Marcel et la villa – fin

1 Fév 2013 par Marie-Aude

Marcel et la villa – fin

Marcel était propriétaire et croyait ses ennuis terminés. Bien au contraire, c’est là que les choses commencèrent à se gâter.

Marcel devait au moins refaire les boiseries, tout l’aménagement intérieur, et agrandir les chambres, planter la pelouse, creuser la piscine. Pour pouvoir héberger plus de monde, il avait imaginer de creuser des habitations pseudo-troglodytes au bout de son terrain, qui descendait en pente douce vers le lac. C’était en dehors des limites indiquées sur son titre, mais je ne sais quel officiel lui avait donné l’assurance qu’on le laisserait faire. L’officiel était un bon ami du Hajj vendeur, d’ailleurs.

Et d’ailleurs cet officiel avait un très bon architecte à lui conseiller, pensez donc un européen, établi à Marrakech, un spécialiste des piscines et des résidences de luxe « comme ce que vous comptez faire ».

C’est au moment où j’expliquais à Marcel qu’aucune promesse verbale sans témoin n’engageait un officiel, qu’on le poussait simplement à croire ce qui lui faisait envie, et qu’il ferait bien de se méfier et de prendre un autre architecte, en dehors de cette clique, que je me fis traiter d’oiseau de mauvais augure, et que Marcel coupa les ponts.

Un sympathique marocain

Le gardien de Marcel aussi avait un grand sourire

Nous avons donc suivi ses aventures par personne interposée, mais tout se sait au Maroc. (C’est le téléphone arabe)

Marcel commença, sur recommandation du Hajj, par embaucher un gardien, en réalité quelqu’un qui gardait la villa voisine. C’était un brave homme, pensez donc il faisait le thé quand Marcel arrivait… et d’ailleurs, il reçu aussitôt un salaire de 1.500 dirhams par mois, pour le motiver à regarder de l’autre côté de la haie une villa vide, et à attendre d’avoir un gazon à arroser.

Puis Marcel contracta avec l’entrepreneur européen de Marrakech, un Suisse je crois. Il recevait 6.000 dirhams par mois pour surveiller les travaux. Marcel lui louait une résidence à Ouarzazate pour qu’il soit confortablement installé pendant qu’il s’occupait de ces travaux dans une villa peu habitable. Et bien entendu payait la location de la voiture pour faire le trajet entre Marrakech et Ouarzazate, une à deux fois par mois. Tout cela en plus des honoraires habituels, en pourcentage du montant des travaux.

Que croyez-vous qu’il arriva ?

L’entrepreneur décida de tout casser, pour refaire du « vrai luxe ». Changer l’escalier de place, le patio, la cuisine. Il fallait des plafonds avec des poutres de palmier, et des roseaux. Il fallait changer entièrement toutes les balustrades, au lieu de simplement les poncer et les revernir.
On commença à planter du gazon, pour faire joli, avant de l’arracher pour creuser la piscine. Piscine qui fut creusée avant de commencer les habitation troglodytes.
Heureusement l’entrepreneur s’aperçut du risque, et décida de ne pas continuer la piscine avant de faire les chambres troglodytes.

Construction de piscine dans un riad

Piscine en cours de construction

Mais le fonctionnaire officiel avait changé de poste, et le nouveau responsable refusait catégoriquement toute construction en dehors des limites du terrain. Il fallu donc reboucher les ouvertures des chambres troglodytes et dire adieu à la rampe qui devait descendre vers le lac et les jet-skis.

Avec tous ces imprévus on était arrivé au mois de mai, et il était trop tard pour planter le gazon.

Ce qui n’aurait pas été possible de toutes façon, car les matériaux de construction et les troncs de palmier était stockés sur la future pelouse, tandis que les gravats du réaménagement intérieur étaient stockés dans le trou de la piscine.

Marcel, occupé à essayer de gagner beaucoup d’argent pour payer tout cela, ne venait pas très souvent au Maroc. Sa villa n’était pas du tout aussi luxueuse qu’il l’avait imaginé !

Villa luxueuse près de Marrakech

Villa luxueuse près de Marrakech

Pour un de ses voyages d’inspection, l’entrepreneur, pour lui prouver que les choses avançaient, fit entièrement repeindre sa façade, d’un très beau rouge sombre qui détonnait totalement avec le rouge « marrakech » de toutes les autres villas.

Il faudrait bien sûr refaire une autre peinture pour obtenir le permis d’habiter.

Mais ce n’était pas urgent, car à l’intérieur, il n’y avait toujours pas d’électricité. Les coffrages en ciment des nouvelles pièces avaient été faits, la cuisine casée où on pouvait, les chambres avaient maintenant chacune une salle de bains, mais l’ouverture des douches était si étroite qu’on ne pouvait y pénétrer que de profil.

Le petit jeu dura deux ans.

Au bout de deux ans, et après avoir vendu sa maison parisienne, Marcel se rendit compte qu’il avait mis, en plus du prix d’achat initial, plus de 2 millions et demi de dirhams dans des travaux qui avaient détruit sa villa. (En tout, environs 260.000 €)

Il porta l’affaire au tribunal.

L’entrepreneur, subitement en faillite, fut condamné à trois mois de prison avec sursis.

Le numéro de portable de Khalid est maintenant peint sur le mur de la villa de Marcel, « à vendre ».

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Cet article a été publié pour la première fois en octobre 2007, sur Casawaves.com .

Depuis, Marcel n’a pas réussi à vendre sa villa. Il en demandait un prix honorable, pour se refaire, mais les acheteurs étaient effrayés par l’état de la bâtisse.

La crise est passée par là, deux ans après, c’était trop tard. J’ai croisé plusieurs fois Marcel « en ville ». Le plus souvent il m’évite, de temps en temps on prend un café ensemble, et il nous explique que c’est presque fini, il n’a plus qu’à remplir la piscine et à faire quelques petites bricoles…

Marcel a je crois divorcé, et sa fille ne vient pas le voir souvent.

Par hasard, cet article est publié un 1° février, jour de la Saint Marcel… bonne fête Marcel !

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7 Commentaires
  1. Karim

    bonjour,

    Le personne qui a écrit cet article est juste incroyable. On lit la vengeance et le mépris dans ses paroles.

    Oui Monsieur ces situations arrivent en France aussi, Marcel n a pas eut de chances. Mais il a bien raison de vous éviter car vous vous rendez heureux sur le malheur des autres. Oui monsieur vous êtes un petit cochon perfide.
    En espérant ne jamais vous rencontrer

    • Marie-Aude

      Bonjour Karim

      j’avoue que j’ai hésité à valider votre commentaire. Pourquoi vous permettez-vous de m’insulter, alors qu’il semble que vous n’ayez pas compris le fond de l’article ? Et que vous ne soyez même pas apte à faire la différence entre un homme et une femme ?

      Quelle vengeance ? Se venger, c’est contre quelqu’un qui vous a fait du mal. En quoi « Marcel » m’a fait du mal ? Le « mépris » ? Non, je ne méprise pas Marcel, je le plains. Je ne méprise pas non plus ceux qui l’ont arnaqué, et vous expliquer pourquoi prendrait trop de temps.

      Ces situations arrivent en France, dites vous ? Pas trop, pas à ce point là. Est-ce que je dois vous renvoyer sur les articles écrits par les journaux marocains, expliquant comment les MRE se font spolier de leurs biens, qui sont vendus par des samsars peu scrupuleux ?

      Ces situations arrivent en France, dites vous ? Oui, aussi, car comme dans tous les pays, il y a de la corruption, des collusions entre les promoteurs immobiliers et les maires de certaines communes, des intérêts financiers.
      Oui, car dans tous les pays, il y a des gens qui perdent la tête quand on leur montre le miroir aux alouettes.

      Mais où est la perfidie à raconter une histoire ?

      Moi je dis que la personne qui a écrit ce commentaire est juste énervée, en fin de journée de jeûne, et qu’elle devrait se rappeler que Ramadan, ce n’est pas seulement jeûner, c’est aussi éviter la colère, les insultes et les mauvaises paroles.

  2. Claude

    Bonjour,

    Des « Marcel » comme celui la , j’en connais quelques uns, à n’écouter aucun conseil, et qui se retrouvent dans une « M » noire, financièrement , psychologiquement, et familialement.

    Par contre je connais personnellement la piscine en construction , même d’avant le trou et les bananiers, et je peux vous rassurer , la maison est terminée, et c’est une maisons d’hôtes qui fonctionne très bien dans son secteur.
    J’y ai fait trempette , il y a tout juste un mois!

  3. Marie-Aude

    Faire trempette dans une piscine là bas fin octobre il faut du courage. Je suis bien contente qu’il ait réussi à finir ses travaux.

  4. Claude

    Et bien , là bas , comme tu dis , il faisait chaud !!

    et pour etre plus précis , c’était le jour de l’Aid …. à huis clos !
    Connais tu la maison et l’homme qui va avec ??

  5. Marie-Aude

    Si on parle bien de la même, oui :) pour en être certain, message privé

  6. Marie-Aude

    Donc pour finir cette discussion :)

    la piscine en question n’est effectivement pas la piscine de « mon » Marcel, mais celle d’un très beau lieu à Taroudant, Dar Dzahra.
    D’une manière générale, les images qui illustrent les histoires de Marcel ne leurs correspondent pas. Si un jour « ce » Marcel là venait sur cet article, ça ne serait pas sympa pour lui !

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