres membres.
Si c’est une première pour le Maroc, elle a été précédée dans le monde musulman par Benazir Bhutto, arrivée au pouvoir au Pakistan en 1988 et, au Maghreb, par Najla Bouden, à la tête du gouvernement tunisien entre 2021 et 2023.
Une amie sur Facebook m’a demandé
Alors heureuse ? Une femme premier ministre🙂?
Ma première réaction a été « je m’en fiche totalement, ce qui compte, ce sont ses compétences et son programme ».
Et puis j’ai vu les réactions sur internet. Un concert de critiques machistes et totalement inappropriées. Si elles proviennent en grande majorité de MRE, elles se trouvent aussi au Maroc.

Trois axes de critiques machistes
Le hadith « Un peuple qui confie ses affaires à une femme ne prospérera pas »
Hadith authentique, rapporté par Al Bukhari, il est utilisé par les religieux pour récuser la nomination de LA première ministre.
Sauf que…
- ils oublient que le Maroc est toujours dirigé par le roi ;
- pour certains, comme Mustapha Ramid, ancien ministre PJD de la justice, c’est un hadith contextuel, lié à la situation du peuple perse ;
- et il rappelle que la Reine de Saba, au contraire, a été louée dans le Coran ;
- enfin, le Maroc a déjà été dirigée par des femmes, comme Sayyida Al Hurra
La prière avec le Roi
Deuxième question, qui a même été posée en plus de trois minutes par un journaliste « Mais comment allez-vous faire la prière avec le Roi ? »
En effet, le Roi, en tant que Commandeur des Croyants, Amir Al Mouminine, effectue une prière avec son gouvernement en quatre occasions :
- pour l’Aïd El Fitr
- pour l’Aïd Al Adha
- pour Laylat Al Qadr
- et à l’occasion du Mouloud
et en Islam, les femmes ne prient pas avec les hommes, mais derrière eux.
Sauf que…
- bien que religieusement importants, ces moments n’ont rien à voir avec sa capacité à gouverner
- le point a déjà été réglé protocolairement, puisque le gouvernement précédent comprenait 7 femmes (dont la nouvelle première ministre) et jusqu’à maintenant, ça ne posait de problème à personne !
Son divorce
Enfin ces critiques ont demandé comment elle pouvait gérer un pays puisqu’elle n’avait pas « su gérer son mariage ». Sous-entendu bien sûr, ce divorce est entièrement de sa faute.
Sauf que…
le roi aussi est divorcé.
Et le machisme français : le voile, encore le voile
Enfin, ne saluons pas la réaction de Julien Dray qui s’occupe encore du bout de chiffon, en se félicitant qu’une femme soit nommée, et pas voilée
C’est pour lui une « qualité supplémentaire »… comment dire ?

Alors oui, en voyant ces réactions, je suis heureuse qu’une femme ait été nommée première ministre.
Un poste plein d’embuches
On peut néanmoins se demander si Fatima Ezzahra El Mansouri a été nommée pour ses qualités – réelles – ou parce que personne d’autre ne pouvait y aller.
Les deux autre premiers ministrables évoqués avaient effectivement des « casseroles » : Abdellatif Ouahbi, l’ancien ministre de la justice, n’a pas réussi à faire passer les réformes et a dû faire face à la fronde des avocats.
Quant à Fouzi Lekja, récemment entré en politique, il a renoncé à se présenter à Berkane et, surtout, il a violemment critiqué le RNI, qualifiant son bilan de « catastrophique » le 12 septembre. Il a Lekjaa a également qualifié les critiques du RNI concernant le programme électoral de son nouveau parti d’« ignorance » le 8 septembre 2026. Difficile après cela de construire une majorité de gouvernement ! Il se consacrera donc à la Coupe du Monde 2030.
Le Maroc n’est pas dans une situation économique brillante : la désinflation menace, le nombre de jeunes chômeurs est toujours aussi important et les incidents de Ceuta ont prouvé le désespoir de cette jeunesse marocaine prête à tout pour tenter sa chance ailleurs.
Dans ces conditions, les défis que devra relever Fatima Ezzahra El Mansouri, à commencer par former un gouvernement, sont très importants !
Le saviez-vous ?
La première femme première ministre est la Sri-lankaise Sirimavo Bandaranaike en 1960
La première femme chef de gouvernement musulmane est la Pakistanaise Benazir Bhutto en 1988
La première femme chef de gouvernement du monde arabe est la Tunisienne Najla Bouden en 2021
En savoir plus
- Femmes au pouvoir : Mustapha Ramid plaide pour une lecture contextualisée du hadith
- Et soudain, le pouvoir eut un sexe
- Evolution sociale et "évolution" religieuse
- Une dignité à reconquérir
- Redonner au gouvernement sa dignité : un des enjeux de Fatima Ezzahra El Mansouri
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