Alcool et restaurant pendant Ramadan – la loi et la pratique

27 Juin 2014 by Marie-Aude

Alcool et restaurant pendant Ramadan – la loi et la pratique

Chaque année, les nouveaux européens arrivés au Maroc découvrent la réalité de la vie pendant le mois de Ramadan : le Maroc tellement tolérant à l’égard de la consommation d’alcool devient soudainement beaucoup plus strict, et de nombreux restaurants ferment jusqu’au soir, même si ils étaient essentiellement fréquentés par des européens.

Si ce n’est pas parce que la clientèle n’est plus là, pourquoi donc ?

La loi sur la vente d’alcool aux musulmans

Il faut distinguer deux choses différentes : la vente d’alcool, et la restauration en public. Dans les deux cas, la loi est claire : il est interdit de vendre de l’alcool à un musulman, il est interdit à un musulman de manger en public pendant qu’il doit faire le jeûne de Ramadan, il est interdit de « participer » à ce délit en lui vendant de la nourriture ou de l’alcool pendant Ramadan.

Pour ceux qui font attention aux détails, vous noterez que je n’ai pas écrit « il est interdit de vendre de l’alcool à un musulman pendant Ramadan ». En effet, légalement, cette interdiction s’applique toute l’année. Simplement, en dehors de la période de l’Aïd El Kébir, tout le monde ferme les yeux en appliquant la bonne vieille schizophrénie marocaine. (Le Maroc étant d’ailleurs un producteur de vins de qualité).

En pratique, donc, si vous n’êtes pas musulman, vous pouvez toujours acheter de l’alcool pendant Ramadan, dans les points de vente qui restent ouverts – avec discrétion et horaires réduits, mieux vaut passer à dix heures du matin que juste avant le F’tour ou après la rupture du jeûne, quand les musulmans vont à la mosquée. Vous devrez juste prouver que vous n’êtes pas musulman, ce qui se fait en montrant son passeport ou sa carte d’identité marocaine.

Repas marocain avec vin local

Un repas impossible pendant Ramadan

C’est là qu’on se heurte à une première difficulté, la religion n’étant pas inscrite sur ses documents. On va donc se baser sur votre nom pour connaître votre religion. Si les hasards de la vie vous ont donné un nom « musulman » (arabe en réalité), alors que votre famille n’est pas musulmane, alors tant pis, vous ne pourrez pas acheter d’alcool (on rappellera qu’il y a environ 5% des habitants arabes du Moyen-Orient qui ne sont pas musulmans, mais coptes, maronites, etc…)

Si il enfreint cette loi, le détaillant risque gros : amende, perte de la licence d’alcool, fermeture administrative, voire prison.

C’est pour cela, et pour échapper aux tracasseries administratives plutôt lourdes, qu’un grand nombre de magasins arrêtent de vendre de l’alcool pendant Ramadan. Les autres raisons étant :

  • ne pas choquer leur clientèle musulmane
  • ne pas attirer une « faune » qui est en manque d’alcool et qui va essayer de s’approvisionner à tout prix, notamment en tournant autour du magasin et en demandant aux clients européens de leur acheter des bouteilles.

L’interdiction de manger ou de boire en public

Si le Maroc est moins strict que d’autres pays – par exemple, en Tunisie et en Egypte, les vitrines des restaurants sont masquées avec du papier journal – il n’en reste pas moins que rompre le jeune avant l’heure en public est un délit quand on est musulman. Cela concerne donc la nourriture, mais aussi le fait de boire une simple gorgée d’eau.

Là encore, ce délit est passible de prison. La loi est contestée par les réformistes marocains, et chaque année des pique-niques publics de dé-jeuneurs sont organisés et réprimés par la police.

Il faut être honnête, si le marocain moyen peut être préoccupé par la corruption, la démocratie ou le chômage, la laïcisation et l’abrogation de la loi ne le concernent absolument pas (ou alors il est contre).

L'entrée de la Sqala, qui ouvre seulement pour le Ftour

La plupart des restaurants font comme la Sqala de Casablanca et changent leurs horaires

Quoi qu’il en soit, cela implique pour le restaurant ouvert à midi des contraintes fortes : vérifier l’identité et la religion de tous ses clients, sans exception, pour refouler ceux qui « doivent faire le jeûne ». Eh oui, c’est là que ça devient hyper-compliqué : on peut être musulman et être dispensé de jeûner : les diabétiques, par exemple, ou les femmes enceintes ou qui ont leurs règles.

Dans les zones touristiques, la tolérance reste élevée et les restaurants ouverts, sans contrôle des passeports. Mais quand on sort de ces zones touristiques, c’est plus difficile.

Et puis un deuxième problème se pose : quand le chef est musulman, faire une bonne cuisine sans goûter, c’est difficile. Rester dans la chaleur d’une cuisine sans boire, c’est difficile. En plus il faudra avancer le service du soir, pour servir le F’tour.

Alors pour la même raison : éviter les complications et les risques, de nombreux restaurants décident de fermer à midi.Voire même complètement pendant le mois de Ramadan.

En pratique, pour celui qui ne fait pas Ramadan

Sauf à vivre dans le bled il est toujours possible de trouver au moins un restaurant ouvert à midi (au pire, un restaurant d’hôtel ou un MacDonald).

Les repas en terrasse sont impossibles, par contre.

Il est correct de ne pas manger un sandwich en pleine rue, il est illégal de boire de l’alcool en public et il est recommandé de ne pas vider une grande bouteille d’eau bruyamment devant un marocain épuisé par la chaleur et la soif.

De nombreux cafés laissent leur terrasse ouverte à disposition pour leurs clients habituels qui s’y assoient sans consommer, mais en lisant leur journal ou en discutant entre amis. Si vous posez discrètement votre bouteille d’eau par terre pour en boire rapidement une gorgée ou deux de temps en temps, et que vous n’avez pas l’air trop marocain, personne ne vous fera de gros yeux…

L’année dernière, à El Jadida, je profitais avec un grand plaisir des cafés de la plage, dont les tables étaient à l’ombre, avec vue sur une plage déserte… l’un d’entre eux acceptait même de me servir une pizza, au fond de la salle !

Plage d'El Jadida

Pendant Ramadan, les plages sont désertes

De toute façon, vivant avec un Marocain qui fait Ramadan, je mange très peu dans la journée : sinon, avec le F’tour et le diner au milieu de la nuit, je prendrais de nombreux kilos à chaque Ramadan !

La ruée sur l’alcool

C’est le même phénomène chaque année, les anxieux, les gros consommateurs, les étourdis se précipitent dans les débits d’alcool à la dernière minute. Les chariots chargés de bouteilles qu’on voit à la sortie de Metro ou des supermarchés pendant les trois-quatre derniers jours sont assez impressionnants !

C’est réellement la même réaction que pendant la prohibition américaine, plus l’alcool était interdit, plus on en vendait. Personnellement, j’apprécie ce mois pour essayer de faire une cure détox. Mais si ce n’est pas votre cas, sachez que de nombreux magasins mettent en place leur nouvelle organisation quelques jours avant Ramadan : soyez prévoyants et n’attendez pas la dernière minute ! Ramadan commence demain…

 

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 caractères disponibles (vous êtes en train de faire un commentaire, pas un article de blog, soyez concis pour conserver le plaisir de la lecture)