La culture berbère au Maroc, entre tradition et modernité

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La culture berbère est essentiellement orale

Les Berbères s’appellent eux mêmes “Amazigh”, hommes, hommes libres, et c’est le même mot, au féminin, le tamazight, qui désigne la langue. La culture berbère se définit d’abord par sa langue, même si aujourd’hui, on peut encore être berbère en n’étant plus qu’arabophone. (Et les mouvements amazigh se sont fédérés autour de la défense de la langue. L’enseignement ou pas, la transcription dans un système de caractères ou un autre portent en même temps des enjeux politiques).

Cette langue a un alphabet, le Tifinagh, qui était tombé dans l’oubli et jusqu’aux années 60, n’était plus utilisé que dans sa version archaïque, par les Touaregs. Après l’indépendance, le système de transcription en caractères latins a été abandonné, et l’IRCAM a mis en place un tifinagh moderne, qui est aujourd’hui utilisé au Maroc.

Mais la culture berbère, pendant des siècles, a été une culture d’oralité, celle des histoires que l’on échange quand on se retrouve à l’oasis, celles des contes à la veillée du feu de camps, des proverbes, et des chansons de marche, pendant les longues traversées du désert.

Et cet amour du verbe se retrouve dans les chants, souvent brodés et modifiés autour d’une trame existante, en fonction de l’assistance, en fonction de ce qui se passe au village… tout comme les chants des femmes, ceux qui rythment les travaux des chants, les tours innombrables de la meule pour préparer la farine du couscous et les joutes vocales qui se chantent lors des mariages.

Une culture qui remonte à “avant l’histoire”

Femme de profil, avec un foulard de couleur et un bijou de tête

Femme de Ouarzazate en habit traditionnel

Les composantes de la culture berbère sont nombreuses, diverses, mais leur amalgame laisse voir les différentes origines. Les berbères étaient au Maghreb avant les romains, et ils tiennent d’eux leur calendrier julien, et sans doute leurs rites de carnaval, qui ont maintenant lieu lors d’Achoura.

Ils étaient, avant d’être convertis à l’Islam, païens, adorateurs des sources et des arbres, et tenaient peut-être des phéniciens – qui avaient ouvert des comptoirs jusqu’en Mauritanie – leur respect pour la lune. Certaines tribus étaient converties au judaïsme, et on dit que la Kahina, cette reine berbère des Aurès qui résista si longtemps face aux armées arabes, était une reine juive, en arguant de la proximité de son nom avec Kahen ou Cohen.

Il est difficile de dater l’arrivée des berbères, pourtant la culture est restée très forte, au cours des siècles, et pour celui qui vit depuis un petit peu de temps au Maroc, il est facile de dire si telle femme est berbère ou arabe, à ses vêtements, de reconnaître, même sans parler la langue, la différence entre le berbère et l’arabe, dont les sonorités sont différentes, même si les langues sont voisines.

Entre les touaregs, les rifains, les kabyles, les chleuhs et les amazighs (ou imazighen), bien sûr, il y a de nombreuses différences, mais un fond commun, une organisation sociale relativement démocratique, où les chefs étaient élus, où, comme chez les celtes, chaque famille, chaque tribu, chaque fraction était trop indépendante pour pouvoir s’allier aux autres, et préférait se couper en deux dès qu’elle atteignait une certaine taille, un fonds commun aussi dans les motifs artistiques, ces décorations géométriques dont l’abstraction remonte à avant l’islam , et dont les formes rappellent, là encore, les motifs celtes.

Sur plus de deux mille ans, la culture amazigh a résisté à l’assimilation, ou plutôt, a négocié avec ses voisins, pour pouvoir toujours exister. C’est sans doute pour cela, que, bien souvent, au fond d’un petit village, ou sous la tente d’un nomade, on a l’impression que le temps n’est plus le même, et qu’on est parti dans un étrange voyage, qui ramène en un temps antique.

Traditions nomades et traditions paysannes

Deux dromadaire et leurs chameliers s'éloignent dans le désert, près de Tazzarine

Nomades berbères

Les musiques sont des chants de travail, ou des chants de fête des moissons, comme le “tizrrarin”, le chant du travail des femmes, l’ahwach ou l’ahidous. La vie est marquée par le rythme des saisons, on se mariait autrefois en octobre, après les récoltes, et les moussems, qu’ils soient des dattes à Erfoud, de réunion de la tribu à Imilchil, ou des roses à Kelaa M'Gouna avaient lieu une fois la récolte faite, et l’argent disponible, pour pouvoir faire des achats et la fête.

L’hospitalité reste celle des nomades, pour lesquels l’hôte a toujours droit à une place sous la tente, protection contre le désert hostile, et la “cérémonie du thé” berbère est celle de l’accueil et du plaisir de partager.

La médecine traditionnelle, les charmes qui protègent les jeunes enfants sont ceux de gens qui parcouraient le pays.

Les alliances, les amitiés et les haines entre tribus sont liées aux partage de l’eau et à celui des pâturages, aux coopérations et aux batailles pour les rares vallées vertes dans un pays semi-désertique. Et tout cela se retrouve dans les tapis que les jeunes filles tissaient pour leur mariage.

Et dans les villes, même si la langue se perd, le lien reste fort avec la famille restée au ‘bled’ (à la campagne), avec les traditions transmises par les parents, les grand-parents, et on retrouve la “Berber touch” dans beaucoup de choses de la vie quotidienne.

Des traditions très présentes, même dans un monde moderne.

Orchestre d'ahwach à Tazzarine

Dans l’ahwach, hommes et femmes se font face

Bien sûr, selon qu’on est dans une grande ville ou dans un petit village, les traditions se vivent différemment au quotidien, mais elles sont toujours suivies.

Que ce soit pour les fêtes traditionnelles, pour les mariages ou les naissances, dans le cadre de la vie quotidienne, la culture berbère est présente. Et dans le sud, particulièrement, il est fréquent de voir des femmes encore vêtues avec les habits traditionnels, ou portant le maquillage de fête avec le henné ou le safran.
Les chants traditionnels résonnent dans les rues des ksours, les tapis sont toujours fabriqués avec les motifs centenaires, les bijoux s'allègent et s'adaptent à la vie moderne en gardant leurs décors.

1 mise à jour le 14/04/2020 :

Se moderniser sans se trahir

Ecrire l’amazigh

D’une part, l’amazigh bénéficie de la technologie. Avec son alphabet en utf-8 il accède à internet. Ce qui était complexe il y a vingt ans, nécessitait l’installation de polices de caractères spécialisées, est maintenant facile. L’amazigh est une langue dans les paramètres de Windows, il dispose de plusieurs codes dans les normes ISO 639-2 et 639-3 utilisées pour définir les fichiers de langue dans les processus informatisés :

  • ber” pour l’amazigh en général
  • kab” pour le kabyle
  • tmh” pour le tamasheq
  • zgh” pour l’amazigh marocain

(mais pas de code à deux lettres [ISO 639-1] alors que des langues avec beaucoup moins de locuteurs, comme le romanche, en disposent).

WordPress, sur lequel est fait ce site, classe alphabétiquement les mots amazigh écrits en tifinagh de façon correcte.

Au Maroc, depuis la réforme constitutionnelle, l’amazigh apparait sur les bâtiments officiels, dans certains formulaires. Même si certains disent que les traductions sont parfois un peu fantaisistes (comme Casablanca, “traduit” mot à mot au lieu de lui conserver son nom berbère).

Des artistes qui utilisent le “fonds” berbère

Dans plusieurs domaines, la culture berbère est modernisée et continue d’être utilisée.

Les tapis berbères, particulièrement, on beaucoup de succès, des créateurs proposent des dessins modernes utilisant le même type de lignes géométriques et réalisés de façon traditionnelle dans les villages de l’Atlas.

Tapis berbere moderne noir sur fond bleu

Une couleur de fond jamais utilisée dans les tapis traditionnels, des motifs disséminés qui ne remplissent pas le tapis et qui sont volontairement “mal” dessinés : la signature d’un tapis de créateur faisant appel aux codes berbères.

L’image de la femme berbère, de ses tatouages est aussi beaucoup utilisée dans la mode et l’art.

Des moussems trop organisés ?

Il y a eu une époque où il était difficile d’amener des touristes à un moussem, les dates étaient décidées à la dernière minute (un peu comme pour l’Aïd). Le Ministère du Tourisme a changé de cap de façon drastique. Malheureusement, les moussems sont devenus trop organisés, le côté touristique écrasant peu à peu les véritables aspects traditionnels de ces fêtes si particulières. C’est le cas pour le moussem des Roses, maintenant doté d’un spectacle de Tbourida alors que la région n’est pas cavalière, c’est le cas du moussem des dattes transformé en foire agricole, c’est le cas du moussem d’Imilchil (mais là, cela date de longtemps…)

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A propos de l'auteur

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"Mezgarne", c'est Marie-Aude, mais sous ce pseudonyme sont regroupés les articles qui avaient été publiés à l'origine sur le site de l'Oasis de Mezgarne, une activité touristique gérée de 2004 à 2015 avec son mari.

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