Moroccoronavirus dairies – 4 – Première sortie

24 Mar 2020 by Marie-Aude

Moroccoronavirus dairies – 4 – Première sortie

Munie de mon autorisation de sortie – distribuée en groupe par le moqqadem, avec une signature qui ressemble très fort à un tampon, pas de cachet – j’ai fait ma toute première sortie après huit jours de confinement.

Pas de bol, juste au moment où il a commencé à pleuvoir très fort, une belle « giboulée de Mars ». J’ai donc attendu sagement, à distance, sous des arcades, que cela se calme.

Première constatation : peu de monde dans la rue, quelques tout petits groupes. Les taxis qui passent n’ont pas de passager à l’avant. Peu de gens portent des masques (mais on voit des FFP2), très peu ont des gants en latex ou des gants tout court.

Une fois l’averse calmée, passage chez le hanoutiste (le petit marchand du coin), pour essayer d’éviter d’aller au supermarché. S’il a des bananes et des bounty (c’est bien les bounty, c’est fait sans huile de palme) il n’a par contre pas de levure. Il observe très correctement les distances de sécurité, on s’éloigne et on se rapproche à tour de rôle du comptoir pour échanger achats et monnaie. Il n’a pas de masque ni de gants.

La pharmacie à côté à mis en place le dispositif « de nuit » : les grilles sont fermées, il y a une ouverture pour l’échange des médocs et de l’argent. Le pharmacien est masqué, mais ne porte pas de gants.

Direction donc mon Marjane Market, à cinq minutes de marche, pour la levure. Je me suis remise à faire mon pain, c’est vraiment le seul truc qui me fait flipper, vu les conditions habituelles chez le hanoutiste (tout le monde touche, y compris le marchand, à mains nues). Je n’ai pas confiance dans la réelle capacité des boulangers à maintenir des conditions d’hygiène strictes, j’en ai trop vu « avant le coronavirus ». Ce n’est pas de la méchanceté, mais de l’ignorance.

En plus, c’est bon, le pain maison !

A un moment, je manque me faire écraser par un fou avec une plaque en ww qui roule à tombeau ouvert, histoire que le coronavirus ne l’attaque pas dans sa voiture toute neuve, à travers les vitres fermées. [J’ai l’habitude des chauffards de Casa, et j’ai vécu à Paris, mais là c’était vraiment très proche de mon genou]

Toujours très peu de monde dans les rues, ni chez Marjane d’ailleurs. Aucun rayon n’est vide, mais il y a eu des réaffectations de linéaires, pour faire plus de place aux produits de base ! Pour les pâtes, les couscous, le choix est très réduit, entre un peu de premiers prix (avec une offre de pâtes Marjane à 2+1 gratuits) et des produits haut-de-gamme qui ne trouvent pas preneur. Je vois un peu plus de masques, les boites de gants sont en vente pour à peu près un dirham le gant.

Perso j’ai mis un gant sur la main droite, pour toucher le caddie et les produits, et je garde la main gauche libre, pour pouvoir céder à mes impulsions de me toucher le visage ! Je déteste le contact prolongé des gants en latex, déjà que je transpire beaucoup des mains d’habitude.

On se croise en évitant de se toucher, de se faire face. Un vieux monsieur qui doit souffrir de la solitude commence à engager la conversation, « il faut prendre beaucoup de choses, je ne comprends pas les gens »… je coupe court (déjà en temps normal ça m’énerve !).

Je ne prends que des produits emballés, pour les fruits et légumes, j’ai la chance de pouvoir me faire livrer par mon vendeur du Marché Central, Rachid, qui a trois qualités : de bon produits, de l’honnêteté dans les prix, et une grande gentillesse.

Arrivée à la caisse, on se rapproche, sans excès. Les caissières ont un masque, qu’elles ne portent pas toutes sur la bouche, elles sont protégées de nous par une très grande plaque en plexiglas. Un employé – qui ne porte pas de gants – me propose de vider mon caddie et de me le mettre dans des sacs. Je le laisse vider, mais par contre je mets en sac moi-même (pas par phobie, mais pour équilibrer correctement). La personne qui est passée avant moi traîne, traîne, elle est au téléphone au lieu de mettre ses courses dans son sac.

Une fois qu’elle est partie, j’emballe, je récupère ma monnaie, que je range dans une poche à part (inutile, pour info, de laisser les billets « décanter » pendant plusieurs jours, il suffit de les repasser à sec pendant quelques minutes : trois minutes à 67° suffisent à tuer le coronavirus).

(Gentille) tentative de petite arnaque par un taxi

Un taxi passe, ce qui va raccourcir mon retour (c’est un peu lourd, quand même).

Si vous avez lu mon mode d’emploi des taxis marocains, vous savez qu’il y a un prix minimum pour la course, 7,50 dirhams pour les courses de jour. Marjane – chez moi, ça fait dans les 4 dirhams…

Un taxi s’arrête, il est vide, et dès que nous sommes en route, engage le dialogue :

  • Tu vas payer 15 dirhams, me dit-il
  • Ah bon pourquoi ?
  • C’est les nouveaux prix avec le virus
  • Euh ? Tu es sûr ?
  • Oui, c’est officiel
  • Walou, je paye ce que je te dois, les prix n’ont pas changé
  • Ah bon, alors tu me donnes 10 dirhams
  • Ecoutes, si tu n’avais pas essayé de me prendre 15 dirhams, je te les aurais donnés, les 10, je fais toujours ça, mais là, je te donne ce que je te dois, 7,50
  • Ah pardon madame, je plaisante avec toi, tu donnes ce que tu veux. Comme tu es française, je croyais que tu es riche !
  • Eh non, toutes les gaourias ne sont pas riches
  • Alors tu ne me donnes rien, je te rends service c’est de bon coeur, on plaisante

En fait je l’ai bien sûr payé, avec un petit pourboire. Il suffisait de demander gentiment, au lieu d’essayer d’imposer.

J’aime bien d’ailleurs, l’excuse « je plaisantais », c’est toujours ce qu’on me dit, quand on se rend compte que je suis moins touriste que je n’en ai l’air. Mais si je ne disais rien…

J’ai apprécié cette sortie sans stress, sans pollution, au calme, avec le soleil revenu. Il y a de tout dans les magasins (même du PQ), pas de flambée des prix. Là où je vis, les gens n’ont pas changé d’attitude. De temps en temps, on voit passer, de mon balcon, les chars, les camions désinfectants, un cortège de very important persons, mais en dehors de cela, passé 18h, la fermeture des magasins, c’est le calme le plus absolu. J’entends même chanter un coq… et je n’ai vu absolument personne pour contrôler mon autorisation de sortie.

Faites attention en traversant la rue ! Sur la chaussée, il n’y a toujours pas de distances de sécurité.

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