L’embauche des jeunes marocains diplômés d’écoles étrangères

10 Déc 2017 par Bernard R.

L’embauche des jeunes marocains diplômés d’écoles étrangères

C’est dans l’air… jeudi matin, j’ai entendu un débat sur Luxe Radio qui complétait parfaitement mon article sur les offres d’emploi de consultants, sur la problématique de l’embauche au Maroc de jeunes marocains, diplômés de grandes écoles françaises.

Pour résumer :

  • les familles marocaines font des efforts importants pour financer les coûts de scolarité en France, sans commune mesure avec ceux des écoles marocaines (auxquels il faut rajouter tout le coût de l’expatriation). Ces efforts doivent être rentabilisés, ce qui fait que le salaire d’embauche pour le premier emploi est important.
  • les entreprises marocaines ne peuvent pas, quant à elles, rentabiliser de tels niveaux de salaires, particulièrement pour des débutants. Selon l’étude Careers in Morocco qui servait de point de départ au débat, 41% de ces diplômés attendent un salaire de sortie d’école de 30.000 dirhams / mois, qui semblait beaucoup trop élevé pour les participants à la table ronde.
  • en plus de la rentabilité, les entreprises marocaines doivent aussi respecter une justice et une grille de salaire cohérente, et ne peuvent se permettre des écarts trop importants avec les diplômés d’écoles marocaines.
  • en conséquence, en général, le premier emploi d’un jeune marocain diplômé à l’étranger sera à l’étranger. Orange, présente à la table ronde, indiquait ainsi embaucher quasiment uniquement localement au Maroc, et embaucher ces « MDE » (Marocains diplômés à l’étranger) pour des postes en France ou en Espagne.
  • au bout de quelques années, d’autres préoccupations deviennent plus importantes, comme l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, et les jeunes marocains sont plus prêts à faire des concessions pour revenir au Maroc, se rapprocher de leur famille, etc.
  • enfin, la qualité de la formation a été un des sujets, avec le fait qu’il existe aujourd’hui de nombreuses écoles privées proposant une formation supérieure de qualité au Maroc, alors que les universités, à l’exception de quelques filières (sciences humaines, droit) ont des cursus qui ne correspondent pas du tout aux attentes des entreprises, se transformant en fabriques à chômeurs.

Comment comparer les salaires entre la France et le Maroc ?

Les écoles ont l’habitude de donner à leurs élèves des informations sur les salaires qu’ils peuvent espérer pour un premier emploi, basées à la fois sur des statistiques et sur des objectifs marketing (l’école doit aussi se « vendre » pour attirer des élèves).

La difficulté va donc être de transposer ces salaires français en salaires marocains, pour apprécier réellement l’écart de rémunération.

Salaire brut vs. salaire net

Déjà, au Maroc, on raisonne en salaire net lors des négociations. La communication se fera en « net mensuel« , même pour des postes de cadre, le recruteur mentionnant en plus les bonus, primes d’objectif, treizième ou quatorzième mois. A charge au candidat de reconstituer son « net annuel » s’il veut comparer des offres.

Cette mécanique peut être assez compliquée pour rapprocher un brut annuel mensuel français d’un net mensuel marocain, sans oublier les variations de taux de change. Si, par facilité, nous continuons à utiliser le taux de change de 1 € = 10 dirhams, en réalité, aujourd’hui, un euro est à plus de 11 dirhams.

Rapport « qualité prix » des cotisations

C’est le point le plus défavorable au Maroc. La très mauvaise qualité de la santé publique rend obligatoire, bien plus qu’en France, une mutuelle privée. En plus du salaire net, il faut donc se renseigner sur le package social, en vérifiant les bases de remboursement. (On en reparlera en détail dans un autre article, en résumé les médecins pratiquent souvent des tarifs de l’ordre de 200% à 300% du tarif « conventionné »).

Logique d’imposition différente

Enfin le calcul de l’impôt sur le revenu au Maroc est totalement différent de ce qui se pratique en France. La notion de foyer fiscal, de quotient familial, n’existent pas. L’impôt n’est pas progressif, comme en France, mais le taux d’imposition est appliqué sur la totalité du revenu.

Autrement dit, une augmentation légère du revenu imposable, qui fait changer de tranche, peut augmenter fortement l’impôt sur le revenu global. Les taux d’imposition sont beaucoup plus élevés au Maroc et la non-progressivité de l’application des tranches rend beaucoup plus coûteuses pour les entreprises des augmentations légères de salaire net.

Dans le tableau, on voit que l’augmentation de revenu net de 10.000 dirhams qui fait passer le salaire de la tranche de 30% à celle de 34% doit compenser sur le brut une augmentation de l’impôt de 6.600 dirhams.

Maroc France
Revenu net annuel
En dirhams
Taux Revenu net annuel
En euros
Converti en dirhams Taux
Non imposable 0 – 30.000 0  0 – 9.807 0 – 109.270 0
Tranche 1 30.000 – 50.000 10%  9.807 – 27.086 109.270 – 301.792 14%
Tranche 2 50.000 – 60.000 20%  27.086 – 72.617 301.792 – 809.100 30%
Tranche 3 60.000 – 80.000 30% 72.617 – 153.783 809.100 – 1.716.450 41%
Tranche 4 80.000 – 180.000 34%  > 153.783 > 1.716.450 45%
Tranche 5 > 180.000 38% NA

Comparer le niveau de vie plutôt que le salaire ou le revenu net

A partir de là, on peut s’amuser à comparer les taux d’imposition globaux sur les salaire.  Au Maroc, avec un salaire net à 15.000 dirhams / mois, on fait partie des privilégiés (avant dernière tranche de l’IR), alors qu’en France on est tout juste imposable. C’est seulement pour les très hauts revenus que la tranche à 45% « fait mal » et égalise le taux de prélèvement global.

Aussi, en dehors de la problématique de remboursement de prêts ayant servi à financer les études, il faut beaucoup plus regarder le niveau de vie que donnera un salaire, plutôt que de se focaliser sur les chiffres.

Or cette comparaison n’est pas si simple qu’elle en a l’air. Le coût de la vie à Casablanca n’est pas le même qu’à Rabat, proche, Marrakech, Agadir ou Tanger, pour ne citer que les grandes villes.

Casablanca par exemple, est le centre économique du Maroc. Avec son internationalisation, son rôle de hub africain, elle attire de nombreux étrangers et de nombreuses fortunes, et se classe régulièrement parmi les villes chères en Afrique.

Si nous pensons qu’il faut entre 10.000 et 15.000 dirhams par adulte pour vivre correctement au Maroc, en réalité, plus le niveau de revenu est élevé, plus le coût de la vie augmente, plus que proportionnellement, pour rejoindre un coût de la vie presque européen ; plus le revenu est élevé, plus on aura tendance à dépenser dans les loisirs, dans un investissement immobilier, dans des produits importés qui coûtent aussi cher, sinon plus, qu’en Europe.

Autrement dit, l’avantage « coût de la vie », réel en début de carrière, va avoir tendance à diminuer avec la progression de la carrière, si on veut mener une vie totalement occidentalisée.

Sans oublier la qualité de vie

Reste le dernier facteur à prendre en compte, difficilement quantifiable : la qualité de la vie.

Au delà des clichés touristiques de la cordiale et chaleureuse hospitalité marocaine, la vie au Maroc présente de nombreux avantages :

  • en premier lieu, parce que j’écris cet article au mois de décembre, quand une vague de froid va frapper le Maroc et a déjà recouvert l’Europe de neige… la météo. Le temps au Maroc reste, à quelques exceptions (Ouarzazate, les villes du Rif) beaucoup plus clément en hiver. Les villes côtières permettent de profiter de la plage toute l’année, et de se baigner une bonne partie du temps.
  • une certaine douceur de vivre, avec un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. En entreprise, les horaires démentiels ne sont pas de mise, les vendredis après-midi sont tranquilles (car même si vous voulez travailler, un certain nombre de vos contacts seront à la mosquée, en train de manger le couscous, en train de digérer le couscous…).
  • pour les jeunes marocains, le fait d’être près de sa famille est un plus.
  • un état d’esprit globalement beaucoup plus dynamique et positif que la déprime française ; Marie-Aude dit souvent que le Maroc est trop pauvre pour se permettre de pleurer sa gloire passée comme le fait la France, il se contente d’avancer et de se développer.
  • au milieu d’un environnement administratif lourd et tatillon, plus de facilité pour créer de nouveaux projets, monter son entreprise : à la différence de la France, on peut souvent s’arranger avec les contraintes (et sans que cela passe obligatoirement par la case corruption)

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