Uber au Maroc, un futur business case ?

21 Juil 2015 by Marie-Aude

Uber au Maroc, un futur business case ?

La seule chose positive qu’on peut voir dans l’arrivée d’Uber au Maroc, c’est la reconnaissance du développement économique du pays, avec un suffisamment gros « potentiel » pour intéresser le spécialiste de la paupérisation et du remplacement des pros par des particuliers. Mais bon, dans le genre, on avait déjà MacDo et Carrefour, et on va bientôt avoir Ikéa !

En réalité, je pense – je peux me tromper – que l’arrivée d’Uber au Maroc est un futur « business case » comme on dit dans les écoles de commerce, mais un cas d’école donc, de ce qu’on a oublié de prendre en compte quand on transplante une activité dans un pays africain, en particulier le Maroc.

Et comme le sujet de ce blog est justement, comment travailler au Maroc, avant de vous livrer les quatre idées de business qui peuvent marcher, j’ai voulu vous montrer, par l’exemple, ce qu’il ne faut pas faire.

Trop long à lire ?

Une ouverture précipitée et mal préparée pourrait transformer l’implantation d’Uber au Maroc en échec. Une avancée si rapide est-elle liée à la fronde internationale qui se déploie contre la société américaine. En tout cas, contrairement à ses affirmations, Uber est illégal au Maroc. Un gros risque supplémentaire pour une offre trop chère et pas adaptée aux habitudes de consommation locales.

Et maintenant, on se cale devant son PC et on lit !

Les taxis au Maroc

Dans une analyse stratégique, on appelle ça l’étude d’environnement. Si tu connais tout cela, tu peux directement sauter au deuxième point, l’arrivée d’Uber au Maroc

Pour nos lecteurs pas encore expatriés,  les taxis, au Maroc, sont hyper réglementés. Une séparation entre « petits taxis » (urbains) et « grands taxis » (peuvent faire des trajets routiers), une couleur par ville, pour éviter qu’un taxi en balade aille chez ses copains, un kilométrage maximum (impossible de traverser le Maroc avec un petit taxi ou même un seul grand taxi), une grande abondance, liée au nombre de voitures et au fait qu’on se partage les taxis.

Ça surprend un peu au début, mais ton taxi fait des sauts de puce. Imagine, tu es porte d’Orléans, tu vas à Opéra, il va s’arrêter, avenue du Général Leclerc, avenue du Maine, pour prendre peu à peu des clients qui vont dans la même direction que toi. C’est super organisé, les clients sont servis par ordre d’arrivée (exemple, je vais à l’Opéra, le client suivant veut aller chez Hermès, rue Saint Honoré, c’est grosso modo sur la route, mais ça fait un détour, je suis d’abord déposée à l’Opéra, puis le taxi fait un petit retour pour aller rue Saint Honoré), et chacun paye sa course. Ca permet de maintenir des prix très bas, et d’avoir beaucoup plus de « places » de taxis que de taxis.

Petits taxis rouges

Plusieurs générations de petits taxis casablancais devant le Haytt, avant l’avenue des FAR

La plupart des « petits taxis » sont petits, genre Fiat Uno (et oui, on arrive à caser 4 passagers), certains assez pourris vieux, mais justement le gouvernement marocain a lancé un grand programme d’aide à la modernisation du parc des taxis, avec reprises, financement. Les grands taxis sont souvent de vieilles Mercédès, aux kilométrages improbables, mais qui tiennent, qui tiennent encore. Comme ce sont des « grands » taxis, on y monte à six passagers, mais tu peux aussi négocier et payer le tarif pour plusieurs passagers, pour partir tout de suite. Ils chargent uniquement dans des gares qui leurs sont réservés, alors que les petits taxis ont des stations partout (généralement vides) et prennent les passagers en roulant.

En dehors des très grosses heures de pointe, on trouve un taxi comme on veut, pour des prix entre 1 et 3 €. Quant tu connais, certains taxis ont une bonne habitude d’oublier le compteur, quand tu es touriste tu te fais avoir, au début. Mais c’est simple, en fait, tu montes dans le taxi, s’il n’a pas de compteur tu lui donnes le prix normal, et s’il râle, tu menaces d’appeler la police.

Le transport touristique

Enfin, à côté des petits et des grands taxis, il y a les véhicules de transport touristiques qui, comme leur nom l’indiquent, sont là pour transporter des touristes. Contrainte maximum, pour éviter la fraude et le travail de « faux guides » (les transporteurs touristiques ayant l’habitude de se comporter en agence de voyage et de vendre eux-même des circuits, les agences de voyage officielles râlent). Les voitures sont donc identifiées par une plaque, le livret de voiture doit comporter le nom du chauffeur, et il doit avoir une commande officielle d’un donneur d’ordre.

Et les contrôles sont réels et fréquents, on y reviendra.

Parce qu’au Maroc, le touriste c’est sacré…

Les taxis de Marrakech

Le touriste est sacré, sauf pour les taxis de Marrakech qui ont une réputation horrible, même vis-à-vis des marocains. Le taxi marrakchi ne négocie pas, il arnaque, il fait trois fois le tour de la médina en passant par la palmeraie au lieu d’un trajet de 50 mètres, il facture 150 dirhams (15 €) au lieu de 10, et il refuse carrément de prendre des marocains, qui eux, connaissent les prix.

Petit taxi en stationnement

Beige pour les petits taxis de Marrakech

Un sondage international les a placés en dernière position, derrière les taxis mexicains.

Bref, si tu n’aimes pas les taxis parisiens, vient prendre un taxi à Marrakech…

Donc, juste après Ramadan, Uber annonce son arrivée au Maroc

Voici l’article qui est sorti hier, dans le Huffington Post Maghreb, sur l’arrivée d’Uber. (Tu sais, le Huffington Post, ce pure player qui veut de beaux articles gratuits, parce que cela fait de la pub à leurs auteurs ?).

Il est très intéressant, parce qu’il semble répondre à toutes les critiques à l’avance, en particulier à celles qui ont été faites aux deux Uber français.

Uber ne se positionne pas comme une concurrence aux taxis

Ah oui ? Et à quoi donc ? Au tram ? A la voiture individuelle ? Au transport par pigeon voyageur ? On a plein de cigognes au Maroc, peut-être qu’elles transportent les voyageurs adultes, et pas les bébés ?

La cible est (je cite)

les jeunes actifs qui disposent d’un smartphone et utilisent leurs cartes bancaires pour le paiement en ligne

C’est à dire… pas grand monde (le paiement des achats en ligne est assez peu répandu au Maroc, c’est une des grosses difficultés des pure player comme Kaymu ou Jumia).

Grand taxi dans le sud du Maroc

Certes le grand taxi n’est pas toujours très moderne

Mais il y a deux choses à retenir ici :

  • la cible, soit elle a sa voiture, soit elle prend des taxis,
  • la cible est le marocain, absolument pas le touriste, c’est-à-dire celui qui ne se fait pas avoir par le compteur fermé.

Un niveau « premium mais pas luxe » mais qui coûte cher

Par rapport à une course de taxi qui fait dans les 10 à 15 dirhams dans Casa, exceptionnellement pour les « grands trajets » dans les 30 dirhams,

il faudra compter un prix de base de 20 dirhams, en plus de 5 dirhams par kilomètre. Le prix minimum d’une course est de 30 dirhams

Donc tu payes au minimum le prix maximum d’une course dans Casa, tout ça pour avoir une voiture récente (il y en a de plus en plus) et « pouvoir choisir ta musique« .

A 300% de plus sur une course d’un quart d’heure, honnêtement, la musique est un luxe dont je me passerai !

Or le site d’Uber a le culot d’écrire

Le prix de la course, généralement moins élevé qu’avec un taxi

L’annulation sera facturée

Pour annuler une commande, il faudra débourser une somme similaire.

Donc en gros, si tu as commandé, même si tu as un problème, tu payes…. Là, connaissant les marocains, c’est mal barré.

Uber promet d’assurer la sécurité des voyageurs

Ca c’est à cause des problèmes de harcèlement qu’a connu Uber ailleurs, mais ça n’a pas de sens dans le contexte marocain, notamment parce que les taxis, s’ils sont parfois grognons, sont très attentifs à la sécurité de leurs passagers.

Combien de fois, quand une femme rentre seule le soir, le taxi attend-il de la voir fermer la porte de sa maison avant de repartir ?

Le paiement se fait exclusivement par carte bancaire – pas n’importe laquelle

Nous avons signé des partenariats avec Attijari Wafabank, la Banque populaire et la BMCE dont les cartes classiques fonctionnent parfaitement. Le service devrait être étendu aux détenteurs de cartes bancaires des autres banques marocaines. Un paiement en cash n’est pas exclu, mais ce n’est pas pour tout de suite

Certes, les trois banques sont parmi les plus importantes du Maroc, il en manque néanmoins un certain nombre à l’appel.

Ça vous parait aberrant de lancer un service que n’importe qui ne peut pas payer ?

Je vous explique : au Maroc, les cartes bancaires sont chères pour le commerçant. En particulier pour les petites transactions. Ces « partenariats » sont donc des négociations commerciales pour rendre le service Uber viable économiquement.

Uber c’est légal ? Eh non !

Refrain connu, jusqu’à ce que la justice d’un pays en décide autrement. Quels sont les arguments ?

Uber travaille en partenariat avec les sociétés de transport touristique. Cela nous permet de disposer de véhicules agréés et de chauffeurs expérimentés. Le service de transport privé disposera de voitures de type 4*4 cross over à cause du cahier des charges de ces sociétés.

Autant vous le dire tout de suite, après avoir revu la législation sur les sociétés de transport touristique, que je connais assez bien puisque c’est l’ancien métier de mon mari :), je pense que, contrairement aux affirmations d’Uber, le service est totalement illégal au Maroc, absolument en dehors de l’objet social.

Déjà, rappelez-vous : cela s’adresse aux jeunes actifs disposant d’une carte bancaire locale. Ce ne sont pas des touristes.

J’apprécie aussi beaucoup le fait de transformer en un « avantage » l’utilisation des 4×4, alors que c’est, à mon avis, un gros inconvénient.

Avenue de Casablanca

Ceci n’est pas un embouteillage, mais juste le trafic normal au croisement du bd Ghandi et de la route d’El Jadida (honnêtement, c’est même fluide)

(Forces et) faiblesses d’Uber Maroc

Clairement, le prix est un problème, c’est cher, très cher, et c’est normal, puisqu’il s’agit de 4×4.

La consommation d’un 4×4, c’est à peu près le double de la consommation d’une voiture normale, et cela alors que le prix de l’essence est « de moins en moins » subventionné au Maroc.

Le fait de devoir payer à l’avance, et de payer un dédit en cas d’abandon de commande est totalement contraire aux habitudes marocaines. L’artisan te dit qu’il vient, mais il ne vient pas, tu prends un rendez-vous et tu le repousses à demain une heure après le moment où tu aurais dû être là (quand tu préviens que tu ne viens pas…)

Le besoin est beaucoup moins important qu’à Paris

Il est facile d’avoir un taxi à Casa, en dehors des heures de pointe. Quand on habite dans des endroits où les taxis passent rarement, on est soit un riche marocain qui dispose déjà de ses deux quatre-quatre et de la Porsche, soit au contraire, un marocain pas riche du tout, qui travaille chez le riche marocain, et qui prend le bus, ou le taxi, mais pour qui une différence de 20 dirhams représente deux heures de travail.

Vue de la circulation de Casablanca

Ceci est un embouteillage (et don’t dream, le pare-brise du 4×4 est aussi encombré)

Dans les heures de pointe, un 4×4 est terriblement désavantagé.

Oui, Casablanca est une ville où on fait tenir 4 voitures et un scooter de front, sur une rue à deux voies. Où l’incivilité au volant prend un tout autre sens. Où je refuse de prendre le volant à ces fameuses heures de pointe, alors que je traversais en un temps record, les yeux quasiment fermés et en sifflotant la place de la Concorde à 18h30 un vendredi soir.

Un 4×4, c’est gros, ça se faufile mal, c’est fait pour faire de la route et pas des embouteillages, ça s’use, ça souffre, et ça coûte beaucoup plus cher à réparer en cas d’accroc sur la porte.

Économiquement parlant, un 4×4 en taxi de ville, c’est une aberration.

L’impossible fidélisation de la clientèle

Au Maroc, on n’est pas « fidèle » à un site web. Le « jeune professionnel » n’aura rien de plus pressé que de demander son numéro de téléphone au chauffeur, pour pouvoir, la fois suivante, le commander directement, en évitant la commission d’Uber et en payant en cash. (Je suis justement en train de travailler sur cette problématique pour un autre projet).

A la différence des individuels privés avec lesquels Uber travaille en France, les sociétés de transport touristiques savent parfaitement gérer des réservations et un planning.

Uber c’est illégal

Le fait de répéter qu’on est dans la légalité ne transforme pas la réalité…

Plusieurs points importants de la législation sur les véhicules de transport touristiques sont en totale contradiction avec la pratique Uber telle que décrite.

La tarification au temps passé et au kilométrage n’est pas autorisée pour les véhicules de grande remise

Il est clairement dit dans la loi que les véhicules de grande remise ne sont pas autorisés à embarquer un compteur kilométrique. Dans ce cas, la pratique de la tarification d’Uber, telle qu’elle apparait sur le site, est impossible :

Screenshot Uber

La tarification Uber : forfait + kilomètre + temps

Bon, certes, on pourrait dire qu’un GPS permet de « le faire » et qu’il n’est pas un compteur kilométrique. Mais… il n’est pas suffisamment fiable non plus, et donc pas acceptable comme base de facture.

Nous en concluons que les chauffeurs Uber Maroc ne peuvent pas être des TGR (en plus un TGR c’est une berline, pas un 4×4), et sont donc des véhicules de transport touristique.

Le bon de commande du transporteur touristique

En fait, c’est pire !

Je vous l’ai dit, le transport touristique est très sévèrement contrôlé, pour éviter le black et le débordement sur les plate-bandes des autres types de transporteurs. En particulier en ce qui concerne le transport des résidents, le chauffeur doit absolument disposer dans sa voiture

d’un bon de commande établi par une agence de voyages

ou

Un Manifeste de passagers pour les touristes résidents établi conformément à l’annexe 3 du présent cahier des charges, transmis avant le départ aux services concernés du Ministère de l’Équipement, du Transport et de la Logistique, lorsqu’il s’agit de transporter un groupe de touristes résidents constitué à l’initiative du groupe lui-même (dans le cadre d’une activité à but non lucratif pour l’organisateur) ou d’une association et organisme sans but lucratif

L’exemple de manifeste se trouve à l’annexe 3 (page 25) du PDF. J’en ai fait une copie ici, et surtout un extrait, des points qui posent problème :

Extrait du document officiel

Mentions obligatoires du manifeste de transport

Le numéro de carte d’identité nationale ou de passeport

Le numéro de CIN, c’est, au Maroc, un élément extrêmement précieux, que tu ne laisses pas comme ça n’importe où. Il permet d’identifier plus sûrement une personne qu’une signature, dans un pays où encore la moitié des adultes sont analphabètes, et il suit une personne toute sa vie. (Autrement dit, la nouvelle carte portera le même numéro). Je vois mal le client Uber accepter de donner son numéro de CIN par une appli smartphone.

Le transport touristique n’est pas un transport de ville

Le manifeste parle de « circuit » ou de « transfert aéroport ».

Le PDF parle « transport touristique routier ».

En effet, la loi précise que

Sont réputés services publics de transports de voyageurs les services offerts au public dans un but commercial pour le transport de voyageurs, à l’exception des services de ville et taxis qui demeurent soumis aux règlements édictés par les autorités locales

Autrement dit, un véhicule de transport touristique n’a pas le droit de faire des trajets en ville autrement que dans le cadre d’un circuit touristique, organisé par une agence de voyage ou une association à but non lucratif.

Les documents doivent être transmis avant le trajet, signé.

Avec une signature. Et non, au Maroc, pays de la légalisation systématique des contrats dans les postes de police, une commande par appli smartphone ne peut pas être considérée comme une signature valable d’un responsable de groupe.

Même si Uber arrive à prendre en charge la logistique de l’envoi automatisé de la commande et de son transfert et impression dans le véhicule de transport touristique, (pourquoi ai-je un doute, là), ce document n’aura pas la signature et le numéro de carte de CIN requis par la loi.

A moins qu’Uber devienne l’organisateur ?

Sauf que c’est impossible, Uber devenant alors de facto une agence de voyages sans autorisation.

(Opportunités) et menaces

Auto-cannibalisation par les sociétés de transport touristique

A la fois financièrement et juridiquement, finalement, la seule chose que les véhicules Uber auraient le droit de faire, c’est le transfert aéroport – centre ville.

L’aéroport de Casablanca est à 30 kms. Il faut compter 40 à 45 minutes minimum.

L’application de la tarification Uber, dans le monde merveilleux, nous donne un prix autour de 200 dirhams. C’est moins que le tarif officiel affiché et imposé à tous les taxis (250 dirhams).

Sauf que…

  • mon calcul ne prend pas en compte la « montée à vide » (le taxi, lui dépose un client, à tarif compteur, et en attend un au retour)
  • les sociétés de transport touristique facturent cela beaucoup plus cher (entre 500 dirhams et 750 dirhams)

Pour tenir leur promesse (moins cher que les taxis), les chauffeurs Uber devraient pratiquer des prix largement inférieurs à ceux qui leur permettent de rentabiliser leur véhicule.

En espérant que la magie de l’internet ne permettra pas aux clients touristes de le savoir et de négocier les prix à la baisse.

Ou bien ils doivent facturer cher un service qui existe déjà, en payant une commission à Uber. Ce que la concurrence propose déjà sur internet, sans commission

Les concurrents justement

Uber a beaucoup de concurrents.

Contrairement à ce qu’il dit en préambule, il s’attaque frontalement aux chauffeurs de taxis, en proposant de permettre à des véhicules de transport touristique de faire des courses de ville.

Taxi bleu clair à Meknes

Et le petit bleu de Meknès…

Il s’attaque aussi aux sites internet locaux, qui commence comme votrechauffeur.ma ou surtout itaximaroc, qui est très apprécié et local.

Enfin, il s’attaque aussi, pour le marché du transfert aéroport, aux hôtels, qui touchent une commission des chauffeurs qu’ils envoient chercher leurs clients, quand ils facturent le service.

Si je me réfère à ce qui se passe en France, je me permets de rappeler qu’au Maroc, quand on se fâche, c’est violent. Le lynchage du jeune homme de Fès avait débuté sur une simple dispute pour une course de taxi non payée…

Extension du domaine du transport

Depuis plusieurs années, le gouvernement travaille à la difficile réforme du secteur des transports. Professionnaliser, sécuriser, sans « tuer » les petits qui survivent avec difficulté, encadrer en leur laissant le temps d’évoluer, mettre plus de transparence ….

La fédération des transporteurs est puissante. Elle a la capacité à bloquer tout le pays, cela lui est déjà arrivé. Lors des dernières négociations, elle a obtenu des aménagements et des concessions sur tout, sauf sur une chose : l’extension du transport touristique à d’autres types de prestations.

Or c’est exactement ce que fait Uber.

Un fail à prévoir ?

Honnêtement, je ne crois pas au succès d’Uber au Maroc. Tarification trop élevée, cible trop étroite, mode de fonctionnement inadapté aux habitudes locales, cela fait beaucoup.

Notamment parce que s’il y avait un succès, alors le gouvernement serait obligé de bloquer l’entreprise, comme cela se fait peu à peu, dans tous les pays, même dans la patrie d’origine d’Uber.

Au Maroc, on pratique généralement « tout ce qui n’est pas autorisé est interdit« .

Alors, certes, les contrôles ne sont pas toujours très fréquents, certes on laisse survivre les faux taxis à Casablanca, mais quand on veut… on bloque, et on bloque même violemment.

Le copié-collé de l’idée dans un autre contexte

C’est une des sources majeures d’échec au Maroc, et c’est pour cela, en fait, que j’ai parlé d’Uber ici, et que j’ai pris le temps de détailler. Il ne suffit pas de prendre un « directeur local », en particulier au Maroc. Il faut prendre quelqu’un qui connaisse réellement le pays. Beaucoup d’étrangers, en particulier de français, se cassent les dents en voulant faire « comme en France« .

Sur le papier, Uber Maroc est une idée intéressante. Mais quand on rentre dans les détails, on voit que les aspects négatifs sont très nombreux.

Le CV LinkedIn de la directrice d’Uber Maroc est le CV d’une personne brillante, qui a fait de très belles études, mais qui :

  • a fait ses études et la majeure partie de sa carrière en France
  • n’est rentrée au Maroc que depuis trois ans,
  • a fondamentalement un profil de consultante et de financière (banque, Boston Consulting Group)
  • n’a aucune expérience ou compétence affichée dans les domaines du web et du marketing
  • n’a exercé de responsabilité managériales avant que pendant onze mois
  • n’a officiellement rejoint le projet Uber qu’au mois de mai.

Le rôle d’un Directeur Général dans une start-up (et Uber EST une start-up dans le contexte marocain) peut se discuter. « Coordinateur clé » ou personne ayant la maîtrise du coeur de business ? Personnellement, j’ai vu au cours de mes trente ans de vie professionnelle beaucoup de boîtes coulées par des consultants de haut (ou moyen) niveau et je pense que le patron doit avoir une connaissance profonde de son métier, en plus d’un rôle de coordinateur.

Dans ce cas précis, et uniquement sur la base d’un profil public, on peut se poser des questions.

(NB : le paragraphe a été précédent, plusieurs personnes ont pris la version originale comme une attaque personnelle, ce qu’elle n’était pas. J’ai donc reformulé, et focalisé sur l’essentiel, pour éviter les malentendus, et ne pas ouvrir vers des réflexions qui ne sont pas purement « business case ». Merci à @sniper_ma là dessus ).

Marketing Bullshit

Un dernier commentaire

Ensemble, nous dynamisons l’économie locale, limitons le nombre de chauffeurs ivres ou distraits sur les routes et favorisons un monde plus connecté, et moins embouteillé.

Ça aussi, c’est sur le site d’Uber. Le seul argument qu’ils ont pu trouvé et qui, en fait, parle des faux taxis. Partout dans le monde, Uber monte les « clients » contre « les taxis » alors que la majorité d’entre eux fait correctement son travail.

Je préfère une autre citation :

C’est facile de faire un coup au Maroc, c’est difficile d’y durer

Quand on a l’idée d’importer au Maroc quelque chose qui marche ailleurs, il faut d’abord se poser la question

Pourquoi ça n’existe pas au Maroc ?

Pas parce que les marocains sont idiots, manquent d’esprit d’entreprise, etc… Au contraire. Les marocains sont connectés sur le monde, par internet, par leur curiosité, par leurs familles émigrées.

Le plus souvent la réponse est « parce que, comme ça, ça ne peut pas marcher« .

Si vous avez l’envie de transposer un concept business ici, soyez humble. N’arrivez pas comme un inventeur, un sauveur, personne ne vous a attendu, et les compétences existent. Analysez et modifiez suffisamment le concept pour lui donner toutes ses chances de succès.

Edit : un point sur la « nouvelle législation »

On m’a reproché de me baser sur l’ancienne législation. Mais..

  1. mes sources sont les sources officielles sur les sites gouvernementaux marocains
  2. les dahirs de modification portent sur les conditions de nationalité en 2006 , des dimensions et durées d’exploitation des différents types de véhicules, à plusieurs reprise, la dernière fois en 2014
  3. « le reste inchangé »

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18 Comments
  1. Flyfel

    Merci pour cet article, exhaustif. 100% d’accord!

  2. Medhi

    Très pertinent cet article ! je suis totalement d’accord.

  3. Younes

    Bravo ! Excellent travail d’analyse. Il ne manquait qu’un joli DCF pour montrer que la boite ne valait que 60 dhs.

  4. Hicham

    Brilliant and very comprehensive analysis, well done! If i were you I would mail it to Uber:)
    There is no way Uber would survive in Morocco but I am wondering if they have a hidden agenda..

  5. A Mekouar

    100% « HRISSA » Marocaine

  6. Ahmed

    Excellent article (analyse en profondeur, documents et chiffres à l’appui) :) Comme on aimerait en lire plus souvent !

  7. Amine

    Excellente analyse!! Comme a dit Hicham, Uber doit avoir un autre objectif avec cette implantation.

  8. Talibi Mounir

    excellent article, vous avez fais une analyse du marché et la culture du transport dans le royaume qui met en évidence que le système actuel ne marchera pas pour uber. Le hype retombera dans les mois prochains et uber maroc ne sera qu’un lointain souvenir à moins qu’ils optent pour une autre approche tenant compte des spécificités du marché marocain.

  9. Mehdi

    Petite première note, intéressant comment on peut faire l’apologie de l’épicier vs Morocco Mall avec bcp d’arguments similaires tout en finissant… perdant dans le débat (grâce au résultat qu’on voit mnt).

    Je vais essayer de décortiquer, tout en restant très bref, chacun des arguments apportés par l’auteur de l’article:
    1) « ton taxi fait des sauts de puce » : Très pratique pour certains, très gênant pour une frange qui veut bien prendre un taxi un peu + cher. J’en ai bcp trop témoigné, des clients qui râlent car le taxi ne fait pas A->B, mais plutôt proche(A)->plutôt_proche(B) pour satisfaire tout le monde. Avec l’insécurité grandissante au Maroc, + de clients veulent A->B **malheureusement** (car j’aurais bien aimé garder un Maroc populaire où tout le monde se protège… etc.)

    2) « certains assez vieux » : Oui, beaucoup. Certains deviennent modernes, mais si on veut emmener un client étranger par example, on veut qu’il ait au moins une voiture climatisée, un chauffeur propre… etc. Voulez-vous vraiment que la seule offre un tant soit peu raisonnable au niveau du prix soit celle du taxi ô combien éxotique marocain ? Taxi qui s’arrête chaque 5 min pour un client, chauffeur qui fume, musique non choisie (notre spotify pour uber).

    3) « grands taxis, on y monte à six passagers » : Je répète quasi le même argument : Il y a une frange qui ne veut *peut-être* pas monter à 6 dans un taxi sale. Ajouter de l’argent pour s’épargner ce sacrifice n’est pas impossible pour eux…

    4) « les taxis de Marrakech qui ont une réputation horrible » : L’offre Uber augmente le prix mais l’homogeneise parfaitement. Le touriste n’est plus différent du marocain, et ça, mesdames et messieurs, c’est juste formidable. Une société américaine a réussi à briser ce clivage où des décennies de législations marocaines ont failli. Estimons-nous « honteux » (car on aurait bien aimé un Uber-Marocain de nous, pour nous).

    5) « jeunes [utilisant].. smartphone et … cartes bancaires pour le paiement … pas grand monde »: Quelle réponse à donner à des technologies qui vont *à coup sûr* brasser tout le marché économique marocain un jour ou l’autre (comme la voiture, la télé, les chèques, les cartes bancaires (ironie), les téléphones l’ont fait un jour…) : Dire qu’il n’y a pas grand monde qui les utilisent et que c’est parti pour durer, et que le Maroc est parti pour rester sous-développé en passant.
    Car si Uber ne marche pas dans 2 semaines, il marchera peut-être dans 1 an ou 2 ? Et *ça*, c’est une société visionnaire.

    6) « 300% de plus sur une course » : Pour tous les raisons cités plus haut, et si juste les 20% des marocains les plus riches l’utilisent, ça reste un bon créneau pour eux.

    7) « sécurité … pas de sens dans le contexte marocain, les taxis … très attentifs à la sécurité de leurs passagers. » : Avec un exemple après d’un taxi qui attend que la femme ferme la porte de chez elle pour partir.
    C’est juste faux. Dans le contexte actuel des choses, moi qui ai pris peut-être plus de 500 taxis de ma vie, j’en ai peut-être rencontré 1% qui sont un tout petit peu concernés par la sécurité des passagers (un tout petit peu = « rapprocher » « un peu » une femme de chez elle car la laisser dans un boulevard, c’est pas safe)
    Ce que j’ai vu dans les autres 99% par contre : c’est des agressions en plein milieu du taxi, où un passager vole tout le monde. Des voleurs qui prennent les téléphones des passagers avant, parce que la taxi est toujours ouvert vu qu’il sert à 4 clients potentiels.
    Des gens qui se font agresser car ils attendent depuis trop longtemps un taxi dans une rue déserte.
    On va sûrement me répondre que c’est bien d’avoir toujours des gens dans la rue, comme ça il y a encore moins d’agression. Vous avez sûrement raison, mais l’esprit individualiste gagne toujours, c’est pour ça que la capitalisme gagne partout, donc cet argument est voué (malheureusement, je le reconnais) à l’échec.
    Car Uber s’en fiche de garder la société marocaine avec plein de gens dans la rue, elle veut juste maximiser son profit.

    8) « lancer un service que n’importe qui ne peut pas payer » : Ils vont sûrement le faire, ils serait même prêt à perdre de l’argent pour faciliter le paiement. Ils discutent même de paiement par argent liquide tellement ils sont pragmatiques.

    9) « le service est totalement illégal au Maroc » : L’auteur a peut-être raison mais UberX est légal en Europe, c’est UberPop qui est illégal. Et puis, je doute qu’ils se sont installés ici sans étudier parfaitement la législation marocaine. Le main de force qu’ils ont pratiqué en Europe concernait juste UberPop. Ils n’ont jamais été virés totalement.

    10) « facile d’avoir un taxi à Casa, en dehors des heures de pointe. » Pas faux. Mais je doute qu’Uber va chômer, les casawis sont de plus en plus enclins à faire « tout », je doute que ça sera un problème.

    11) « un 4×4 en taxi de ville, c’est une aberration. » Pas faux. Mais ce n’est pas un choix irréversible de toute manière.

    12) Le reste sont des arguments sur la légalité cf 9), où l’auteur peut avoir raison, c’est juste que je vois mal Uber faire ça, c’est un peu stupide de leur part (mais pas impossible).

    Avant même Uber, il y a des sociétés qui marchent pas mal au Maroc comme TaxiVert où il faut appeler le taxi, le taxi démarre son compteur de sa position vers la tienne, et le client débourse le trajet complet. Pas mal. Il y a aussi le projet très porteur d’iTaxi totalement calqué sur Uber. On sélectionne un taxi par gps, il fait sa course et le client débourse trajet+10dhs dans tous les cas.
    Ce genre de solutions hybrides sont très novatrices et ont bcp de chance de marcher aussi au Maroc.

    Le plus important dans ce pays, c’est qu’on ait des projets au moins, non ?

    • Marie-Aude

      Bonjour Mehdi, merci beaucoup pour votre long commentaire. Il y a beaucoup de choses qui sont tout à fait vraies, et je vais essayer de répondre.

      comment on peut faire l’apologie de l’épicier vs Morocco Mall avec bcp d’arguments similaires tout en finissant… perdant dans le débat (grâce au résultat qu’on voit mnt).

      Je n’ai jamais critiqué le Morocco Mall de cette façon, mais, puisque vous ouvrez le débat :) je ne suis pas certaine que ce soit, d’un point de vue compte de résultat, une réussite florissante. En particulier, si les taux de remplissage sont là, la clientèle internationale venant spécifiquement pour faire du shopping au Mall, elle, n’est pas (encore ?) au rendez-vous. (cf http://www.lavieeco.com/news/economie/les-marocains-craquent-pour-les-malls–33638.html ) . Quoi qu’il en soit, à l’époque du Mall, les points d’interrogations – et je les partageais – n’étaient pas sur le Mall lui-même, mais sur les autres projets, concurrents, notamment sur Marrakech, car il semblait clair qu’il n’y avait de la place que pour un seul centre de ce type au Maroc. Et là, je crois que cinq ans après, on peut dire que ces questionnements étaient justifiés.

      En ce qui concerne les grands taxis, c’est « hors sujet » pour l’instant, mais c’était juste pour expliquer comment ça fonctionne à la moitié de mes lecteurs qui n’est pas marocaine.

      En ce qui concerne Marrakech, pour être honnête, si « ça avait été moi », j’aurais démarré Uber à Marrakech et pas à Casa, parce que c’est là qu’il y a le plus grand besoin, et aussi la plus large source de chauffeurs professionnels potentiels. Les transporteurs touristiques, les chauffeurs d’Uber aujourd’hui, ne parcourent pas Casablanca dans tous les sens …

      Dire qu’il n’y a pas grand monde qui les utilisent et que c’est parti pour durer, et que le Maroc est parti pour rester sous-développé en passant.

      Non, c’est une déformation complète de ce qui est écrit. Ce qui est écrit, c’est de dire qu’on « adapte » un système.

      Car si Uber ne marche pas dans 2 semaines, il marchera peut-être dans 1 an ou 2 ? Et *ça*, c’est une société visionnaire.

      Là encore, on parle business, compte de résultat, sur ce blog. La vision, c’est pour les politiques. Peut-être… ou peut-être pas :) des offres concurrentes existent, que je vais aussi présenter, qui répondent déjà à beaucoup de points que vous évoquez (taxi propre, trajet sans arrêt, etc). La vraie question, c’est ce que Uber apporte de plus par rapport à cela, à des marocains vivant au Maroc.
      Pourquoi je précise cela ? Parce qu’un visiteur étranger n’a pas cette connaissance, il pourrait être un très bon client d’Uber… mais pas maintenant.

      « 300% de plus sur une course » : Pour tous les raisons cités plus haut, et si juste les 20% des marocains les plus riches l’utilisent, ça reste un bon créneau pour eux.

      « Eux » c’est qui ? Uber ? Disons que cela reste un bon créneau pour eux si cela arrive à rentabiliser leurs frais d’investissement et leurs frais de fonctionnement (DG, juriste, etc)
      « Eux » les chauffeurs ? Non, absolument pas. Il se trouve que je connais très bien les structures de frais de ces activités (mon mari est un ancien chauffeur touristique, et nous travaillons régulièrement avec des transporteurs). Une activité de « taxi de ville » ne peut être vue que comme un complément à peine rentable, et encore, en période de pointe, je ne sais pas.

      Ce que j’ai vu dans les autres 99% par contre : c’est des agressions en plein milieu du taxi, où un passager vole tout le monde. Des voleurs qui prennent les téléphones des passagers avant, parce que la taxi est toujours ouvert vu qu’il sert à 4 clients potentiels.
      Des gens qui se font agresser car ils attendent depuis trop longtemps un taxi dans une rue déserte.

      Je ne partage pas votre pourcentage sur les « taxis » et croyez moi j’en ai pris beaucoup aussi, mais en dehors du cas où un passager vole tout le monde (donc un passager unique coincé dans une petite voiture arrive à agresser 4 autres passagers et un chauffeur), la problématique du téléphone portable existe dans n’importe quelle voiture et ce n’est pas à cause de la porte ouverte, mais à cause de la personne qui laisse son téléphone « attrapable » ^^

      Ils discutent même de paiement par argent liquide tellement ils sont pragmatiques.

      Ce qui prouve que mon analyse de la nécessaire adaptation au marché est parfaitement juste, au fait :) merci !!

      Mais ce n’est pas un choix irréversible de toute manière.

      Pour l’instant, et dans le contexte légal actuel, l’utilisation de « gros véhicules » (les seuls autorisés pour les sociétés de transport touristique) est une obligation. Passer à un service de GTR (limousines) permettrait d’avoir des véhicules plus adaptés mais nécessiterait une adaptation du modèle Uber importante avec une tarification obligatoirement forfaitaire.

      c’est juste que je vois mal Uber faire ça, c’est un peu stupide de leur part (mais pas impossible).

      Uber n’avait pas non plus porté attention à la qualification du Sahara Occidental. C’est pareil, c’est un peu stupide. Et ne me dites pas que c’est une grosse boite internationale. Avito qui est, exactement de la même façon, la version marocaine d’une très grosse boite internationale avait exactement la même problématique, qu’ils ont examinée avant de se lancer (et à laquelle ils ont donné la réponse inverse de celle d’Uber : pas de carte)

      Avant même Uber, il y a des sociétés qui marchent pas mal au Maroc comme TaxiVert où il faut appeler le taxi, le taxi démarre son compteur de sa position vers la tienne, et le client débourse le trajet complet. Pas mal. Il y a aussi le projet très porteur d’iTaxi totalement calqué sur Uber. On sélectionne un taxi par gps, il fait sa course et le client débourse trajet+10dhs dans tous les cas.
      Ce genre de solutions hybrides sont très novatrices et ont bcp de chance de marcher aussi au Maroc.

      Tout à fait, et c’est d’ailleurs l’objet du prochain article :)

      Le plus important dans ce pays, c’est qu’on ait des projets au moins, non ?

      Disons, le plus important c’est d’avoir des projets qui marchent, non ? Le Maroc est un pays extrêmement dynamique, qui se développe à grande vitesse et qui est plein d’innovation, de porteurs de projets. Je l’ai dit en bas de l’article, je le redis régulièrement dans ce blog.

      Ici, je ne fais pas de l’actu, je m’adresse aux gens qui veulent venir immigrer au Maroc, et j’essaye de leur donner des conseils pour leur éviter de se planter. Un conseil essentiel, c’est de s’adapter au marché. Voilà :)

  10. Anouar

    Excellente analyse Marie-Aude, en particulier les parties qui traitent sur la culture de consommation à la marocaine.

    Sur ce même sujet, j’aimerai bien que vous détaillez le point concernant la « fidélité » du client marocain à un site web (dans un contexte d’e-commerce). On peut supposer cela, malgré le fait que l’e-commerce au Maroc est un secteur qui évolue à trois chiffres ?

    Thanks.

    • Marie-Aude

      Bonjour Anouar,
      et merci d’abord.
      C’est un peu difficile, mais en fait le point porte uniquement sur la fidélité dans le cas d’une intermédiation. Dans l’e-commerce traditionnel, il est « facile » de faire revenir quelqu’un avec la qualité du service, les prix et un bon relationnel client. Dans le cadre d’une mise en relation, il faut trouver un argument pour que le passage par un intermédiaire à qui on paye une marge soit plus intéressant que de prendre le téléphone du « taxi » et le rappeler ensuite

  11. Thibault

    Bonjour,

    Je suis dans l ensemble d’accord avec votre article, et un point me semble important de préciser quant à la stratégie de développement de la société Uber. A mon sens, la société américaine fait une grosse erreur en se lançant dans d’autre pays, alors qu’ils n’ont pas encore réglé leur « différents » problèmes dans les autres.

    Il y a ici un développement de la société trop rapide, surement du aux risques d’interdiction (cessation) d’activité dans certains pays (cf; Allemagne) et cherche (ce n’est qu’un avis) un pays « roue de secours ».

    De part cela je vous rejoins sur votre résumé d’article « Une ouverture précipitée et mal préparée pourrait transformer l’implantation d’Uber au Maroc en échec. Une avancée si rapide est-elle liée à la fronde internationale qui se déploie contre la société américaine. En tout cas, contrairement à ses affirmations, Uber est illégal au Maroc. Un gros risque supplémentaire pour une offre trop chère et pas adaptée aux habitudes de consommation locales. » Mais toutefois, je trouve que celui-ci va en contradiction avec votre introduction : « reconnaissance du développement économique du pays » car si Uber s’est installé dans un pays où la réglementation en vigueur lui interdit même d’exercer, n’est-ce pas en soit, se moquer du dit pays?

    Je suis moi-même immigré aux Maroc, et j ‘ai monté une petite société dont le coeur d’activité est calquée sur les modèles
    internationaux, en toute modestie ça fonctionne! Et nous avons même pu développer nos services ( ce pays nous a permis développer des offres de service qui aurait était impossible en Europe, car trop cher en logistique interne).

    Je me permet aussi de rajouter que suite à mon expérience, je ne vous rejoins pas tout à fait sur l’utilisation des paiements par carte bancaire, car les marocains-cibles d’Uber utilisent de plus en plus les paiements par carte bancaires pour les achats de services ( source: Hmizate.ma) même si, ils sont encore réfractaires pour l’achats des biens/produits (mais Uber est un service..).

    « le paiement des achats en ligne est assez peu répandu au Maroc, c’est une des grosses difficultés des pure player comme Kaymu ou Jumia » , la réelle problématique, ne vient pas seulement de l’utilisateur (qui lui paraît mur, mais les offres pas assez attrayante), mais du fonctionnement même du système bancaire Marocain, je m’explique, (car je me suis confronté au problème, tout site e-commerce qui souhaiterais mettre en place un système de paiement par carte bancaire doit (c’est une obligation) installer un module de paiement de la CMI (centre monétique interbancaire) jusque là pas de soucis, le problème vient au niveau de la caution a fournir (qui varie en fonction du CA estimé et du secteur d’activité) cette caution est fournis par tout les achat en carte bancaire réalisé (en gros pour schématisé les paiements sont capitalisés à la CMI jusqu’aux montant de la caution, à partir de cela, plus de souci , vous recevez tout vos nouveaux paiements moins la commission exubérante de la CMI).

    Ce procédé est viable pour tout les vendeurs qui achète du stock et ne doivent rien à leurs fournisseurs, toutefois il est impossible à mettre en place quand on est « une petite » société qui agis en qualité d’intermédiaire entre le vendeur et le client final. C’est pour cela que les nombreux sites e-commerce qui se lance, propose encore le paiement en espèce à la livraison.

    Simplifié l’intégration du système de paiement, et vous verrez une augmentation des sites proposants les paiements par cartes bancaires, et de ce fait plus de client achetant par ce biais. (CQFD)

    Depuis mon arrivé il y a 3 ans à ce jour, le développement des services web est exponentiel, le Maroc a même était classé en 2014, 27ème pays le plus connecté au monde. Ainsi je rebondi en vous citant « Au Maroc, on n’est pas « fidèle » à un site web », c’est faux, la tendance s’inverse et ce n’est plus une réalité, les sites web se crée des communautés actives qui leurs sont propre partagent leurs articles sur les réseaux sociaux, et cela je le vérifie tout les jours sur mon support. Cela explique aussi pourquoi la vente des espaces publicitaires au forfait est toujours aussi présente, et que la vente au CPM a tant de mal a percer (cela est un autre sujet je vous l’accorde mais il étaye mon argument.)

    Au plaisir de lire d’autre article;

    • Marie-Aude

      Bonjour Thibault,

      merci à vous pour ce long commentaire.

      En ce qui concerne la « reconnaissance » disons que reconnaître un potentiel économique ne veut pas dire « ne pas se moquer du pays » … attitude, d’ailleurs, qu’Uber ne réserve pas au Maroc, soyons honnête.

      Sur la carte bancaire, je ne vous suis pas totalement, « à moitié », en ce sens que les opérateurs proposant des services sont en majorité de très gros sites de confiance. Si on enlève le paiement des factures de la plupart des gros opérateurs et les abonnements à des sites étrangers, l’utilisation « services marocains » n’est pas si importante que cela.

      Pour le CMI nous sommes tout à fait d’accord, j’en parle ailleurs, sur d’autres articles, notamment sur celui de Paypal (dont l’arrivée au Maroc a d’ailleurs bien fait bouger le CMI).

      Mais il y tout un ensemble d’autres obstacles, notamment le flou législatif qui ne sécurise ni les banques (d’où les prix du CMI) ni les clients.
      Par contre, sur la durée (je suis au Maroc depuis longtemps ^^) non, la fidélité à un site web n’est pas très importante. La fidélité à une communauté, oui, et beaucoup de choses passent par Facebook, comme vous avez raison de le souligner, mais en tant que professionnel du web vous savez que cela n’est pas la même chose :)

      A très bientôt, j’espère (et pourquoi pas IRL ?)

  12. Amine amine

    Cette article est a côté de la plaque, uber lance au Maroc
    Le service x réserve au transport touristique. Il ne vient
    Pas concurrencer les petits taxis, ce serait
    Plutôt le cas pour les grands taxi, pour le cas par exemple des transports ville-aéroport.

    • Marie-Aude

      Le « service touristique » d’Uber est « intra ville » est cible les urbains marocains. Il n’est absolument pas du transport touristique, qui est, sauf cas exceptionnel, interdit aux marocains. Il utilise des voitures de transport touristique pour faire des courses de taxi car c’est la seule façon qui peut apparaitre vaguement légale de fonctionner au Maroc.

  13. youssef yamani

    Excellent article, rien à dire vous avez grosso modo tout dit, ceci dit il vous a échappé un truc super important qui change toute la donne ! Uber s’est implémenter au Maroc pour une autre raison que de faire du pognon au dos des marocains ! ils sont certainement en courant de tous les points que tu as cité…
    En fait l’interet d’Uber pour le Maroc est purement stratégique et boursier en gros ! ils savent qu’ils font pas se faire de l’argent, d’ailleurs ils gagnent pas beaucoup d’argent, je pense meme qu’ils ont de grosses pertes un peu partout… mais Ce genre de boites américaines cherchent pas vraiment les gains classiques, mais plus le coté valeur boursier, à cet instant là la valeur d’Uber est à plus 45 Billions de dollars, est ce que pour autant dire que la boite gagne autant d’argent ? A part le coté transport, il y a le coté informatique qui est important et que malheureusement vous lui avez pas donné assez d’importance x) et c’est la collecte des données, maintenant on dit que
     » Data is the new oil  » et ils ont pas tort quand on voit à combien Instagram ou Whatsapp ont été vendu etc.. bref Malgrés que toutes les conditions sont là pour son Echec, je pense que Uber s’est bien parti pour rester car leur but n’est pas vraiment se faire d’argent avec leur courses à 30 dhs x).

  14. Zou

    Les points que vous soulevez concernant la legalite, le mode de paiement et l’existence meme d’un marche pour Uber au Maroc sont pertinents.

    Cependant, vous les evaluez par rapport au context actuel du marche et de l’offre actuelle d’Uber, et non comment les deux pourraient evoluer au cours des prochaines annees.

    La legislation n’est pas uniquement un probleme marocain, Uber a des soucis dans la majorite des pays ou elle opere, mais les lois peuvent changer, et Uber peut servir de catalyseur pour cela.
    L’utilisation des cartes bancaires est en croissance au Maroc, ainsi que la possession de smartphones.
    A terme, Uber proposera plus de moyens de paiement.
    Une entreprise qui ne fait pas de profit sur le long-terme ne survivra pas, et donc s’il n’y a pas de marche pour les prix offerts, Uber devra s’adapter.

    Je pense que Uber, ou d’eventuels competiteurs ou successeurs, pourraient changer le marche des transports urbains pour le mieux.

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