Moroccoronavirus diaries – 2 – Rester chez soi

18 Mar 2020 by Marie-Aude

Moroccoronavirus diaries – 2 – Rester chez soi

Le confinement total n’a pas encore été complètement déclaré, contrairement à la France. Aujourd’hui on a eu une annonce dans la rue [que je n’ai pas comprise, elle était en arabe]. Le confinement semble être sur une base volontaire, mais contrôlé par les forces de l’ordre. Va comprendre… c’est comme le changement de fuseau horaire « expérimental à titre définitif ».

Jusqu’à maintenant, la grande majorité des cafés et restaurants ont respecté l’interdiction, beaucoup de boutiques ne sont ouvertes que sur demande, les hanouts (en tout cas celles de mon quartier) reçoivent les clients un par un, obligeant les autres à faire la queue dehors.

Les transports en commun continuent à fonctionner, avec des restrictions (pas plus de 100 personnes assises par rame dans le tramway de Casa), des désinfections. J’ai reçu des tas de communications de banques, sociétés et autres prestataires, m’expliquant qu’ils restaient ouverts.

Glovo n’a plus assez de livreurs, et offre 20% de réduction sur tous les repas à livrer. J’ai assuré mon approvisionnement grâce à mon marchand de fruits et légumes du Marché Central, qui me livre toutes les semaines. Il me reste à assurer celui des chats, la ligne des croquettes est dangereusement basse. La pollution est nettement moins importante, le calme se maintient dans mon quartier.

Je m’auto-confine

Casanière de nature, j’avoue que ne pas sortir de chez moi ne me pose pas vraiment de problèmes. En cas de besoin, j’ai tout le nécessaire « vital » à moins de cent mètres. De nature écureuil avec de la mémoire, j’avais des stocks déjà assez importants. Je travaille en home office la plupart du temps, la plupart de mes amis et connaissances habitent assez loin. J’ai juste fait hier quelques démarches administratives, et aujourd’hui, je suis restée à la maison, à câliner les chats.

J’ai demandé à la femme de ménage de ne plus venir pour l’instant. Elle en a pour plus d’une heure de transport en bus et taxis, cela me paraît aberrant de lui faire prendre ce risque (et à moi aussi pour être honnête). En même temps, je suis gênée, car elle n’a pas les mêmes filets de sécurité que ceux déployés en France (ou même aux Etats-Unis). Et, jusqu’à nouvel ordre, moi non plus. Free-lance, j’ai encore le souvenir de la grande crise qui a suivi l’effondrement des subprimes. Repartira, repartira pas ? On verra dans trois semaines.

J’ai découvert que je connaissais directement deux personnes qui connaissaient un cas déclaré de Coronavirus. Le Maroc en reconnaissant au moment où j’ai fait le compte, entre 40 et 50, je me suis posée des questions au sujet de cette concentration, car je connais peu de monde, en fait, ici.

Les « riches » contamineront les « pauvres »

Comment expliquer cela ?

  1. les cas de coronavirus sont nettement plus nombreux (sans doute, oui, mais comme partout)
  2. je n’ai pas de chance
  3. tout le monde connait tout le monde au Maroc (c’est un peu vrai, mais pas à ce point là)

J’en ai conclu qu’au Maroc, la transmission du coronavirus va être atypique, contraire même à celle dont je vous parlais hier. Car ce sont les classes moyennes et supérieures qui sont le plus en contact avec les étrangers, qui voyagent le plus, et qui sont donc le plus susceptibles d’être contaminés. Et les acteurs du tourisme. Mais ce sont clairement eux les premiers agents de contamination, eux qui importent cette maladie, tout en risquant moins les conséquences que ceux qui n’ont que l’hôpital public, pas d’assurance ni contrat de travail.

Madame Tazi est allée en vacances en Espagne, elle rentre avec le corona, c’est sa « petite bonne » et son chauffeur qui vont l’attraper et le répandre à Hay Mohammadi ou Lissasfa…

Plein de questions à la con … ou pas

Comment peut-on réellement désinfecter le pain, les légumes ? Faut-il renoncer à mes convictions écologiques et n’acheter que des produits emballés sous plastique (et est-ce utile ?)

Faut-il confiner mes chats ? (Non, ils ne transmettent pas le virus. Oui, je n’ai pas envie de leur courir après partout dans le quartier)

Ce frisson, c’est le froid ou le début de la maladie ? (aux dernières nouvelles, ça a disparu dès que j’ai mis le chauffage, ça ne ressemble vraiment pas à une forte fièvre)

Comment faire comprendre aux gens que je me traîne une toux épisodique depuis six mois (pollution, toussa, toussa) et que mes trois quintes par jour ne sont pas un symptôme ?

A quelle fréquence se laver les mains quand on est tout seul avec soi-même ?

Est-on mieux au Maroc ou en France ? J’ai vu sur un site l’histoire de ce patron anglais enjoignant à son salarié français de rentrer chez lui, pour ne pas expérimenter le système de santé britannique. On est sans doute encore moins bien lotis que les anglais, ici, mais on a d’autres avantages.

Que deviennent les amis, la famille, en France, en Italie, en Allemagne ?

Internet va-t-il tenir devant la consommation massive ? (La nuit dernière je me suis « offert » la Bohème en streaming gratuit par le Metropolitan Opera, même là il faut faire la queue).

Auto-confinement moral et hygiène mentale

J’ai changé mes habitudes de surf sur internet. Je ne m’autorise que deux séances d’actualités par jour, le reste du temps je me concentre sur d’autres centres d’intérêts, et je filtre même le mot « coronavirus ». Cours de dessin à distance, cuisine, plein de petits projets que je n’avais pas eu le temps de faire. Cette pause est absolument imprévue – et économiquement catastrophique – mais autant en tirer quelque chose.

Surtout, il s’agit pour moi d’éviter l’angoisse des autres, avec laquelle j’entre tellement facilement en résonance, sous des dehors de fausse calme. Les grandes discussions, les reproches, les « il faudrait faire ci, il faudrait faire ça » de tous les vrais et faux experts, les crises d’énervement sur Facebook, tout cela pollue et ne change rien à ma santé ni à celle des autres.

Que je vous souhaite, à tous, excellente !

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