Marcel et la villa

25 Jan 2013 par Marie-Aude

Marcel et la villa

Ce Marcel là avait passé toute sa jeunesse en Afrique, et lorsque sa cinquantaine découvrit le Maroc, le sud du Maroc, celui qui est déjà africain, il eut l’impression de rajeunir. Il n’avait plus qu’une idée, trouver un moyen de s’installer, au moins à temps partiel.

Il avait à Paris une activité libérale, qu’il exerçait dans une maison à Courbevoie, en bordure de Seine. Suffisamment établi pour ne plus vraiment avoir à chercher de clientèle, il s’ennuyait doucement dans son travail. Sa femme avait une activité complémentaire, et elle « gérait la boutique », il était donc tout à fait possible d’envisager de lever le pied, et passer quelques mois par an au Maroc.

Marcel était arrivé à Ouarzazate parce que passionné de fossiles. Il passait des nuits sur internet à négocier des pièces rares, il suivait la trace du plus vieux dinosaure du monde, trouvé pas loin. Il demanda à mon mari de lui trouver une maison, où un terrain à bâtir, il voulait quelque chose qui lui permettre de vivre et d’héberger sa femme et ses deux enfants pendant les vacances scolaires, une pièce pour faire un musée de fossiles, un jardin avec une petite piscine, et de quoi faire une ou deux chambres supplémentaires.

Aussitôt dit, aussitôt cherché. Je fis connaissance de Marcel quand il revint pour une semaine pour voir ce que mon mari lui avait déniché. Je fis aussi la connaissance de Khalid.

Khalid est un intermédiaire. Il vend et achète de tout, et surtout de l’information. Il peut vous dénicher un 4*4, une villa, un contrat de travail pour l’Europe, ou un kilo de viande pour le déjeuner. La plupart des marocains passent par les intermédiaires, et leur feront confiance plutôt qu’à une agence immobilière.

Khalid suivit Marcel pendant toute la semaine, Marcel prenait un café et Khalid s’asseyait à sa table, Marcel voulait fumer et Khalid lui trouvait ce qu’il faut…. Marcel visitait, et Khalid était là pour pouvoir ensuite demander sa commission au propriétaire.

Il y avait deux maisons qui plaisaient bien à Marcel. Et puis Khalid lui proposa d’aller visiter une villa au golf.

Villa au bord du golfe

Les terrains autour du golfe de Ouarzazate

Pour ceux qui ne connaissent pas, le golf de Ouarzazate n’en a que le nom. Il y a quelques années, les nappes phréatiques utilisées pour l’arrosage ont été contaminées par de l’eau salée, l’herbe du golf a complètement brûlé, et le roi a sagement décidé, dans une région plutôt en manque d’eau, malgré le barrage El Mansour, d’attendre que les choses reviennent à la normale, au lieu de tenter des traitements coûteux, consommateurs d’eau et incertains.

L’ensemble du golf, situé au milieu de rien à environ 20 minutes de Ouarzazate, a donc perdu sa raison d’être. Les splendides villas en cours de construction ne sont pas terminées, et leurs murs sont taggés de numéros de téléphone portable, celles qui étaient terminées sont rarement habitées, et pour arranger le tout, le lac attire des insectes piqueurs.

Mais Khalid savait ce qu’il faisait.

On commença par la visite d’une des villas les plus luxueuses, un hall tout en marbre qui devait faire facilement 10 mètres sous plafond, une piscine à débordement à deux niveaux, des meubles en cèdre, et le gardien qui sert le thé et qui explique que Viggo Mortensen logeait là pendant le tournage d’Hidalgo, et que la villa se loue dans les 300.000 dirhams par semaine.

Marcel est ébloui.

On continua par une autre villa, un peu moins luxueuse, mais qui elle aussi se louait des prix astronomiques au dire du gardien.

Marcel commence à rêver d’installer son musée de fossiles au golf, et nous explique qu’avec de l’eau, il est certain que cela va plaire à sa femme, qui n’aime pas le désert. Il commence à parler quad et jet-skis…

On termine par la villa que Khalid cherche à vendre depuis deux ans (justement le moment où le golf a jauni). Beaucoup plus petite que les précédentes, elle est tout à fait au bout de la zone. Le gros oeuvre est fait, les premiers aménagements intérieurs (sol en marbre et balustrades en bois), mais c’est tout, il n’y a pas de cuisine ni de salle de bains, et comme la villa n’a jamais été habitée, le sable s’est accumulé à l’intérieur, et il faut refaire les boiseries.

Villa de Luxe

Villa de Luxe

La maison ne dispose que de trois petites chambres, le jardin n’a pas encore été planté, il n’y a pas de piscine.

Le prix demandé est astronomique. On va dire que pour la surface d’habitation, on est au delà du prix du mètre carré d’un riad à Marrakech.

Le soir, sans Khalid, qui a dû à regret abandonner Marcel, sans doute pour s’occuper d’un autre pigeon prospect, nous signalons à Marcel que les films ne se tournent pas toutes les semaines à Ouarzazate, que dans le sud la saison est courte, et que même en ayant un taux de remplissage de 100% pendant la saison, ce sera tout au plus 4 mois par an, qu’il a pu d’ailleurs voir que les deux seuls hébergements du golf était vides… Nous rajoutons qu’il y a beaucoup de travaux à faire, pas assez de surface pour ce qu’il souhaite (car on ne peut pas louer des chambres minuscules à des prix de luxe), que le golf reverdira peut-être Inch’Allah, mais personne ne sait réellement quand (il est toujours jaune…) et que les 300.000 dirhams par semaine doivent être diminués des commissions diverses.

Quelques semaines plus tard, je rencontre Marcel à Paris. Il a emprunté à sa banque en hypothéquant sa maison, pour acheter la villa. Il fallait faire vite, bien sûr. Le propriétaire, un homme de bien, pensez donc, un Hajj auquel tout le monde baise la main dans la rue, a reçu une offre bien supérieure de la part d’acheteurs australiens. Homme de parole, il souhaite donner la préférence à Marcel, avec lequel il s’est engagé, mais il faut faire vite, vraiment très vite, car sinon le Hajj va quand même changer d’avis, les australiens offrent 20% de plus… (et 20% de trop cher, c’est énorme).

Et puis m’explique Marcel, au moment de signer la promesse d’achat, il a versé un acompte de 10%, qu’il perd s’il ne peut pas acheter, par exemple s’il ne trouve pas de financement…

Note pour les futurs acheteurs : en ce qui concerne les promesses d’achat, le droit marocain est assez semblable au droit français, et si la réserve concernant l’obtention d’un crédit est mentionnée, le montant versé lors de la promesse d’achat est remboursé. De plus, il suffit de verser une somme assez faible, de l’ordre de 1.000 à 2.000 dirhams.

Maison hypothéquée

Maison hypothéquée

Marcel eut de la chance. Son versement ne resta pas bloqué pendant des mois chez un notaire qui n’arrivait plus à retrouver le numéro du compte où les fonds avaient été déposés, la villa était bien titrée, le Hajj en était réellement propriétaire, et Marcel se retrouva assez rapidement propriétaire.

Khalid par contre était furieux, car il n’avait pas touché sa commission. Ou plus exactement il devint furieux quand un soir, je lui appris le prix payé par Marcel, parce que le très honnête et respectable Hajj lui avait annoncé un prix de vente bien plus faible.

Mais les malheurs de Marcel n’étaient pas finis, « la suite au prochain numéro »

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