Pourquoi il “faut” commencer par l’arabe standard ? (الفصحى) et pas par la darija ?

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Attention : il faut commencer par le fusHa si on veut apprendre l’arabe. Si on veut comprendre et se faire comprendre au Maroc, sans s’intéresser aux informations à la télévision, par exemple, on peut commencer par la darija.

Le nombre de variétés d’arabe est un peu difficile à comprendre. Je reviendrai un jour sur l’évolution de la langue arabe, avec l’arrêt qu’a constitué la révélation coranique, car cela me passionne. En attendant, pour résumer, il y a un arabe “commun”, avec plusieurs niveaux de sophistication, et des arabes “locaux”, qui sont les dialectes.

L’arabe classique / standard

L’arabe standard est aussi appelé  الفصحى   , et il est la base de l’arabe écrit. Il regroupe en réalité l’arabe littéraire (qui est aussi celui du Coran), et l’arabe écrit et formel actuel. C’est celui qui est enseigné à l’école. L’arabe actuel, qu’on appelle aussi فصحى العصر    est une simplification de l’arabe classique mais il ne le modifie pas. C’est un peu l’évolution qu’a connu le chinois après la révolution (et la simplification des idéogrammes), ou tout simplement celle du français à travers ses réformes de l’orthographe !

Différences entre l'arabe littéraire / coranique et standard

Les principales différences sont :

  • certaines simplifications grammaticales (qui correspondraient à “je peux ?” au lieu de “puis-je”)
  • l’introduction de mots qui n’existaient pas à l’époque coranique, comme certains d’entre eux sont étrangers, ils comportent des sons qui n’existent pas en arabe classique, on a développé des signes pour les noter (par exemple, le P dans “computer”, je vous en ai parlé dans l’article sur les sigles)
  • l’abandon de la “vocalisation” quand elle n’est pas indispensable à l’arabophone pour comprendre le sens (les non-arabophones ne vous remercient pas)
  • l’utilisation de signes de ponctuations importés qui n’existaient pas en arabe classique

Si on compare à l’évolution de la langue française par rapport au latin, imaginons que nous soyons tous obligés de suivre tous nos cours à l’école en latin, mais dans un latin moderne, qui peut parler d’ascenseurs et d’ordinateurs (et qui existe, on le parle au Vatican, il y a même un Assimil Latin). Mais ce serait du latin. Avec quelques variantes de prononciations locales (comme l’accent du midi par rapport à l’accent pointu des parisiens).

Les “dialectes”

A côté de cet arabe standard, la langue a évolué au cours des 1.400 dernières années. Les modifications ont été beaucoup plus profondes. Si le substrat arabe est toujours présent, le vocabulaire a énormément divergé, en fonction de l’histoire de chacun de ces pays, les prononciations se sont énormément éloignées du standard, la grammaire peut-être modifiée, enfin les expressions courantes varient (comme le pain au chocolat et la chocolatine en France).

Les différents dialectes sont répartis en quatre grands groupes :

  • en Afrique du Nord, la Darija
  • en Egypte, Masri
  • au Moyen-Orient, Shami
  • dans les pays du Golfe, Khaliji

qui vont eux-mêmes se subdiviser en de nombreux sous-groupes, jusqu’à arriver au niveau de différenciation qui correspond à nos patois.

Ces “dialectes” sont ceux qu’il faut parler / comprendre au quotidien, en fonction du pays où l’on vit. Par rapport à notre arabe standard, ce sont les langues d’aujourd’hui, l’italien, le français, l’espagnol. Si vous avez appris le standard, vous pourrez plus facilement apprendre et comprendre le dialecte.

La deuxième raison pour laquelle l’étude du standard est une base importante est l’écriture (l’orthographe). Dans les dialectes, en tout cas en shami et en darija, par exemple, le Tha, qui se prononce comme un th anglais doux (thing) en standard est devenu un t. Au lieu de dire “thalatha” pour “trois”, on prononce “talata”. Mais on écrit bien avec un tha, et si vous ignorez le standard, vous aurez beaucoup plus de mal à retenir l’écriture, et donc à LIRE. Car même si on écrit de plus en plus en “darija”, on conserve l’orthographe du standard pour les mots qui ont simplement changé de prononciation.

Etes-vous oral ou visuel ?

On a chacun sa façon d’appréhender une langue. Si vous êtes essentiellement oral, si vous ne vous intéressez pas aux journaux, apprendre le standard peut-être une étape inutile. Mais si vous avez, comme moi, une mémoire visuelle, si vous souhaitez lire l’arabe, les auteurs modernes, alors commencez par le standard : pour un adulte, il est beaucoup plus facile d’apprendre la règle de base et ses déformations que de commencer par une déformation, avec toutes ses anomalies.

Et mes cours de latin et de grec à l’école m’ont donné une bonne orthographe en français, que j’espère avoir un jour en arabe !

 

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A propos de l'auteur

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Marie-Aude Koiransky est arrivée au Maroc en 2004. Elle s'est installée à Ouarzazate, avec son mari qui travaillait alors dans le tourisme, puis à El Jadida, enfin Casablanca. Pendant 10 ans, elle a parcouru le Maroc dans tous les sens "géographiques et sociaux". Elle gère une agence web qui propose des services de référencement et de création de sites et une société qui aide les lecteurs d'O-Maroc (et d'autres personnes) à s'installer au Maroc ou à y développer un projet professionnel. Elle intervient souvent sur des forums de voyage, et a voulu faire ce site pour centraliser les conseils aux expatriés. Diplômée de Sciences Po Paris en 1985, a a travaillé pendant plus de vingt ans dans des grands groupes internationaux (Apple, Ernst&Young et Bertelsmann) avant de s'installer au Maroc.

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