60 ans après l’Indépendance : quel bilan pour le Maroc ?

18 Nov 2015 par Reda Benkhadra

60 ans après l’Indépendance : quel bilan pour le Maroc ?

Reda Benkhadra, qui nous avait déjà parlé des travaux du TGV, nous a proposé un article sur l’évolution du Maroc depuis l’indépendance. Avec une vision beaucoup plus historique, il complète bien l’article de Marie-Aude sur sa perception de l’évolution du Maroc. Ce rapide survol est particulièrement intéressant, il montre bien les changements intervenus en soixante ans, et le « chantier » qu’a été la construction du Maroc moderne après l’indépendance (Note de Bernard R.)

Après avoir fêté le quarantenaire de la Marche verte il y a quelques jours, les Marocains célèbrent aujourd’hui le 60ème anniversaire de l’indépendance du pays, la fête nationale depuis 1955.Historiquement, la date du 18 novembre marque l’accession du Sultan Mohammed ben Youssef au trône en 1927, événement qui sera fêté annuellement à partir de 1944 par les nationalistes.

Et c’est lors de la commémoration de cette fête en 1955, que le Sultan proclama officiellement la fin de la période coloniale et le recouvrement par le Maroc de son indépendance et de sa souveraineté :

Nous nous réjouissons de pouvoir annoncer la fin du régime de tutelle et du protectorat et l’avènement d’une ère de liberté et d’indépendance

En effet, la France a mis fin à son protectorat le 2 mars 1956, quant à l’Espagne a reconnu la souveraineté du Maroc sur le nord du pays près d’un mois après la France, le 7 avril. La zone de Tanger restait soumise au statut international institué en 1923, qui sera aboli le 20 octobre.

Règne du « Sultan libérateur » Mohammed V (1955-1961)

Le retour du Sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V

Lors de son discours prononcé dans le cadre de la Fête du Trône, le 18 novembre 1955, devenu jour de l’indépendance, le Sultan Mohammed ben Youssef déclara [qu’il faut] :

un gouvernement responsable et représentatif, chargé de mettre en place des institutions démocratiques issues d’élections libres fondés sur le principe de séparation des pouvoirs dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle reconnaissant aux Marocains de toutes confessions, les droits de citoyens et l’exercice des libertés publiques et syndicales

Un mois plus tard et sous son impulsion, les deux grands partis politiques issus du Mouvement national, l’Istiqlal (PI) et la Choura et l’Istiqlal (PCI), ont formé le premier gouvernement national, conduit par une personnalité indépendante Mbarek Bekkaï.

Ce gouvernement qui sera renouvelé un an après à la suite d’un remaniement ministériel, avait pour mission de conduire avec la France les négociations destinées à faire accéder le Maroc au statut d’État indépendant, reconnaissance officielle obtenu le 2 mars 1956 grâce à la déclaration commune faite à Paris.

En août 1957, le sultan Mohammed ben Youssef prend le titre de roi du Maroc, sous le nom de Mohammed V.

En 1959, un nouveau parti est créé, l’UNFP (Union nationale des forces populaires), celui-ci conduit un gouvernement la même année, et dans lequel il soumet une réforme agraire, crée le dirham pour remplacer le franc marocain, nationalise les secteurs économiques vitaux, maintient la politique de libération économique et supprime le privilège de libre convertibilité.

Le roi Mohammed V décéda le 26 février 1961, son fils lui succède.

Règne de Hassan II « bâtisseur de l’État moderne » (1961-1999)

Le roi Hassan II à cheval, lors de la cérémonie d’allégeance (Beyaa) le 26 février 1961

À la mort de son père, le jeune prince héritier Moulay El Hassan est proclamé roi du Maroc sous le nom d’Hassan II.

Il est confronté à l’unification du pays et la consolidation de son intégralité territoriale : il procède à la libération de la province de Tarfaya en 1958, ensuite l’enclave de Sidi Ifni en 1969, puis la récupération du Sahara occidental grâce à la marche verte de 1975, et enfin la région de Oued Dahab en 1979.

Le règne de Hassan II a été marqué par un climat politique tendu connu sous le nom d’« années de plomb » :

  • assassinats politiques, Ben Barka (1965) et Benjelloun (1975)
  • deux tentatives de coups d’État en 1971 et 1972
  • problèmes frontaliers, guerre des Sables (1963) et guerre du Sahara occidental (1975-1991)
  • émeutes (Casablanca en 1965 et 1981), (Marrakech et les provinces du Nord en 1984).

En 1962, le Maroc s’est doté pour la première fois d’une constitution, approuvé par un référendum proposé par le roi.

Elle a renforcée la monarchie constitutionnelle basée sur le système parlementaire démocratique et un système de multipartisme. Cette constitution a amorcé la tenue du premier scrutin législatif l’année suivante.

Sur le plan économique, Hassan II a procédé entre 1971 et 1973 à la « marocanisation » des entreprises et des terres afin de restructurer la classe moyenne d’entrepreneurs en lui fournissant les ressources financières. Cette loi exige que le capital social des sociétés soit géré par des personnes de nationalité marocaine à hauteur de 51% au minimum.

Le 23 mars 1965, sur le boulevard El Fida, les étudiants ont incendié des autobus

Autre processus mis en place pour parfaire la décolonisation était celui de l’« arabisation » du système scolaire, cette politique instauré dans les années 1980 par le parti de l’Istiqlal a créé

des générations incapables de s’exprimer même en arabe, alors que du temps du bilinguisme, les étudiants marocains possédaient deux langues maternelles, l’arabe et le français

d’après les dires de l’universitaire Abderrahman El Bouhmidi. (Nb : l’arabisation est toujours un sujet brûlant, d’une manière générale c’est un problème dans la plupart des anciennes colonies, qu’elles soient anglaises ou françaises).

Ces deux politiques instaurés n’ont pas atteint les résultats escomptés, elles ont contribué à la montée d’une nouvelle classe moyenne dite d’«élites», mais aussi à la chute de la croissance économique à cause du manque des compétences linguistiques des étudiants.

En réaction, le roi Hassan II déclara que

les marocains risquent non seulement d’être des pauvres mais aussi des ignorants

ainsi de nombreuses mesures ont été prises pour attirer les capitaux étrangers :

  • la mise en place du plan d’ajustement structurel imposé par le fond monétaire international en 1983,
  • l’abrogation de la loi de « marocanisation » en 1991,
  • la réforme de la Bourse des Valeurs de Casablanca en 1993

Les années 1990 sont marqués par l’organisation de trois référendums constitutionnels (1992, 1995 et 1996), celui de 1996 qui sera approuvé à une très forte majorité, entrera en vigueur l’année suivante à la suite des élections législatives remporté par l'USFP qui forme un gouvernement dit de l’« alternance ».

Hassan II meurt le 23 juillet 1999, son fils lui succède.

Nouvel ère de modernisme avec Mohammed VI (depuis 1999)

Après le décès d’Hassan II en juillet 1999, Mohammed VI accède au trône.

Lors de la cérémonie du couronnement, le nouveau roi Mohammed VI quitte la mosquée de Fès après la prière du vendredi [30 juillet 1999]

Depuis son intronisation, le roi Mohammed VI a procédé une série de réformes sur le plan social :

  • Charte nationale de l’éducation (2000),
  • code de la couverture médicale de base (2003),
  • code du droit de la famille (2004),
  • code du travail (2004)…

En réponse aux mouvements protestataires de 2011 déclenchés suite au « printemps arabe », le roi annonce une réforme de la Constitution, qui sera approuvée par référendum, ouvrant la voie au pluralisme, et le renforcement des droits de l’homme et les libertés individuelles, ainsi que la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice.

Pour accroître ce processus de démocratisation, de nombreuses institutions ont vu le jour :

  • Instance équité et réconciliation (2004),
  • Conseil de la Concurrence (2008),
  • Conseil économique, social et environnemental (2011),
  • Conseil national des droits de l’homme (2011),
  • Conseil consultatif de la famille et de l’enfance (2011),
  • Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative (2014),
  • Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (2014),
  • Instance nationale de probité, de prévention et de lutte contre la corruption (2014)…

Sur le plan des infrastructures, le Maroc s’est doté d’un réseau autoroutier de plus de 1 600 km, ainsi qu’un réseau ferroviaire de 2110 km qui sera marqué par l’entrée en service d’une ligne à grande vitesse en 2018.

Le domaine de l’offshoring a connu un développement, avec la création des zones franches et technopôles qui ont ouvert la voie aux multinationales de s’y implanté, notamment l’Atlantic Free Zone, Technopolis, Casablanca, et la zone franche de Tanger

Le secteur portuaire quant à lui, compte une infrastructure de haut niveau tel que Tanger-Med ainsi que le futur projet de Nador West Med, mais aussi grâce aux marinas (ports de plaisance) : Bouregreg, Agadir, Saïdia…

Photo aérienne des installations solaires

La centrale solaire Noor, à Ouarzazate

En matière d’énergie, le Maroc s’est investi sur les énergies renouvelables, en effet, en 2010, la puissance installée de l’énergie éolienne a atteint 280 MW. 4 ans plus tard, le parc éolien de Tarfaya, le plus grand d’Afrique a vu le jour. Le Royaume s’est engagé aussi en énergie solaire, la première tranche de la centrale Noor vient d’entrer en service cet automne.

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 caractères disponibles (vous êtes en train de faire un commentaire, pas un article de blog, soyez concis pour conserver le plaisir de la lecture)