En 2010, lors d’un de mes nombreux trajets Ouarzazate – Marrakech (à l’époque nous faisions au minimum un aller-retour par semaine), je me suis arrêtée pour prendre une photo de bouteilles de gaz posées sur un muret, le long de la route. Elles avaient sûrement été posées là par les habitants des maisons en contrebas, pour être échangées avec des bouteilles pleines par un camion de « ravitaillement ».

J’ai toujours aimé cette photo, presque monochrome, l’usure des bouteilles cabossées, rouillées, hors d’âge, qui ne devraient plus être en service, les ombres longues de la fin de l’après-midi.
Et j’ai immédiatement reconnu mon petit bout de mur sur cette photo prise récemment, trouvée sur le site de l’Association MCA :

Le mur a douze ans de plus, il a résisté aux intempéries et au séisme. Par contre, les maisons qu’on devine à peine à leur fenêtre (taches bleues entourées de blanc) sur la première photo ont complètement disparu. Le paysage n’est plus le même, j’imagine que la jolie mosquée du fond de la vallée, avec son minaret carré et ses décorations rustiques, régulièrement entretenues, a bien souffert aussi.

Depuis le séisme, je regarde régulièrement toutes ces photos que j’ai prises pendant une dizaine d’années de voyages dans le sud, Tinmel aujourd’hui menacée, Amiziz, Ouirgane, Asni, tellement de villages que l’on voyaient du haut de la route, sans savoir leur nom.
J’ai eu la chance que personne, dans ma belle-famille, ne soit victime du séisme. Cela ne m’empêche pas de penser aux autres, avec l’hiver qui approche « enfin » mais qui signifie un froid intense la nuit.
Et je viens de me rendre compte que j’avais peur de retourner sur ces routes superbes pour y voir ce spectacle de désolation.

Ces bouteilles de gaz sont un détail insignifiant. Il faut mes réflexes visuels de photographe (et la connaissance que j’ai de « où et quand » ont été faites mes photos) pour pouvoir rapprocher avec autant de certitude ces deux images.
Et cela m’a fait plonger, encore une fois, ce soir, dans la nostalgie de ces paysages et le chagrin pour les gens qui vont souffrir pendant plusieurs années, le temps de la reconstruction, le temps du deuil aussi, qui se fera tellement plus difficilement dans un environnement où tout vous rappelle le traumatisme du séisme.
Une coquille ou une erreur de syntaxe ? Vous pouvez sélectionner le texte et appuyer sur Ctrl+Enter pour nous envoyer un message. Nous vous en remercions ! Si ce billet vous a intéressé, vous pouvez peut-être aussi laisser un commentaire. Nous sommes ravis d'échanger avec vous !




