Prévoir sa sécurité quand on voyage

23 Avr 2013 par Bernard R.

Prévoir sa sécurité quand on voyage

Partage d’une mésaventure qui m’a bien angoissé…

Si je suis venu avec ma femme au Maroc, c’était pour échapper à un mode de vie un peu trop « course de rat », et construire une autre activité. Les aléas de la construction d’un riad n’étaient pas une surprise pour nous, et je savais que je devrais continuer à faire le consultant pendant un certain temps, mais peu à peu, nous nous demandions avec Stéphanie, si nous avions fait le bon choix : nous ne nous voyions pas plus qu’avant, je voyage toujours autant, et pour elle, à Zagora, c’est nettement plus difficile de se distraire.

On a donc décidé, peu avant les vacances de Pâques, de s’offrir des vacances, et de découvrir de nouvelles pistes dans la région que nous avions choisie. J’avais tout planifié pour pouvoir faire un vrai break, avec l’engagement de ne pas être pendu à mon téléphone portable toute la journée…

Le premier jour de trek dans le désert, je me détends un peu. L’effort physique prend le dessus et j’en oublie presque qu’à tout moment, mon téléphone peut sonner et me ramener à la réalité de mon métier de consultant. Et puis il y a Marion et Antoine, des Français rencontrés à Zagora, avec lesquels nous sommes ravis de prendre quelques jours de vacances.

Le troisième jour, les choses se corsent. Vers midi, le vent se lève brusquement et nous contraint à dresser le campement en urgence. En quelques minutes, le sable s’engouffre dans nos vêtements, nos yeux et nos bouches, le chêche reprend son utilité première, et malgré tout je dois plisser les yeux…

Au début, on en plaisante, c’est comme dans un film, on évoque d’ailleurs la gigantesque tempête de sable de Hidalgo qui a été tournée pas très loin d’ici, à Ouarzazate.

Nos compagnons de route ne s’affolent pas, cela fait partie des risques à prendre lorsqu’on se confronte au désert. Après trois ou quatre heures immobilisés, nous pouvons repartir.

C’est à ce moment que je découvre, en plongeant mes mains dans mes poches, mon téléphone entièrement recouvert de sable. Catastrophe. Je prends du retard sur le convoi, ouvre l’engin, souffle dans les moindre recoins pour éliminer tout grain de sable… Je suis en possession d’un mobile très performant à la maison, mais pas d’un téléphone solide pouvant braver le désert marocain! Et ce soir, j’ai un conf call avec des clients importants.

Stéphanie n’a pas pris de téléphone avec elle, et je finis par prendre celui de Mohamed, notre guide (avec ma carte), pour pouvoir être présent à l’heure dite. Et je lui vide sa batterie … Surtout, ce n’est qu’un téléphone standard, pas moyen de lire des mails dessus, et j’en attends un urgent.

Le lendemain, à force d’essayer d’activer la bête, le téléphone redonne signe de vie. Juste assez pour me laisser lire les mails, et puis ça y est, c’est le décès.

Et ma réponse doit impérativement partir dans la journée. Nous sommes en plein désert, dans la soirée c’est un bivouac, avec méchoui, la fête pour l’anniversaire de Stéphanie.

Mohamed me propose d’appeler l’auberge d’où nous sommes partis il y a deux jours, pour qu’on vienne me chercher en quatre-quatre, mais il est déjà tard dans la matinée, cela veut dire que je ne serai pas de retour le soir, et ça, je sens bien que ma Stéphanie va se transformer en une Gaby Solis en furie si je lui fais le coup.

C’est Marion qui me sauve, qui a elle aussi besoin d’une connexion permanente pour son travail. Pas de souci de son côté, depuis le début du trek, elle communique par mail avec le reste de la planète. Mais via un opérateur différent du mien. Alors me revient en mémoire les recommandations de Stéphanie, lors du choix de mon mobile: « Prends un smartphone double SIM, tu seras plus tranquille… » Mais non, j’ai opté pour un smartphone classique, opérateur unique, et donc, en cas de mauvaise couverture, impossible de se rabattre sur un autre. Je n’ai pas le choix : emprunter le téléphone de Marion le temps de régler ces problèmes.

Lessons learned : ici, c’est le désert. Et même si il est « civilisé », même si à aucun moment nous n’avons été en danger, quand on a un besoin vital de pouvoir communiquer en permanence, il faut y mettre le prix. Marion me raconte qu’une fois, pendant une croisière de plongée en Mer Rouge, elle a laissé tomber son téléphone à l’eau. Comme c’était un mobile étanche, elle n’a pas eu de problèmes.

L’eau bien sûr, est moins gênante dans le désert. Mais je ne veux plus jamais me retrouver dans cette situation, et surtout je veux avoir l’esprit libre, pour les fois où Stéphanie et moi partons à deux à l’aventure. Nous avons déjà fait des pistes extraordinaires, comme celles de Jaffar, ou du côté de Guelmim, en profitant de notre solitude. Je me suis rendu compte que cette solitude pouvait avoir un prix.

Et désormais, en bon consultant, je planifierai mes aventures :

  • un matériel adéquat avec un portable tout-terrain (que je dois d’ailleurs acheter lors de mon prochain voyage en France, trop cher ici, donc si vous avez des bonnes adresses, je prends)
  • toujours partir à deux voitures, ou, si nous partons seuls, informer de notre itinéraire, de l’endroit où nous devons arriver, à quelle heure
  • une bonbonne de 5 litres d’eau par personne dans la voiture (quand il fait vraiment chaud dans le désert, c’est la ration d’une journée)
  • et toujours un vêtement chaud, et des couvertures, pour pouvoir passer la nuit si il y a besoin.

Le climat du Maroc est aléatoire. Il peut y avoir de très fortes pluies à n’importe quelle saison, l’hiver la neige peut bloquer les cols, les routes ne sont pas toutes bien entretenues… on ne part pas faire une randonnée dans le Mont Blanc en tong, c’est la même chose ici : prévoir un équipement de survie c’est souvent quelques kilos inutiles dans une voiture, mais si on en a besoin et qu’il n’est pas là, la balade peut tourner à la catastrophe.

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