Revue de presse pas si décousue que cela

4 Nov 2015 by Marie-Aude

Revue de presse pas si décousue que cela

Après une dizaine de jours d’absence, par quoi recommencer ? Une petite revue de presse multi-sujets sur ce qu’on a failli manquer en s’absentant du web ?

Ça va mal pour Uber Maroc

Appli Uber sur iphone

Uber en sursis au Maroc ?

Alors que la directrice d’Uber Maroc proclamait haut et fort qu’Uber n’était qu’un intermédiaire parfaitement légal et que les discussions allaient bon train avec la Wilaya de Casablanca, cette dernière vient de siffler l’arrêt de jeu en saisissant la justice. C’est une situation à laquelle Uber est confronté dans des pays de plus en plus nombreux, en tout cas pour une partie de ses services.

Au Maroc, elle est d’autant plus logique que :

  • le service Uber, facturé très cher, n’a pas remporté un énorme succès, il a plutôt, en fait, rendu service à des concurrents comme iTaxi en leur donnant plus de notoriété, si besoin était. D’ailleurs, Uber s’était lancé dans une grande opération de prix réduits.
  • les deux professions légalement autorisées à faire du transport de personne sont « contre » Uber, les taxis bien sûr, mais aussi les transporteurs touristiques. Or ceux-ci constituent les voitures utilisées par Uber.

On pouvait imaginer que, dans le contexte de crise du tourisme que connaît le Maroc, les transporteurs touristiques aient vu Uber comme une possibilité de revenus supplémentaires. Mais le manque de solidarité d’Uber avec les sociétés de transport touristique, le risque aussi d’être soumis à un opérateur qui décide de vos tarifs pour vous a été le plus fort. Les transporteurs touristiques sont aujourd’hui partie civile contre Uber.

Cette grogne des chauffeurs contre Uber existe aussi dans d’autres pays. Ainsi, en France, des taxis se sont associés pour monter leur propre appli, sous une forme coopérative, en gardant donc la maitrise de leurs tarifs.

Sans le soutien de la profession, Uber va-t-il continuer à essayer de forcer les choses en maintenant les ouvertures prévues sur Rabat et Marrakech ? Peut-on imaginer que les wilayas de ces deux villes aient une analyse différente de celle de Casablanca ?

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez suivre notre revue de presse dédiée à Uber et les taxis : elle est régulièrement mise à jour, avec des articles sur Uber Maroc et sur Uber dans le monde entier.

Le soap opéra de l’automne : Ikea ouvrira, ouvrira pas ?

Là aussi, toujours rien de neuf. La situation est beaucoup plus complexe qu’on ne pourrait le croire au premier abord, le clash diplomatique avec la Suède semble n’avoir été qu’une cerise sur le gâteau de la communication.

Ikea Italia

Un magasin Ikea en Italie, à quand au Maroc ?

Deux articles très intéressants, que vous pouvez aussi retrouver dans les sources du feuilleton Ikea donnent plus d’éléments sur les aspects business et contractuels de cette affaire. Je crains fort que vous ne puissiez pas aller acheter vos décorations pour un God Jul  (Joyeux Noël en suédois) à Zenata !

TelQuel fait le point sur toute la chronologie de l’affaire, qui remonte à loin. Si vous avez de la mémoire, quand Marjane a commencé à arrêter de vendre de l’alcool, il se susurrait en coulisse que l’objectif était à la fois de libérer de la surface pour Ikea (un peu petit comme surface) et de satisfaire aux exigences du détenteur koweitien de la licence.

Pour résumer – mais je vous conseille réellement la lecture de ces deux articles – il y a trois entités en jeu : Marjane, qui voulait, effectivement, au début, ouvrir des magasins Ikea, le propriétaire des murs et l’exploitant de la licence, qui est locataire des murs. Or c’est le propriétaire des murs qui aurait, selon TelQuel, omis de faire la demande à la Wilaya pour l’autorisation d’exploitation.

(Ce qui voudrait dire que le propriétaire des murs serait l’exploitant officiel et pas le détenteur de la licence…)

Bref, un ménage à trois qui n’est pas si harmonieux que cela…. et une ouverture repoussée à la fin de longues négociations. Quand on voit qu’on parle de l’ouverture d’IKEA depuis des années, c’est Mobilia, qui s’était vu refusé la licence, qui doit se frotter les mains !

Par quoi remplacer les sacs plastiques ? La fin d’al Mica

Encore un dossier qui a longuement traîné, du fait du lobbying de l’industrie plastique au Maroc, l’interdiction totale du sac plastique jetable, le mica, est enfin actée. Et c’est une excellente chose. On ne verra plus les « fleurs de couleur » qui avaient déjà remplacé les « fleurs noires » recouvrir les paysages naturels au moindre coup de vent.

Poubelles dans la rue marocaine

Les sacs plastiques : une présence envahissante et polluante

La véritable question est : par quoi va-t-on le remplacer ?

Perso, cela fait des années que je lutte à ma toute petite échelle inutile contre cette pollution, refusant systématiquement le sac plastique « de confort » (pour un médicament, une petite chose qui tient dans un autre sac), utilisant au maximum des sacs réutilisables (notamment les super grands sacs bleus Ikea, particulièrement solides, importés d’Italie, qui sont toujours dans notre coffre).

Photo de Frakta bleu

Solide et pas cher, le sac plastique bleu d’Ikea est un must !

Les industriels marocains semblent trainer les pieds pour faire du plastique bio-dégradable (et, soyons honnêtes, « bio-dégradable » ou pas, cela reste longtemps dans le paysage, moins longtemps qu’un sac plastique normal, mais suffisamment pour être avalé par un animal, par exemple). Le papier est une très mauvaise idée, puisque le Maroc n’a pas de bois, tout le papier est importé et cher, le côté « écolo » de ce contenant sera donc largement diminué par le coût carbone du transport.

Reste bien sûr le sac recyclable. Mon petit doigt me dit que le consommateur marocain sera totalement opposé à l’idée de payer pour un mica, longue durée ou pas. Dans un pays où seulement 20% des ménages ont une voiture, le transport des courses doit bien se faire d’une façon ou d’une autre. Les initiatives précédentes comme cette distribution de sacs de toile n’ont pas eu beaucoup de succès.

Si on proposait à Ikea d’acheter son ouverture par une distribution généralisée de sacs bleus ?

Doing Business au Maroc de plus en plus facile

Qu’on soit totalement d’accord ou pas avec ses indicateurs, l’étude annuelle Doing Business met en évidence une réalité quotidienne : le Maroc se modernise à grands pas, en particulier dans le secteur économique.

Les formalités de création d’entreprise de plus en plus faciles, de plus en plus rapides, des mesures pour faciliter l’accès au financement pour les TPME, un poids économique de plus en plus important en Afrique, des liens qui se tissent avec des nouveaux partenaires… tout cela fait que oui, le Maroc est une destination attractive pour faire des affaires. D’ailleurs, le solde migratoire négatif enregistré en France est en partie liée à cette attractivité, de nombreux français « de souche » ou « MRE » ou « Beur » arrivent au Maroc chaque année à cause de cela.

Billets et pièces en dirhams

Le dirham marocain est une monnaie non-convertible

Ne pas oublier non plus pour nous francophones le luxe de pouvoir travailler en français dans un pays dont ce n’est pas la langue officielle !

Restent certains points négatifs, comme partout.

Plus que l’incertitude juridique (réelle, mais en progrès), d’un point de vue strictement business, je mettrais en premier la non-convertibilité du dirham avec toute la lourdeur que cela entraîne pour les opérations d’import – export. Le Maroc est entré dans un processus prudent vers la convertibilité, mais il y en a pour quelques années. En second la difficulté à obtenir facilement des informations complètes et fiable sur tous les aspects législatifs et réglementaires. En troisième, enfin, la très grande dépendance de certains secteurs à la bonne santé économique du reste du monde (notamment le tourisme, qui va très mal au Maroc).

La culture du business au Maroc

C’est un point qu’on aborde finalement assez peu ici (beaucoup plus dans nos formations multi-culturelles), au-delà des éléments « factuels » (législation, procédure, gestion du risque par les banques), il y a une culture d’entreprise très différente au Maroc. Ou plutôt, comme toujours, ici, des cultures d’entreprises, qu’on va séparer, grosso-modo, en quatre groupes :

Seaux dans une douche marocaine

Pour les ablutions, le hammam, les petits seaux en plastique sont partout !

  • les gros bousins étatiques et para-étatiques (SNI, etc)
  • les grosses entreprises actives à l’international, souvent gérées par un top management très occidentalisé, ayant fait ses études et une bonne partie de sa carrière à l’étranger, obligés d’intégrer les mécanismes de compétitivité pour survivre
  • les grosses et moyennes entreprises privées marocaines
  • les tpme

Pratiquement, ce sont surtout les deux dernières qui nous intéressent. Or c’est dans ces entreprises qu’on rencontre le plus un mode de fonctionnement assez particulier. Je vous recommande la lecture de cet article un peu long mais excellent sur les « seaux » dans l’entreprise marocaine.

Le Maroc manque de middle management. Le senior management est là, qualifié, formé, expérimenté. Les jeunes sont souvent bien formés. Entre les deux…. des seaux :) . C’est le quatrième point à améliorer pour « faire du business » au Maroc. D’ailleurs les seaux sont souvent en plastique. (J’espère que vous appréciez la logique interne de cette revue de presse !)

Ce n’est que du tissu !

Femme voilée avec une blouse moderne

« Voilée en habit moderne » avec un grand risque d’agression

Aucune raison de se réjouir, par contre, des statistiques sur les risques d’agression des femmes en fonction du type de vêtement qu’elles portent. Alors qu’en Europe, la « croisade » anti-burqua devient de moins en moins acceptable avec des femmes maltraitées brutalement dans la rue, expulsées des transports en commun (et même au Canada, où une femme enceinte à fait une fausse couche suite à une agression), au Maroc, c’est la tendance inverse : les femmes qui ne portent pas l’habit traditionnel ont nettement plus de risques d’être prises à partie dans la rue.

Au delà des affaires d’Inezgane, de Fès, de Safi, c’est une réalité quotidienne que subissent les femmes marocaines ; indépendamment de leur façon de s’habiller, elles sont souvent « harcelées / draguées » avec une légèreté toute relative dans la rue, un phénomène qui a tendance à augmenter et contre lequel il est urgent de lutter.

Le vêtement d’une femme, ce n’est que du tissu, arrangé d’une façon ou d’une autre. Comme tout être humain, elle mérite le respect.

Faut-il rappeler que l’habit ne fait ni le moine, ni l’imam ?

Enfin, la modernisation de la vignette

Pour finir sur une note positive, à partir de janvier 2016, payer sa vignette sera plus facile. La vignette pourra effectivement être payée dans les guichets des banques, elle sera dématérialisée (la police aura accès à un fichier des immatriculations).

C’est une bonne nouvelle pour les automobilistes qui en avaient assez de faire la queue.

C’est aussi la marque de la volonté gouvernementale de lutter pour la bancarisation des ménages marocains. Aujourd’hui, le taux de bancarisation est de l’ordre de 50%. Difficile, dans un pays où une part aussi importante des transactions passe encore en liquide, de lutter contre le black et la corruption…

Les enfants perdus de Casablanca

Le feuilleton de Tito Taupin continue…. après notre légère interruption de service, on a mis à jour la liste des épisodes, plein de lecture pour vous.

Ce roman tient la route sur la durée. La parution en feuilleton lui convient très bien, avec des épisodes courts, il se passe toujours quelque chose, l’histoire des personnages se déroule avec plein de rebondissements et la vision de la lutte pour l’indépendance n’est pas manichéenne.

Ah, et puis le Maroc vient de perdre une princesse avec la séparation de Gad Elmaleh et Charlotte Casiraghi, mais on s’en moque, non ?

Plus d'informations

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 caractères disponibles (vous êtes en train de faire un commentaire, pas un article de blog, soyez concis pour conserver le plaisir de la lecture)